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Viols et métamorphoses

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AMBRE



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MessageSujet: Viols et métamorphoses   Lun 25 Fév 2008, 09:49

Comment faire d’un traumatisme
une œuvre humaine ?





Acte criminel à caractère sexuel, le viol est une tentative de mise à mort : il nie la femme dans son existence, dans son identité, et la réduit au rang de « chose ». l’effondrement psychique et physique qui découle de ce traumatisme laisse la victime submergée par l’effroi. Son temps est comme suspendu. Sa vie est désormais liée à la cause de sa souffrance.

Parler, révéler le moment du viol, cet espace-temps où le langage n’est plus, amorce un processus de reconstruction. Peu à peu, la victime se réapproprie un lien avec l’autre qu’elle croyait détruit à tout jamais. Ainsi se profile l’espoir d’une métamorphose, d’une renaissance.

Véronique CORMON évoque son expérience de ce traumatisme, et raconte sans détour le long cheminement de son retour à la vie. L’histoire de la sorcière Karaba, personnage du film Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot, illustre son analyse.

Née en 1959, Véronique CORMON est psychothérapeute et psychologue clinicienne. Spécialisée en victimologie, elle reçoit des patients en consultation individuelle et anime des groupes de psychothérapie. Véronique CORMON est membre du Comité de lecture du Journal International De Victimologie.

ISBN 2-84187-569-5
17.95 € prix France TTC
Editions L’Archipel, 2004.
http://www.jidv.com/Viol_et_renaissance.htm




Viols et métamorphoses



par CORMON, V.


Psychologue, Psychothérapeute



RESUME

Comment aider les femmes victimes de viol, à remettre en marche leur montre existentielle fracassée par ce traumatisme ? Quelle est donc la tâche du professionnel qui se propose pour ce travail ? Accompagner la victime et l'aider à en parler avec ses propres mots, peut l'amener à réintégrer pleinement ce corps dont elle a perdu la jouissance depuis qu'on lui en a dérobé le pouvoir. Mais parler suppose un autre, des autres qui entendent des paroles qui n'ont au départ aucun corps pour les contenir, qui s'évanouissent si personne ne les recueille. L'image du professionnel pourrait être celui " d'un ambassadeur du monde des vivants au royaume des morts ". Mort psychique mais aussi mort de parties de soi, mort de la vie émotionnelle, mort de la croyance en la bonté humaine. Pour la victime, une des plus grandes difficultés consiste à accepter l'idée que l'équilibre trouvé jusque là est perdu à tout jamais. Bien plus, le réveil des traumatismes antérieurs suite au viol l'amène à revisiter sa propre histoire. L'élaboration de cet instant de mort peut alors déboucher sur une nouvelle naissance de la personne, une métamorphose. La sorcière Karaba, dans le film " Kirikou et la sorcière " de Michel Ocelot, en fournit l'illustration symbolique.

Ecrire à propos du viol constitue en soi un véritable défi. Pour les victimes, c’est presque une provocation car c’est tenter de mettre en mots un espace-temps où le langage n’est plus. On évoque rarement la source même, l’instant de la mort rencontrée par ces femmes, victimes de viol à l’âge adulte. Côté victime, côté professionnel, on esquive, on glisse, on évite. Ainsi les victimes restent paralysées par l’idée que cela peut recommencer et les professionnels plongent dans l’abîme de l’inconscient. Alors on parle de conséquences, de séquelles, de troubles suite au…Pourquoi ?

Confrontée bien malgré moi à ce traumatisme, j’ai été frappée par le silence qui régnait autour de lui. Silence de la victime mais aussi silence du professionnel qui paraît craindre de s’en approcher.

Ma rencontre avec le film de Michel Ocelot, « Kirikou et la sorcière », m’a fournie un début de réponses à travers l’illustration magistrale des conséquences psychiques du viol pour la victime ainsi qu’à travers les paroles des personnages teintés de sagesse qui se proposent pour l’aider. Pour ne pas rester aux prises avec le réel de la mort et l’effroi que le viol suscite, je me suis appuyé sur le parcours de Karaba la sorcière et donner ainsi la parole à l’espoir. En effet, l’effraction du viol constitue un traumatisme majeur qui impose la nécessité d’une transformation intérieure, d’une métamorphose comme nous le montre Michel Ocelot.

Karaba est une sorcière qui terrorise un village, faisant disparaître les hommes, assoiffant les habitants, en volant l’or des femmes. Elle habite seule dans une case somptueuse et vide, entourée de fétiches qui lui obéissent. On apprend qu’un jour, des hommes lui ont enfoncé une épine empoisonnée dans le dos et depuis, elle en souffre nuit et jour. Karaba est une femme blessée, victime d’un traumatisme au sens étymologique, victime d’une effraction de la peau, d’une brèche dans son enveloppe corporelle.

Kirikou, cet enfant qui parle avant de naître, n’aura de cesse de comprendre «Pourquoi Karaba la sorcière est-elle méchante ?» Ainsi il incarne l’espoir de Karaba de sortir de cette situation désespérée, de cette voie sans issue que constitue son projet de vengeance. Sans lui, Karaba allait faire disparaître le dernier homme : sa destructivité se retournait contre elle. Kirikou est né pour la guérir de son mal, c’est son unique raison d’être. Ainsi peut-on dire que Kirikou représente la sagesse qui sauve Karaba.

A travers l’histoire de Karaba, j’ai voulu produire une matière brute, une confrontation directe avec un traumatisme dont les victimes ne dévoilent que rarement les détails mortifères. Et pour cause ! Les victimes savent bien que l’évocation crue de cette mise à mort qu’est le viol, est difficile à soutenir. Elles-mêmes sont confrontées à l’absence de mots pour décrire l’innommable. Le retour aux origines imposé par le traumatisme se situe bien avant l’apparition du langage.

