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Gnose et Spiritualité
 
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 katharsis -Catharsis

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AMBRE

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MessageSujet: katharsis -Catharsis   Jeu 07 Aoû 2008, 12:13


Katharsis -Catharsis

La catharsis ou katharsis (en [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] κάθαρσις) signifie purification.

Dans l'interprétation classique de la katharsis, elle est une méthode de « purgation des passions », ou purification émotionnelle, utilisant des [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ou histoires tragiques considérées édifiantes. En [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], la catharsis est un concept utilisé par [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pour désigner le rappel à la [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] d'une idée refoulée.
Utilisée notamment par le [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], le [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] et la [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], elle montre le destin tragique de ceux qui ont cédé à ces pulsions. En vivant ces destins malheureux par procuration, les spectateurs ou lecteurs sont censés prendre en aversion les passions qui les ont provoquées. Pour que cette catharsis soit possible, il faut que les personnages soient en imitation (mimêsis) des passions humaines, le meilleur exemple, pour Aristote, étant [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
"GUERIR SES SOUFFRANCES EMOTIVES"

(Ed. de l'Homme et Stanké, 1984).

L'histoire de la découverte de la catharsis au Québec, y est relatée par son auteur Albert Glaude. On y apprend comment un tunnel mental, unique à chaque individu, permet de rejoindre les événements du passé totalement oubliés. Grâce à cette intégration, l'auto-guérison s'installe. Les histoires de cas cliniques, ainsi que les références scientifiques sont nombreuses
''GUERIR DES AUTRES"

(Ed. de l'Homme; 1991) Le second livre d'Albert Glaude, plus technique, rend compte de l'élargissement du champ d'application de sa méthode. De nombreux autres cas cliniques sont présentés et expliqués, ainsi qu'une approche originale des pathologies graves.
"LES NOUVELLES VOIES DE LA CATHARSIS" .



(Ed Equilibrium, 2003).

David Savelli, psychologue clinicien, catharsiste, hypnothérapeute.

Ce petit livre explore de nouvelles voies et approfondi certains sujets comme le traitement des enfants et l’auto-traitement en catharsis chez les sujets adultes
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

je découvre les livres d Albert Glaude sur sa méthode ainsi qu Alice Miller ( [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] )qu il cite, dans son dernier livre.

Les maladies.

Il est communément admis que 80 pour cent des maladies sont psychosomatiques.
La découverte, il y a quelques années, de la substance P a permis de faire scientifiquement la preuve que les émotions pertubent le système immunitaire. Ces émotions sont produites par le psychisme qui est lui-même influencé par notre environnement socioculturel. La résolution des problèmes de santé consiste donc bien à se guérir des autres.
Sur le même sujet, le célèbre médecin et biologiste Henri Laborit écrivait:
Nous sommes les autres, c'est-à-dire que nous sommes devenus avec le temps ce que les autres - nos parents, les membres de notre famille, nos éducateurs - ont fait de nous, consiemment ou non. Nous sommes donc toujours influencés, le plus souvent à notre insu, par les divers systèmes dont nous faisons partie.
Le traitement des maladies par la Catharsis.
Les cas les plus simples à traiter sont les urticaires, eczémas, phobies et allergies. Les autres maladies prennent plus de temps à guérir. C'est le cas, par exemple, pour les dysfonctions sexuelles, les maladies intestinales, l'arthrite-rhumatoïde, un mal-être persistant, les dépressions légères ou moyennes. Par contre, les carences affectives relèvent plus de la psychologie classique et nous ne traitons pas les dépressions profondes, ni les psychopathies et les psychoses qui relèvent essentiellement de la psychiatrie.
Formation.
Les normes de formation et d'agrégation sont édictées par Psychosom. Inc. Albert Glaude
Pré-requis:

  • - Avoir une expérience en relation d'aide.
  • - Se soumettre à une évaluation.
  • - Faire sa propre Catharsis si l'évaluation le commande.