Comment une femme victime de viol peut-elle témoigner de la réalité du traumatisme qu’elle a traversé ? Le viol est un acte criminel, une torture à caractère sexuel mais il est avant tout une tentative de mise à mort, un essai de meurtre. C’est une violence majeure en direction de la vie et la victime perçoit cette atteinte à l’essence même de son être. La personne est niée dans son identité car elle est niée dans sa parole, dans son refus, dans son désir. L’espace et le temps sont confondus dans cet instant qui laissera place à une désorientation et à perte de repères. Il n’y a qu’asservissement à la violence toute-puissante du tortionnaire. C’est l’effroi qui désigne au plus près ce que ressent la victime en étant ainsi confrontée à l’innommable de cette rencontre avec la mort, avec le néant. Le traumatisme n’est pas seulement une confrontation avec une menace vitale, la victime se voit morte. La mort s’est imposé à elle comme un réel qui la laisse pétrifiée, sans mouvement et sans parole.

L’effondrement psychique et physique qui en découle provoque un bouleversement interne qui modifie profondément l’équilibre antérieur de la victime.

L’épine enfoncée dans le dos de Karaba lui procure une douleur sans répit, jour et nuit. Mais elle lui donne aussi des pouvoirs qu’elle utilise au service de son projet de vengeance. Rien ne sera énoncé sur sa vie « d’avant » car le sens de sa vie a été perdu, il n’existe plus. C’est le fétiche sur le toit qui symbolise son monde psychique : il est là pour surveiller tout ce qui bouge, c’est l’état de vigilance permanente que Karaba doit maintenir coûte que coûte.

La personne ne sera jamais plus « comme avant » car l’image traumatique a franchi le seuil du refoulement et réveille des angoisses primaires d’anéantissement. Les valeurs de la personne, ses bons objets intériorisés ont volé en éclats. La conséquence de l’agression est la permanence de la menace interne. La personne est tout le temps sur le qui-vive, en proie à une angoisse intérieure qui ne peut se calmer.

Karaba montre avec force comment elle se défend pour ne pas sentir la douleur qui est en elle :

De manière éclatante, Karaba met en scène le mécanisme de la dissociation.

Figée sur le seuil de sa case, elle est dissociée de son corps qui est le siège des émotions, cause de sa souffrance. Provocant les hommes dans un combat inégal, Karaba est coupée de sa partie masculine car elle déteste les hommes. Exigeant posséder tout l’or des femmes, Karaba est coupée de sa partie féminine car elle méprise les femmes. Karaba est coupée de sa partie infantile car elle n’aime pas les enfants. Karaba est coupée de la nature, de l’univers végétal et animal. Autour de sa case, plantes et animaux ont déserté, évoquant la terre brûlée après un sinistre. Ceci symbolise la mort autour d’elle.

Ainsi Karaba construit un monde dont elle devient le maître absolu. Elle manifeste ainsi une maîtrise omnipotente sur le village en voulant le soumettre totalement. Elle tente par là de retourner la situation qu’elle a vécue lors du traumatisme : elle était réduite à l’état d’objet, maintenant, c’est elle qui veut tout contrôler. Mais derrière cette apparence, se cache une grande impuissance. Elle ne peut tirer aucune joie de sa vie car elle est prisonnière de sa destructivité.

Sortir de son corps constitue une défense pour ne plus sentir l’intrusion de l’autre dans le champ d’une intimité « sacrée ». La dissociation s’installe à la suite comme une réponse permanente, c’est une façon de « sauver son âme ». Le corps physique ne pouvant plus se constituer comme une barrière réelle contre l’intrusion de l’agresseur, « l’intégrité » psychique tente de se préserver par cette séparation. On comprend mieux pourquoi il est si difficile de travailler avec les victimes au niveau du fantasme (intérieur) avant d’explorer et de reconnaître pleinement ce vécu dissociatif provoqué par l’agresseur (extérieur). La difficulté est que ce mécanisme perdure sous des formes diverses. Pour éloigner tout risque de sentir de nouveau une effraction similaire, la personne barre l’accès à toute sensation. Ainsi, elle n’est plus en contact avec ses émotions, ses désirs, ses besoins, ses sentiments. En se coupant de sa douleur, elle se coupe aussi de la joie, de l’insouciance, du désir amoureux, de l’amour… de tout ce qui fait vibrer l’être.

Mais le corps a sa mémoire. La victime peut mettre en place un projet destructeur pour elle par le mécanisme de l’identification à l’agresseur : c’est un des moyens psychiques pour renverser la situation et éloigner une autre confrontation toujours possible. Cela peut se traduire d’une façon externe en ne voyant les hommes que comme des pauvres types impuissants, faibles et méprisables qui n’inspirent que du dégoût. D’une façon interne, la colère et la violence peuvent être retournées envers la victime elle-même qui va perpétuer la violence reçue et ainsi finir le travail entrepris par l’agresseur.

L’identification projective est le moyen le plus adéquat parce que le plus archaïque que met en place une personne pour faire part de sa souffrance.

Devant un traumatisme qui suscite de telles défenses, comment aider la victime ? A se taire, la victime court le risque d’une victimation éternelle, achevant par là le processus meurtrier du violeur. Et à ne pas entendre en privilégiant l’exploration de l’inconscient aux dépends de la dimension réelle, les professionnels renforcent le déni de l’identité blessée de la victime.