La formation :
Se fait en trois étapes. Les stagiaires peuvent conduire certaines Catharsis didactiques après la première étape de 2 semaines, ils sont obligatoirement supervisés jusqu'à l'obtention du diplôme. Ils ont un maximum de trois ans pour faire la démonstration de leur efficacité.
Comment joindre un membre de la CICG? (Association professionnelle garantissant une déontologie stricte)
Il y a des Catharsistes en Belgique et au Canada. Ils sont relativement peu nombreux à cause - ou grâce - à la rigueur de nos règles de pratique, de l'obligation de se soumettre à une formation continue et de respecter inconditionnellement notre code de déontologie.
Pour en savoir plus

Appeler la formatrice accréditée :

Nicole Lecocq-François
Tilff (Belgique).
Tél. 32 (0)4.388.13.28.
E-Mail: [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
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voir aussi Controverse
Catharsis Glaudienne


Thérapie du tunnel
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quelqu un aurait il déjà essayé cette méthode? Et si oui qu en avez vous retiré.
Merci!
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MessageSujet: Re: katharsis -Catharsis   Mer 16 Juin 2010, 18:53

NB du 16 juin 2010
Citation :



CONFERENCE
Une vérité qui libère... Du passé imposé au présent libéré


par Nicole LECOCQ-FRANCOIS
psychothérapeute et auteure


Découvrir comment accéder à notre histoire, telle qu'elle s'est véritablement déroulée pour nous, lorsque nous avons été amenés à écraser, refouler, voir même OCCULTER nos douleurs d'enfance. Libérer cela, c'est accéder à sa vérité, retrouver son potentiel perdu, accéder à plus de conscience et... se libérer de ses symptômes, de ses problèmes de santé psychiques, physiques, sexuels ou phobiques. La vie reprend alors tout son sens.[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
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A lire : Une vérité qui libère - Du passé imposé au présent libéré Nicole Lecocq-François, aux Editions Quintessence, février 2009



Le vendredi 22 octobre 2010 à 20h, au Catharose (plus d info en septembre)



Par rapport à ce que vous avez mis sur votre forum, si vous décidez de maintenir la controverse, je voudrais tout de même signaler le biaisement des sources, à savoir : Albert Glaude n'a pas écrit 3 livres, mais 2, il y a un amalgame. Il a écrit :


  • GLAUDE, Albert, Guérir ses souffrances émotives, éd. de l'Homme, 1984.
  • GLAUDE, Albert, Guérir des autres, éd. de l’Homme, 1991.

Il n'est pas non plus "spécialisé dans le traitement de personnes victimes d’agressions sexuelles dans leur jeunesse" ; ceci est tout à fait contraire à la méthode et l'esprit de la méthode décrits dans ses livres comme dans le mien : on ne sait pas à l'avance quels sont les avatars derrière les symptômes de la personne, on ne sait pas à l'avance ce qu'elle va libérer comme douleurs enfouies, si elles ont un contenu sexuel ou non.


Le reste du texte est du même acabit, puisqu'on ne sait pas à l'avance ce que la personne a vécu. Il n'y a aucune induction, aucune analyse, de ce qu'elle a vécu, aucune interprétation de ses ressentis et de ses comportements.


Si vous êtes d'accord, vous pourriez compléter vos infos avec ma seconde adresse courriel
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
contenant entre autre une interview.


Merci.


Bien à vous,


Nicole Lecocq-François


INTERVIEW DE NICOLE LECOCQ-FRANCOIS PARTIELLEMENT DIFFUSEE DANS LA REVUE BIOINFO N°87, mars 2009.

Quels sont les fondements de la « catharsis » dite « thérapie des profondeurs » ?

La Catharsis glaudienne est aussi appelée « thérapie du tunnel ». Elle a pour objectif de désocculter, en quelques semaines, sans hypnose, tous les événements enfouis remontant à avant, pendant et après la prime enfance. Ces occultations, une fois revécues avec toute leur intensité et leurs détails, libèrent le corps et le psychisme de ses déséquilibres.

L’expérience clinique a largement démontré qu’il était nécessaire et suffisant de « revivre » intégralement ces expériences traumatisantes ainsi que le moment et le mode d’occultation, pour que les symptômes disparaissent et que la personne guérisse de ses souffrances. On aura effectivement compris que lorsque nous sommes incapables de comprendre, de « digérer » un événement et que nous l’effaçons purement et simplement pour qu’il ne dérange plus notre conscience, nous bloquons le processus de deuil – et donc de guérison - qui s’était automatiquement amorcé et empêchons l’intégration de la réalité de ce qui s’est passé. Tôt ou tard, la personne tentera de terminer le processus en s’exprimant par des symptômes physiques et/ou psychiques en lien avec la teneur du traumatisme. Seule une régression la replongeant dans la scène initiale lui permettra de reprendre le processus là où il s’était figé, de le mener à son terme et de se libérer de ses symptômes. C’est ce que l’adulte peut faire désormais, alors que l’enfant fragile et seul face à son trauma, ne le pouvait pas. La Catharsis glaudienne est particulièrement percutante quand la personne a occulté sa souffrance, mais elle est tout aussi efficace quand la personne a des souvenirs conscients, car même dans ce cas, des affects restent enfouis dans le subconscient.

Albert Glaude est à l’origine d cette thérapie. Qu’a-t-il découvert et mis en évidence par rapport aux autres théories-thérapies ?

L’approche d’Albert Glaude découle entièrement de la clinique sans qu’il n’y ait application quelconque d’une théorie. Ce qu’il a vraiment découvert, c’est l’occultation, mécanisme puissant non comparable au refoulement. C’est donc la capacité qu’a le cerveau de rayer, en quelques secondes parfois, un événement, ou une partie d’événement ou encore les émotions liées à un événement, de le rayer donc de la mémoire consciente. C’est un mécanisme biologique de décharge de la douleur psychique qui, s’il ne se mettait pas en place, menacerait l’équilibre mental de la personne, en cas de traumatisme profond. Il est un mécanisme de survie.
Ce qu’Albert Glaude a également vraiment découvert, c’est le Tunnel mental que chacun peut visualiser et qui contient tous les avatars non libérés à l’intérieur de la personne. Il serait plus exact de dire que c’est une de ses consultantes qui le découvre en 1978, car un tunnel émerge spontanément dans sa conscience, alors qu’elle est en séance thérapeutique avec Albert Glaude. Le grand mérite de ce dernier est bien sûr d’avoir, à partir de là, multiplié les observations et recoupements, vérifié et avalisé la reproductibilité d’une façon de traiter devenue une méthode.
Il a mis au point une évaluation permettant de voir si la personne a besoin et est prête à vivre une Catharsis. Il a découvert le paysage s’imposant au bout du Tunnel lorsque la thérapie se termine, lorsque le passé a libéré toutes ses réminiscences encombrant le présent.
Il a découvert que l’interventionnisme du thérapeute mettait le plus souvent à mal le bon déroulement d’une thérapie, que le fil conducteur qui mène à la guérison est entièrement régi par le subconscient et donc que le rôle du thérapeute était d’accompagner la personne à établir la connexion profonde avec elle-même.

Le phénomène de l’occultation prend donc une place considérable dans cette approche thérapeutique. Comment « soulever » celui-ci sans faire de dégâts profonds au niveau de l’âme ?

Les dégâts profonds dans l’âme ont été créés au moment du traumatisme. Lorsqu’un tout petit est battu, par exemple, il vit la souffrance physique et la pire souffrance qu’est la souffrance morale : l’humiliation, la croyance qu’il est très mauvais si on le bat, qu’il n’a pas le droit d’exister etc. L’occultation permet de s’en tirer « avec le moindre mal ». C’est quelque chose comme : « si je fais comme si cela n’existe pas, alors, je ne souffre pas ; si cela n’est jamais arrivé, alors tout va bien ; alors je fais comme si cela ne s’est pas passé. D’ailleurs, c’est un sujet dont on ne parle jamais. Quand le voisin entend mes cris et qu’il me voit le lendemain, il baisse les yeux ; quand mon professeur voit mes bleus sur les jambes et ne dit rien, c’est qu’il ne faut pas en parler ». Sauf que le subconscient ne connaît pas le temps. Et quand je me retrouve adulte, par exemple, je reste enfermé dans le silence, la crainte, l’hypersensibilité à la violence, dans l’inhibition d’action, je ne sais pas prendre ma place… Et j’ai besoin de guérir de tout cela. Dans une catharsis, l’enfant souffrant en moi va enfin être entendu dans ses souffrances. Je vais revivre ces douleurs, dans un milieu sécurisant, accompagné par le thérapeute dans une relation empathique ; l’enfant n’est plus seul dans son vécu, il reçoit et se donne l’empathie qui l’aurait guéri s’il l’avait reçue à 4 ans, 8 ans, 10 ans… au moment des faits. L’âme reçoit l’empathie, la conscience et la vérité dont elle a besoin et se libère ainsi, car la personne qui avait dû se quitter pour survivre revient à elle-même.