Ainsi Karaba ne veut pas parler, ni de l’événement traumatique, ni de son histoire. Karaba sait que si elle parlait de cette épine qui la fait tant souffrir, elle serait en contact avec sa blessure. Parler, c’est faire le lien avec son histoire. Tout comme les habitants qui perdent la capacité de se souvenir, Karaba veut oublier son drame, elle tient à le conserver comme un secret.

Pour la victime, parler du traumatisme est une reviviscence insoutenable à cause de la révélation de vécu originaire et du souvenir de l’effroi qui l’accompagne. Si l’on représente l’image traumatique sous la forme d’une pointe acérée qui perce la limite pré-conscient/consient pour se ficher au fin fond de l’appareil psychique, on perçoit l’intrusion dans cette zone interdite, dans cette zone originaire refoulée depuis l’apparition du langage. Freud parlait de l’objet perdu, refoulé, inaccessible et qui est frappé d’interdit car il touche le retour in utero. Ainsi laisser venir à soi quelque chose d’originaire est une transgression. Ce qui rassemble les sujets victimes de traumatisme, c’est bien d’avoir franchi cette ligne rouge et de rester figé dans l’effroi et la culpabilité.

Mais parler n’est pas un but en soi : l’image traumatique se trouve isolée, engoncée dans un fonctionnement psychique coupée du corps. Les mots ne trouveront pleinement leur sens et leur finalité que s’ils passent par le corps, c’est à dire s’ils sont traversés par l’émotion. Et les victimes savent bien que parler, sortir de sa case, c’est courir le risque de toucher à sa blessure. Le secret finit par constituer un pouvoir qui protège l’accès à la blessure. Nous verrons que dévoiler le secret, lâcher ses pouvoirs, ne peut se faire qu’avec la lente reconstruction de bons objets internes qui ont disparus au moment du viol.

Pour la victime, être entendue dans sa souffrance se pose comme une nécessité absolue. Mais face aux difficultés de parler pour la victime, se dressent aussi les défenses de ceux qui écoutent. Ainsi derrière le viol, se profile toute la question des relations hommes/femmes, professionnels de la relation d’aide ou non. A l’évidence, le viol recouvre des fantasmes différents pour les uns et les autres puisqu’il vient toucher le lieu de la différence des sexes et de l’élaboration oedipienne. Le processus d’identification est au cœur de cette problématique.

suite

Lien vers un article que Véronique CORMON a écrit pour le Journal International De Victimologie

http://www.jidv.com/Viol_et_renaissance.htm


quand des mots ,parfois ,soulagent les maux...



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MessageSujet: Re: Viols et métamorphoses   Lun 25 Fév 2008, 11:14

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AMBRE



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MessageSujet: Re: Viols et métamorphoses   Lun 25 Fév 2008, 11:41

Citation:
Bonsoir,

C'est un sujet tristement connu, délicat et beaucoup trop fréquent.
Je fais du bénévolat dans un "foyer" pour femmes battues et victimes d'abus sexuels.

Voici un apperçu car la liste serait très longue,
si je devais vous donner toutes l'es statistiques.
A savoir que l'abus sexuel, a lieu dans tous les milieux sociaux "sans distinction."

A quelle vie sexuelle d’adulte peut on s’attendre après avoir été un enfant abusé, victime de viol, d’inceste, de pédophilie ?
(Certains termes vous devrez les consulter je manque de temps pour vous les décrire un par un)

Une "séméiologie multiforme" marquant un impossible dialogue avec son corps.
Le traumatisme en s’ancrent dans le corps va donner naissance au symptôme.

Un symptôme qui sera la seule expression de la sexualité une fois atteint l’âge adulte. La petite fille abusée va devenir une femme frigide, anaphrodisique, vaginique, dyspareunique, vulvodynique…Un symptôme qui sera là pour bien marquer l’impossible accès à son propre corps de femme, au corps de l’autre.

Un symptôme qui peut prendre différentes formes, mais qui ne sera jamais systématique ni reproductible en fonction de la nature de l’abus, de sa gravité apparente, ou de l’ancienneté des faits. Il sera certainement davantage fonction de son retentissement émotionnel et du fonctionnement psychologique de chacun. Un symptôme déroutant donc, si l’on cherche à l’analyser autrement qu’au travers de l’individu lui-même.
C’est ainsi que certaines femmes victimes de viols arriveront quelquefois à un fonctionnement sexuel satisfaisant, alors que d’autres, victimes d’attouchements sans pénétration, apparemment minimes, pourront être porteuses de blocages sexuels graves. Retenons simplement qu’en la matière, il n’existe pas de traumatisme minime et que la gravité des séquelles est fonction de l’impact émotionnel ressenti et de l’âge de la victime au moment de l’agression.
Quelquefois aussi, après une période plus ou moins longue où tout semblait être acquis, la jeune femme, installée pourtant dans une sexualité d’adulte épanouie, réactive par hasard le souvenir de l’abus, et la difficulté sexuelle s’installe, interdisant désormais désir et plaisir, l’un ou l’autre.
Quelquefois encore, et cela n’a rien d’exceptionnel, la jeune fille n’a pas été elle-même victime de l’abus sexuel, mais sa mère, sa grand mère, une femme proche de l’enfant a perpétué pour elle le souvenir de son propre inceste ou viol, générant chez la petite fille devenue femme, la même impossibilité d’accès à son corps érotique. L’observation clinique semble montrer dans ce type de pathologie "transgénérationnelle", davantage de cas de vaginismes que de frigidités.
Un face à face interdit avec le partenaire : céder ou refuser.
Le symptôme sexuel, qui signe l’impossibilité d’épanouissement pour une petite fille devenue adulte dans un corps de femme qu’elle n’arrive pas à reconnaître comme sexuel et érotique, signe aussi l’impossibilité de dialogue physique avec un homme. La sexualité adulte de la femme victime d’agression sexuelle, c’est la sexualité de l’autre. Le désir et le plaisir ne sont que désir et plaisir de l’autre.
Un désir qui ne signifie rien d’autre pour elle qu’une prise de risque.
Risquer de refuser et reproduire inlassablement un scénario qui conduit au rejet de l’autre, au risque de le décevoir, d’être abandonnée, d’être trompée, de s’exposer à son mécontentement, à ses plaintes, à sa colère, ou bien tout simplement de le rendre malheureux une fois de plus.
Le refus expose à l’abandon, à la violence de l’autre, à la culpabilité de soi.