Il faut comprendre deux choses :
La première est que si l’enfant a été capable de vivre et puis d’occulter un événement, l’adulte qu’il est devenu, peut le supporter grâce à la capacité de recul qu’il a acquise du fait qu’il n’est plus dépendant de l’adulte pour vivre, tout simplement.

Ensuite, personne ne revivra en Catharsis ce qui l’a traumatisé, s’il n’est pas prêt à le faire. Il n’y a donc pas de décompensations. Le subconscient, au rôle essentiellement protecteur, est le maître d’œuvre du déroulement de la libération des affects, et non le Catharsiste glaudien qui jamais ne forcera quoi que ce soit.

Dans les conclusions de mon livre « Une vérité qui libère » (éditions Quintessence 2009), je précise que lorsque le travail de Catharsis est terminé, « la personne rejoint son être spirituel ». Une consultante « au bout du Tunnel » souligne entre autres : « Je ressens la plénitude totale, à tout niveau, je n’ai jamais connu cela. Mon corps et mon âme ne sont plus séparés… Mon âme ressent beaucoup de paix, plénitude, joie, bien-être, calme, beauté, je me sens lumineuse… ». Il faut bien se dire que si la personne consulte au départ, c’est bien parce qu’elle se sent tourmentée dans son corps (parfois) et dans son âme (toujours).

Comme se passe concrètement une thérapie chez et avec vous ?

La personne qui se présente en consultation vit une première rencontre d’évaluation qui est avant tout un temps d’accordance avec le thérapeute, une anamnèse des souvenirs conscients et une investigation du subconscient. Cette évaluation ne comporte aucune catégorisation, aucune analyse, aucun diagnostic, mais permet au thérapeute de voir si la Catharsis est adaptée à la personne et si celle-ci est prête à la vivre (dans le cas inverse, cela permet d’orienter vers une autre thérapie). La personne peut ainsi sentir comment elle vit cette approche et décider si elle poursuit le travail.

Le rythme des séances est alors déterminé, des séances de trois heures maximum, qui démarrent assez vite « au divan »
[1] , dans un état de relaxation (et non d’hypnose) guidée, pour accéder ensuite au « retour dans le passé » par les régressions. Celles-ci sont déclenchées par l’état de pression des symptômes de la personne consultante et facilitées par les ressentis du corps et le passage des portes du Tunnel. Les face à face avant et après le divan favorisent la compréhension et l’intégration des vécus et des revécus.

Quels types de souffrances vivent vos patients ? Exemples ?

Autant la forme des symptômes peut être variée (cela va de la dépression nerveuse à l’eczéma, en passant par les troubles sexuels, les troubles obsessionnels compulsifs, les phobies, l’anorexie etc…), autant on retrouve des blessures plus ou moins profondément enfouies d’humiliation, d’abandon, de perte de confiance, de peur pour la survie, de honte, de non-droit à l’existence, d’isolement, de terreur… Toutes sortes de situations vécues alors que l’enfant était un être dépendant de son environnement et des dérives de la vie.

Et la spiritualité dans votre approche, la prière ? Quelle place ?

L’ego est profondément touché par les blessures d’enfance et il contamine la personne aussi dans son cheminement spirituel, puisqu’elle n’a plus ou pas sur certains points, accès à son intériorité profonde. Lorsque la personne guérit, elle rejoint son plan spirituel, comme je l’exprime plus avant. Cet accomplissement se produit en dehors de toute croyance religieuse si la personne est laïque. Comme je l’écris dans mon livre, « à ce stade, la spiritualité ne se confondra plus jamais avec les croyances personnelles et le sectarisme ». La prière, je dirais, n’a aucune place dans la Catharsis, sinon si la personne en a besoin et prie spontanément. Mais demander au subconscient de nous libérer de nos douleurs profondes en nous en donnant l’accès, pour que nous devenions des êtres conscients, n’est-ce pas une forme de prière ?

Le pardon est important dans tout processus de guérison. Un long cheminement… comment y arriver concrètement ?