Risquer de céder
L’autre risque, c’est de céder, une fois de plus, de se laisser faire sans désir, juste pour le plaisir de l’autre, ou pour avoir la paix, par devoir conjugal, ou parce que, de temps en temps, « il faut bien le faire »…
Risquer d’être indéfiniment victime… face à l’autre devenu agresseur malgré lui
Dans les deux cas, la femme reste victime de son impossibilité à désirer, à aimer. Dans les deux cas, l’autre, même s’il n’a pas le profil d’un agresseur, le devient bien vite, par son impossibilité à comprendre, par son insistance, par ses maladresses, par sa frustration. Un autre, d’ailleurs souvent choisi en complémentarité, et l’on est frappé en consultation, par la qualité du partenaire, trop souvent non seulement incapable de se mettre à l’écoute, mais aussi incapable de faire autrement que de devenir à son tour, par ses insistances, harcelant et abuseur sexuel lui-même. Un cercle vicieux parfait, générateur d’incompréhension, voire de violence, entre une femme blessée dans son corps et un homme en carence affective ou narcissique incapable de l’aider, et qui très vite, va s’enfermer dans le repli, l’agressivité, le silence. Un cercle vicieux qui, une fois mis en place, reproduit inlassablement le scénario initial de l’agression et de la victimisation.

Un désir inaccessible
Pour désirer, il faut pouvoir s’aimer, avoir envie de se montrer
Mais comment désirer l’autre quand on se sent enfermé dans un corps qui n’inspire plus que dégoût, honte, un corps qui fait horreur depuis qu’il a été sali. Le corps devient le lieu de l’effraction, de la transgression. Un corps frappé d’interdit , devenu une prison, et qu’il faut soustraire au regard de l’autre, au désir de l’autre. Un corps devenu signal de danger dans la relation à l’autre. C’est ainsi que l’on va s’habiller de manière informe pour se cacher, et développer des conduites alimentaires, anorexies, boulimies, des comportements agressifs qui permettront de se tenir à l’abri du désir de l’autre.
Un désir remplacé par la honte, la culpabilité, la peur.
Toutes émotions vécues lors du traumatisme et qui continuent à se perpétrer indéfiniment. Peur, honte, culpabilité, de se sentir différente, de porter cette tâche, et qui sait, peut être, d’avoir suscité le désir de l’autre et son comportement, d’avoir déclenché la violence de l’autre.

"Un désir remplacé par la dépression."
La dépression est l’issue la plus fréquente, elle permet d’abandonner la partie en refusant de la jouer vraiment. Elle correspond à un comportement de fuite et d’évitement, d’engourdissement sensoriel et général protecteur.

Un désir rendu impossible par la faillite identitaire
" Plus l’inceste a lieu tôt dans la vie, plus il y a de risques que les blessures soient irréversibles au niveau de l’identité" L’enfant victime d’abus sexuel est arrêté dans sa construction identitaire à l’âge du traumatisme.
La plupart des observations cliniques soulignent bien cet aspect.

"Un plaisir impossible"
Le plaisir est rendu impossible par l’absence d’abandon, l’absence de confiance en ce corps dont on se défie, que l’on refuse , que l’on cache à soi, à l’autre.

"Les somatisations"
Elles sont là pour marquer dans le corps l’impossibilité du plaisir. Des somatisations qui ont souvent commencé bien avant, généralement au moment du traumatismes sexuel. De nombreux travaux, portant malheureusement sur de trop petits nombres de cas, font état de troubles principalement génito- urinaires ou digestifs dans les suites d’abus sexuel, et perdurant longtemps après le traumatisme sans support lésionnel particulier.

"L’agressivité"
Le plaisir est remplacé par l’agressivité. Une agressivité que l’on tourne contre soi même, en multipliant les troubles des conduites alimentaires, les addictions, alcool, drogues, la prostitution. Contre soi aussi, les somatisations multiples.
Il arrive aussi que l’agressivité soit dirigé contre l’autre et elle se marquera par du vaginisme, de l’homosexualité. Quand l’agressivité devient plus globale, elle prendra le caractère de conduites antisociales ou borderline, particulièrement fréquentes. L’adulte qui a imposé sa violence à l’enfant lui a aussi ouvert la voie de la transgression et du franchissement des limites.

"La douleur"
Quand le plaisir survient, il se fait culpabilité et se métabolise en douleur. Les femmes victimes d’abus sexuels décrivent souvent des pleurs incoercibles lorsque le plaisir survient. Ou alors, c’est la douleur qui vient tout submerger, une douleur déclinée sous forme de dyspareunies, vulvodynies, vaginites qui n’en finissent jamais.

Au delà du désir et du plaisir : un corps désinvesti.
La construction du corps érotique se fait à partir des expériences vécues par le corps physiologique.