Le pardon survient… ou ne survient pas. Ce qui guérit, c’est la libération de la douleur. Ce qui permet de pardonner, c’est de guérir et non l’inverse. Certaines personnes estiment que ce n’est pas à elles de pardonner. Ce qui se produit par contre toujours, c’est la compréhension en profondeur du cercle vicieux de la douleur et cela ouvre un espace de compassion qui n’était pas possible avant.
Certaines personnes avaient suivi avant leur Catharsis, des méthodes pour pouvoir pardonner. Elles se sont aperçues en cours de travail, qu’au plus profond d’elles-mêmes, il restait de la rancœur. La rancœur a disparu avec la disparition de la douleur. Car comment pardonner vraiment si l’on ignore comment on a ressenti en profondeur ce qui nous est arrivé, si on ignore au fond ce qui nous est vraiment arrivé ?

Le plus beau chemin reste probablement le pardon à soi-même ; à un moment donné ce besoin de se pardonner s’impose – se pardonner de ne pas avoir compris plus tôt, de s’être tu, d’avoir prolongé le conditionnement de l’enfance, d’avoir perpétué la douleur etc… - et c’est la conscience de ce besoin qui permet au processus de se faire. Car si les personnes viennent en Catharsis parce qu’ils n’en peuvent plus de subir leur mal-être et leurs symptômes, ce qu’ils y découvrent en même temps, c’est un chemin de conscience.
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MessageSujet: Re: katharsis -Catharsis   Lun 25 Oct 2010, 23:40

La catharsis cioranienne :

Cioran émet en apparence l'une des pensées les plus radicalement pessimistes de la modernité.
C'est sans compter sur le pouvoir cathartique se son écriture où la vigueur du style contredit le message délivré et le conjure en une thérapeutique fragmentaire.
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"Tout ce que j’ai écrit, je l’ai écrit à des moments de dépression. Quand j’écris, c’est pour me délivrer de moi-même, de mes obsessions. Ce qui fait que mes livres sont un aspect de moi, ils sont des confessions plus ou moins camouflées. Ecrire est une façon de se vider soi-même. C’est une délivrance. Autrement, ce qu’on porte en soi deviendrait un complexe." (Entretiens, p. 1743)
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MessageSujet: Re: katharsis -Catharsis   Mar 26 Oct 2010, 07:24

Bonjour,

Je ne connaissais pas la "catharsis"

La lecture du sujet, me fait penser, à un fait que j'ai vécu cet été






Christiane SINGER : "Chercher le fil de la MERVEILLE dans toute chose"

"Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l'homme comme elle est, infinie.
Car l'homme s'est emprisonné lui-même, si bien qu'il voit tout par les fissures étroites de sa caverne" William Blake



Dernière édition par pascalle le Jeu 26 Mai 2011, 04:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: katharsis -Catharsis   Mer 27 Oct 2010, 20:19




Merci Pascalle de ce témoignage!

j ai lu ceci ce soir....la souffrance ,le pourquoi , le comment, s en sortir, s en détacher et "guérir des autres" comme l a écrit /dit A.Glaude!

"Mais jamais une explosion cathartique ne peut guérir d'un traumatisme en une seule fois. Et il est peu probable que, même répétée, elle ne puisse guérir d'un traumatisme grave autour duquel la personnalité s'est organisée. "

"On comprend mieux, maintenant l'ambiguïté du mot de "catharsis". Il désigne à la fois une intention autothérapeutique inconsciente et une expérience émotionnelle consciente. Mais la logique de la seconde correspond bien rarement aux attentes de la première !"


La catharsis, purge ou thérapie ?
Serge Tisseron





Peu de concepts ont provoqué autant de divagations que celui de "catharsis" ! Le fragment qui la mentionne pour la première fois dans La Poétique d'Aristote ne comporte que dix mots, mais on n'a pas cessé de disserter sur ces dix mots depuis dix siècles et le problème n'a rien perdu de son actualité. Dans notre société, les images - notamment cinématographiques et télévisuelles - jouent massivement sur nos nerfs : meurtres en séries et parfois en direct, viols, violences en tous genres... Le spectacle du serial killer nous épargne-t-il le risque de le devenir ? Tel est l'enjeu de la "catharsis"

Du théâtre comme maison de redressement moral
Rappelons d'abord le texte d'Aristote : "Donc la tragédie est l'imitation d'une action de caractère élevée et complète, d'une certaine étendue, dans un langage relevé d'assaisonnement d'une espèce particulière suivant les diverses parties, imitation qui est faite par des personnages en action et non au moyen d'un récit, et qui, suscitant pitié et crainte, opère la catharsis propre à pareilles émotions. J'appelle "langage relevé d'assaisonnement" celui qui a rythme, mélodie et chant ; et j'entends par "assaisonnement d'une espèce particulière" que certaines parties sont exécutées simplement à l'aide du mètre, tandis que d'autres, par contre, le sont à l'aide du chant"