"Le développement du corps érotique est le résultat d’un dialogue entre l’adulte et l’enfant, autour du corps et de ses fonctions".
Mais ici, le jeu s’est arrêté le jour du traumatisme. La violence introduite par l’adulte dans ce dialogue essentiel détruit à tout jamais le développement de la relation.
La violence subie va définitivement et irréparablement transformer l’expérience affective du corps. Le corps violé, abusé, incestué, sera un corps qui ne parvient plus à sentir la vie en soi, un corps anesthésié, paralysé. Il sera un corps adulte frigide, impuissant, incapable d’échanger avec le corps de l’autre, incapable de trouver le chemin du désir et du plaisir partagé.
Le jour du traumatisme, et a fortiori lors de traumatismes répétés, quelque chose de soi s’est définitivement retiré de la zone, des zones du corps touchées par l’autre, par l’agresseur. Une zone, des zones, oblitérées, devenues froides et lisses, vidées de tout investissement affectif. Des zones devenues froides, sur lesquelles plus rien d’érogène ne pourra jamais s’inscrire. Des zones protégées en écriture à tout jamais.

En tous cas de cette écriture bien particulière qui fait que l’on ne fait qu’un avec son corps, que l’on peut l’investir, que l’on aime le sentir vivre et vibrer, que l’on s’y sent suffisamment chez soi pour en jouer avec l’autre, pour échanger de l’amour avec l’autre.

"Les chemins de la guérison"
La guérison est possible. Elle demande du temps, une thérapie, le concours du partenaire quand il y en a un. Grâce à lui, à son amour, une autre image de l’homme peut se mettre en place et remplacer celle du violeur, de l’abuseur. Il sera l’irremplaçable support par lequel le changement peut s’opérer.
Le changement passe par un corps à investir, une identité à construire, une relation à l’autre, aux autres à transformer. Guérir, c’est transformer peu à peu l’expérience affective du corps. C’est apprendre à aimer la vie qui s’éprouve en soi.

C’est apprendre à se sentir libre d’accepter ou de refuser le désir de l’autre, c’est apprivoiser le plaisir.

"Pour guérir, il faut cesser d’être victime."

Bises Paola

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MessageSujet: Re: Viols et métamorphoses   Lun 25 Fév 2008, 16:04

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MessageSujet: Re: Viols et métamorphoses   Mar 26 Fév 2008, 22:17


L'enfant victime d'inceste :

De la séduction traumatique à la violence sexuelle


de Yves-Hiram-L Haesevoets (Auteur), Hubert Van Giseghem Présentation de l'éditeur
L'inceste, lorsqu'il est mis en actes dans une famille, résonne comme la mort psychique des membres qui la composent. Analogue à un crime de sang pernicieux, le meurtre incestueux anéantit l'esprit et la pensée de la victime. L'enfant victime d'inceste est comme l'objet sacrificiel symbolisant le parjure d'une passion dévorante et destructrice. C'est au sein de la filiation entre les générations que s'installe la confusion de langue et de culture. Entre l'enfant et son parent "inces-tueur", l'énigme du non-sens engendre un grand désarroi, une incompréhension et une indicible souffrance. "Sans négliger les points de vue historique et anthropologique, l'auteur montre une fine culture et une observation de clinicien non moins raffinée. Non seulement interprète-t-il, mais il théorise et, au-delà de ses appartenances aux paradigmes psychanalytique et systémique, il n'hésite pas à puiser dans la littérature empirique et scientifique. Tout cela témoigne d'une très large vision du problème. La communiquer dans un texte aussi cohérent, c'est ni plus ni moins, mettre à notre disposition un véritable manuel de référence" (H. Van Gijseghem). S'appuyant sur une immense érudition scientifique, l'ouvrage dépeint toute la complexité écosystémique des familles à transactions incestueuses, la diversité des passages à l'acte incestueux, le profil psychodynamique des différents protagonistes concernés par cette mésaventure humaine, etc. Il affine ainsi les connaissances de tous ceux qui veulent parfaire leur formation. Enfin, il ouvre différentes perspectives en termes de prévention et d'éducation éthique à une vie relationnelle, affective et sexuelle de meilleure qualité. Cette nouvelle édition, actualisée et augmentée, développe les différentes modalités de prise en charge thérapeutiques des victimes, des membres de la famille et des auteurs et tient compte des modifications apportées dans les traitements

Biographie de l'auteur
Yves-Hiram L. Haesevoets est psychologue clinicien, psychothérapeute, expert et spécialiste reconnu à l'échelle internationale dans le domaine de la maltraitance des enfants, il est chercheur en psychologie clinique et en psychopathologie, et maître de stage et de conférence à l'Université libre de Bruxelles. Il a également suivi une spécialisation en psychanalyse (Ecole de la Cause Freudienne et Université catholique de Louvain). Il est notamment membre de la Commission nationale contre l'exploitation sexuelle des enfants (1996-1998), du Comité scientifique et d'éthique de l'Unité pilote de psychopathologie légale, du Comité consultatif du délégué général aux droits de l'enfant et formateur à la Fondation pour l'enfance de Paris. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et publications scientifiques sur le thème de l'enfance maltraitée

http://www.amazon.fr/Lenfant-victime-dinceste-s%C3%A9duction-traumatique/dp/2804143708
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MessageSujet: Re: Viols et métamorphoses   Mar 26 Fév 2008, 22:19



La marque de l’inceste




La réalité de l’abus sexuel sur de jeunes enfants est bien plus fréquente qu’il n’y paraît. Ils sont nombreux à souffrir en silence, dans le secret... se sentant presque coupables de ce qui advint un temps de leur passé. Quelque terrible que soit cette réalité, il importe de savoir, de s’informer, cela ne concerne pas les « sous-classes » de nos sociétés quiètes et confortables, cela nous touche bien près. Ce n’est ni un drame de la misère, ni un aspect sombre mais exceptionnel de nos sociétés.



J’étais bien calé sur mes recherches dans le domaine de l’image et de l’imaginaire quand j’ai été confronté à plusieurs témoignages d’abus sexuel sur des enfants, dont certains en bas âge. Mon expérience m’amène souvent à accompagner régulièrement des adultes qui ont été abusés durant leur enfance. À mes débuts dans l’action sociale, j’avais déjà dû faire face à des cas d’inceste avéré... Pourtant, j’avoue être demeuré, durant de longues années, dans mon refuge sans que cela me conduise à une quelconque action ni prise de position. Plusieurs affaires judiciaires mettant en cause des pédocriminels, dont l’affaire de la Cour d’ Assises de St Omer, m’ont mis hors de moi. Soudain, je prenais conscience que, comme psychologue clinicien, je ne pouvais cautionner les dires et les conclusions de mes collègues experts ; je ne pouvais tolérer plus longtemps ce que les théories psychologico-analytiques laissaient entendre sur la transgression du tabou de l’inceste. Depuis très longtemps, il m’était apparu évident que, pour être au plus près de l’humain, dans ses joies et dans ses peines, il fallait écarter nos belles théories que je tiens pour antédiluviennes et terriblement réductrices. La confrontation à ces différentes affaires me montrait que nous n’étions plus dans un amphithéâtre à débattre entre spécialistes. Les dégâts s’étalaient, là, dans la presse et le prétoire. J’avoue mettre fait « prendre par la banalisation du mal ».

En novembre 2005, je me mis donc à l’écriture d’un essai qui traduirait mon expérience dans ce domaine. Ils sont nombreux à souffrir en silence, dans le secret... se sentant même coupables de ce qui advint un temps de leur passé.

Quelque terrible que soit cette réalité, il importe de savoir, de s’informer, cela ne concerne pas les « sous-classes » de nos sociétés quiètes et confortables, cela nous touche bien près. Ce n’est ni un drame de la misère, ni un aspect sombre mais exceptionnel de nos sociétés.

À mon avis, nous ne pouvons éviter de penser que, dans une société prédatrice comme l’est la société de marché, le prédateur, où qu’il soit, de quelque sorte qu’il soit, bénéficie d’emblée d’un préjugé favorable et d’une écoute bienveillante auprès des juges, contre ceux qui l’accusent. Parce que c’est un point aveugle de nos mœurs. Parce que nos sociétés occidentales sont fondées sur une dialectique dominant/dominé. Et cela pouvait fort bien marcher avec, en fond de bataille, une éthique solide et des garants pour la protéger. Or, force est de constater une délisquescence de l’humanité de nos mœurs.

J’entends par là une perte du fondement essentiel dont tout groupe humain a besoin pour durer : le sentiment. Cette chose qui ajoute humanité et bienveillance à chaque acte civil, moral ou politique. Or une société qui se fonde sur le rationnel, le pragmatisme, la raison pure perd progressivement toute forme de souplesse et d’acceptation de la différence, de l’étrangeté... de ce qui dérange pour défaut de non conformité à l’ordre établi. Les victimes ou les rescapés de l’inceste posent problème par la portée d’une plainte qui dévoile un malaise plus profond que la simple "névrose personnelle".

Le fiasco général d’Outreau pourrait m’exhorter à la plus grande prudence quant à défendre la victime... du pédocriminel. Certains journalistes n’ont-ils pas crié au loup en raillant la « généralisation du mal » que d’autres voulaient dénoncer au début de ce qui n’était qu’une affaire criminelle banale ? En mettant en exergue le grave problème des condamnations abusives, on oublie trop vite qu’il y eut vraiment des enfants victimes. Qui en a parlé durant les battages médiatiques ?

Il ne faut pas que ce crime se banalise ! Il est le reflet insidieux d’un mal plus profond qui ronge les fondements de nos idéaux les plus précieux.

Je livrerai ici quelques articles tirés de l’ouvrage qui devrait paraître durant cette année.

La marque spécifique de l’inceste sur sa victime
La personne adulte qui aurait été victime d’inceste ou de violence durant son enfance présentera des caractéristiques spécifiques qui permettent de supposer rapidement l’existence d’une stase psychique. Nous trouverons des caractéristiques identiques chez ceux qui auraient eu à subir des faits de guerre, des exodes forcés ou des violences de sang. Mais l’inceste inflige une marque spécifique : la violence vient d’un parent ou d’un adulte ayant autorité. Le sentiment de trahison qui survient est non seulement très prégnant mais il est au point de fondation de la personnalité.

Devenu adulte, tout se passe comme si une personnalité de surface s’était constituée. La blessure de l’enfance aurait occasionné une lésion telle que l’énergie psychique aurait été conduite à trouver d’autres circuits en évitant les zones douloureuses de la mémoire et de la psyché. Tout se passe comme si une sorte de cal s’était créé et des circuits dérivés cherchaient à reconstituer l’entité humaine avec le maximum d’énergie disponible.

Il y a donc une faille dans la structure globale de la personnalité. L’Ego se forme à partir de représentations qui ne sont plus approvisionnées par une continuité de l’histoire de la personne. Dans sa vie, cet adulte se reconstitue de manière quasi instinctive car l’élan naturel qui conduirait à s’en remettre aux parents est désormais coupé. Le lien de confiance, fondamental dans l’édification e la personnalité a été gravement blessé.

Par-dessus ce cal, l’énergie psychique recrée donc un Ego de substitution, sans racine. Il flotte dans un lieu et un temps sans véritable lien avec le passé, ou si peu. On a parfois l’impression de se trouver face à des personnes froides ou distantes, « pas présentes » à la réalité. Comme si le sujet se noyait dans un monde de rêveries. Parfois certaines de ces personnes surcompense cette blessure en « en faisant trop » ! Autre manière de cacher la plaie et d’attirer un peu d’amour. Comme si, être simplement soi-même ne pouvait suffire.

Chez un individu qui aurait vécu une histoire banale, le contact au monde - la réalité physique objective -, se constitue à partir des sensations, des émotions et des intuitions et c’est grâce à la relation souple à toute l’histoire du sujet que des représentations naissent de ces « affects » pour conduire à une action judicieuse et contrôlée. De plus, ces représentations résultent de l’apport parental primaire qui permet une rapide réponse aux sollicitations du milieu.

Chez les victimes d’inceste ce lien à l’histoire n’existe pas ou bien il se trouve fortement altéré. La trahison de l’adulte a fortement lésé cette faculté de l’enfant à s’abandonner et à faire confiance. L’Ego se constituera plus tard une sorte de peau par imitation de modèles externes car ce qui prime, c’est bien la cohésion de la psyché, donc l’exercice d’un contrôle minima de la dynamique psychique. Cette cohésion contrôlée s’opère sans relation avec « la profondeur psychique » : l’histoire du sujet et toutes les représentations qui pourraient en découler.

Cette cohésion n’est pas non plus reliée au patrimoine « génétique », l’histoire des parents et de la famille, ce qui peut s’avérer très grave. En effet, l’individu se retrouve un peu comme un exilé qui parviendrait dans un pays sans rien en connaître et qui serait obligé de s’adapter par le seul effet de sa sensibilité aux comportements des autres sans qu’il en comprenne tout à fait le sens. D’où cette apparente déconnexion émotive, ce semblant de froideur. Il n’y a pas d’adhésion globale, profonde aux faits de la réalité.

On trouve d’ailleurs chez les exilés de force ce même type de distance au monde. Les actes quotidiens, la personnalité globale sont déconnectés du sens des choses.

La sexualité, le couple
Partant des constats suivants : « Les conséquences de l’inceste atteignent l’ensemble de la vie des personnes qui en ont été la victime. Ces conséquences apparaissent également dans leurs relations avec les autres, y compris dans ses aspects les plus intimes. Pour une personne qui a été victime d’inceste dans l’enfance, homme ou femme, une relation amoureuse peut-être une expérience particulièrement complexe, voire douloureuse. », les éditeurs du site de l’Association Internationale des Victimes de l’Inceste, l’AIVI lancent un débat sur le thème : « Vivre en couple après l’inceste ». Ils posent les questions suivantes : « Est-il encore possible de faire confiance à l’autre lorsqu’on a été victime d’inceste ? Les victimes d’inceste ont-elles tendance à développer des relations de couple particulières ? La relation est-elle un danger, ou est-elle plutôt un espoir ? Quelle place peut ou doit prendre un(e) conjoint(e) vis à vis du passé d’une victime ? Quelle est la place des relations sexuelles dans la vie de couple d’une victime d’inceste ? ... »

Les difficultés rencontrées dans la sexualité découlent du processus de gel des sensations et des émotions. Elles sont la conséquence d’une lésion située plus en amont. Celle-ci, nous l’avons vu est bien plus conséquente, globale et porteuse de blocages diffus et étendus. Ce sont les instances de régulation de la relation à l’autre qui sont altérées. D’une part, l’individu s’est construit sans modèle, d’autre part, sa propre image en miroir est endommagée. Tout le dispositif de reconnaissance et d’intégration des affects et des instincts est altéré car la personne a été trahie par son père et sa mère, donc par les porteurs des représentations primordiales pour la construction de la personnalité. Dans un premier temps, donc, c’est la capacité à faire confiance à l’autre qui est amoindrie, voire considérablement blessée. Faire confiance, c’est aussi se lâcher, s’abandonner en toute sécurité dans la relation. Il règne donc une certaine confusion dans la capacité à distinguer le bien du mal. La personne risque ainsi de se laisser piéger dans des situations les plus variées, des plus positives aux plus négatives.

Dans sa construction, la personne a dû user des sources d’énergie qui sont antérieures à celles qui s’appuient sur les parents comme supports de projections structurantes, vecteurs d’adaptations pertinentes à soi et au monde.

La conscience de l’individu ne pourra pas intégrer correctement les messages qui sont à l’origine des sensations et des émotions, ceux-ci se trouveront livrés à eux-mêmes, soumis à des forces archaïques et primaires. Nous serons donc souvent dans l’excès, de prudence ou, à l’inverse, d’animalité. Entre ces extrêmes on trouvera les comportements les plus variés.

Ainsi, les personnes les plus portées à trouver leur épanouissement grâce aux stimulations du milieu, chercheront, plus ou moins instinctivement, à se créer une expérience à travers des aventures variées et multiples, parfois les plus folles, comme si la conscience avait perdu une barrière, celle du discernement. On retrouve là l’impact de cette étrange désaffection du monde qui provient d’un manque de repères transmis par les parents.

Les personnes plus intériorisées se protègeront plus volontiers, car leur tendance naturelle les conduit à intérioriser d’abord, à agir ensuite. Comme la sexualité implique tout l’individu, ces personnes risquent de se retrouver isolées et solitaires.

Admettons que dans le cours naturel du processus d’évolution d’un enfant, l’éveil à la sexualité se fait, dans nos cultures, entre 13 et 16ans, précisément en même temps que l’apparition des émois caractéristiques de la période de l’adolescence. Ces émois, hormis quelques ajustements se retrouveront inchangés tout au long de la vie de l’individu.

Les transgressions et abus se produisent, le plus souvent, avant cet âge, quand l’enfant est entièrement sous la dépendance de la force de l’adulte. C’est donc avant même l’apparition des processus constitutifs de la sexualité adulte que se produisent les plus graves lésions psychologiques, sans oublier les lésions physiques qui altéreront également l’image que la personne aura de son propre corps.

C’est donc en amont de la sexualité que les problèmes de couple se poseront. Et nous retrouverons souvent ce même rapport à l’émotion, contenue, malvenue souvent et rarement dévoilée. Comme si la personne reconstituait le processus du viol quand elle est confrontée au dévoilement de son intimité. Consciente de cela, elle peut faire diversion durant de nombreuses années en masquant sa souffrance. J’ai rencontré des couples où la femme s’est confiée alors que tous ses enfants étaient majeurs et autonomes.

Plus grave encore, c’est le problème de la confiance en soi qui est altérée. L’atteinte à la dignité de l’enfant imprègnera la vie entière de l’adulte si aucune réparation n’est entreprise. D’où cette difficulté à se confier, parfois, la vie durant.

Entre soumission et rébellion
La personne se retrouvera toujours dans la nacelle de l’ambivalence, entre soumission et rébellion. La soumission renvoie aux séquelles du crime subi. La rébellion lui rappelle que de nombreux pans de sa personnalité demeurent étouffés, refoulés. Puisque le pont entre Conscient et Inconscient est plutôt soumis à suspicion — la personne ne se fait pas confiance — on pourra voir s’épanouir des caractères soumis à des humeurs changeantes sur fond de sensibilité exacerbée.

La soumission mieux acceptée par une femme, voire recherchée par elle, du fait de l’empreinte masculine de nos sociétés, ne résoudra jamais rien car la personne aura toujours, en sourdine, la vague impression que ses propres sentiments ne sont pas entendus et que sa véritable voie se trouve ailleurs.

Chez l’homme, la mise sous boisseau de ses sentiments, la soumission incontournable à l’influence des autres pourra conduire à des comportements, soit d’effacement total, soit de rébellion incompréhensible et violente.


Parution prochaine (mi-septembre) de l’étude : Inceste et pédocriminalité : crimes contre l’humanité de Kieser ’l Baz Illel, éditions de la Fondation Fleur de Lys, Montreal, 300 p., 15 x 21 cm. Bibliographie et appareil critique, 19 € franco de port. Souscription auprès de l’auteur. Pour en savoir plus.

mars 2006 par Illel Kieser

http://www.hommes-et-faits.com/Dial/spip.php?article43
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MessageSujet: Re: Viols et métamorphoses   Mar 26 Fév 2008, 22:51



Le secret de Blanche
Blanche Landry
« Il est possible de guérir notre enfant intérieur blessé. »


UN DOCUMENT EXCEPTIONNEL SUR L'INCESTE



L'HISTOIRE VRAIE D'UNE MÉTAMORPHOSE

Le secret de Blanche est beaucoup plus qu’un simple témoignage. C’est un document qui traite non seulement de l’inceste, mais aussi de la violence psychologique et physique, de la dépendance affective et sexuelle, des traumatismes reliés à de tels abus et la preuve que nous pouvons obtenir, avec du temps, de la patience et une psychothérapie en profondeur, une complète guérison.

Le secret de Blanche informe, éduque et confirme que l'inceste n'est pas fatal. Empreint d'authenticité, il constitue un puissant message d'espoir.


Extrait de l'introduction

Comment peut-on mener une vie avec cohérence et dans la lumière quand on doit naviguer sur une mer noire de peur, d'illusions et de confusions? Comment peut-on guérir de ses blessures quand on ne comprend pas ce qui les a provoquer? Ayant moi-même subi les affres de l'inceste, il m'a paru nécessaires de chercher à répondre à ces questions douloureuses qui ne cessent de hanter les êtres qui, comme moi, ont été victimes d'agressions sexuelles. À la suite d'expériences aussi traumatisantes, j'ai cherché en vain un livre qui saurait m'aider à comprendre ce qui m'était arrivé et surtout, qui me permettait d'espérer une complète délivrance des conséquences de mon passé... J'espère que ce livre sera aussi apprécié que celui que j'aurais aimé trouver quand j'avais besoin d'aide. Je l'ai conçu dans l'espoir qu'il puisse servir aux victimes ainsi qu'aux proches ou aux gens qui les entourent, afin que tous puissent réellement croire en leur potentiel de guérison.

Extrait de l'épilogue

Tout au long de mon parcours vers la guérison, j'ai appris à pardonner véritablement à tous ceux qui ont abusés de moi ou qui m'ont fait du mal. Je ne leur en veux pas. Je ne vis plus dans le passé, mais bien dans ce présent que je fabrique jour après jour. Et ce qui me paraît extraordinaire, c'est que autant mon passé a été pavé de douleurs et de souffrances autant l'existence que je mène aujourd'hui est parsemée de joie de vivre et de bonheur. Cela ne veut pas dire que je suis à l'abri d'autres blessures. Je sais que je ne suis pas invulnérable, je suis loin d'être une sage personne. Je suis plutôt une apprenti-sage, une femme qu'un solide bagage de souffrances aide à faire avancer dans une voie d'harmonie.

Tiré du livre Le secret de Blanche. Mars 1999. Tous droits réservés aux Éditions de l'Homme.
http://www.blanchelandry.com/auteure.html
http://www.blanchelandry.com/curriculum.vitae.html

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MessageSujet: Re: Viols et métamorphoses   Lun 14 Avr 2008, 00:02

Ambre
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Viols et métamorphoses

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