A partir de la redécouverte d'Aristote en Occident au Moyen Age, de nombreux auteurs ont tenu sur la "catharsis" théâtrale un point de vue moralisateur. Lessing a excellé dans ce sens, et son point de vue a été longtemps dominant. La tragédie assurerait la métamorphose des passions en capacités vertueuses. La catharsis est alors, selon les auteurs, pensée soit comme une "purgation", soit comme une "purification". Traduit par "purgation", le mot fait référence à la façon dont l'âme est débarrassée de ses émotions excessives par le spectacle. Au contraire, traduit par "purification", il désigne la façon dont les émotions sont épurées à l'intérieur de l'âme par le moyen du spectacle, comme par une alchimie de séparation du pur et de l'impur. Dans le premier cas, c'est l'âme qui est épurée : c'est la catharsis "dionysiaque". Dans le second, ce sont les passions seules : c'est la catharsis "apollinienne". Ainsi la mise en scène de la cruauté, de l'ambition ou de la colère libérerait les spectateurs de ces mêmes tendances chez eux

Le spectacle de la violence serait le gardien des vertus civiques. Pourtant, le texte d'Aristote ne parle pas de "catharsis" pour les passions en général, mais seulement pour la crainte et pour la pitié. C'est pourquoi, pour certains auteurs, les effets de la catharsis seraient limités à ces deux formes d'émotions. La tragédie permettrait seulement à ses spectateurs de s'affermir contre les risques que pourraient entraîner des craintes ou des pitiés excessives dans la vie courante, autrement dit de s'immuniser contre les écarts de celles-ci en les modérant. C'est en ce sens que Racine a pu écrire que la tragédie, en "excitant la terreur et la pitié, purge et tempère ces sortes de passion"
Bernays balaiera l'ensemble de ces distinctions comme autant de variantes de la même funeste tendance moralisatrice
Une définition transférée du physique au psychique A partir d'une étude de la Politique, Bernays (1858) montre que le point de vue d'Aristote n'est ni moral ni hédoniste. "C'est un point de vue pathologique" écrit-il (souligné par l'auteur). Aristote, qui était fils de médecin, aurait été guidé dans l'emploi du mot "catharsis" par une préoccupation thérapeutique et non morale. Preuve en est que le philosophe compare la "catharsis" procurée par la musique et la tragédie à un soulagement de phénomènes morbides physiques. Il écrit, rappelle Bernays, qu'un traitement qui utilise des moyens cathartiques "élimine la substance pathogène" en agissant par "allégement" de celle-ci. La catharsis théâtrale opérerait de la même façon par un allégement des excitations violentes présentes chez le spectateur. Bernays conclut : "La catharsis est une définition, transférée du physique au psychique, du traitement d'un (être humain) oppressé, (traitement) qui ne cherche pas à transformer (ou à refouler) l'élément qui oppresse, mais (qui) veut (au contraire) exciter cet élément et le mettre en avant par poussées pour provoquer par là le soulagement de l'oppressé"

Enfin, Bernays ajoute : "Il arrive dans les explications d'Aristote que ce n'est pas le matériau morbide qui apparaît comme l'objet de la catharsis, mais l'être humain déséquilibré". La voie était ouverte pour les travaux d'un très proche parent de Bernays, Sigmund Freud
Un concept "breuerien" Jacob Bernays était l'oncle paternel de Martha Bernays, la femme de Freud. Mais, dans les faits, Jacob Bernays était pour Martha beaucoup plus qu'un oncle. Martha, orpheline de père très tôt, avait trouvé en lui un véritable père de substitution. Pourtant, lorsque Freud, dans les Etudes sur l'Hystérie (1895), parle de la "catharsis" comme d'un "traitement", on ne peut pas savoir s'il avait à l'esprit les recherches de Bernays. Il est impossible de savoir avec certitude s'il avait travaillé ou même seulement lu le livre de l'oncle de sa femme... même si c'est très probable. Par contre, il est certain que Freud avait à l'esprit les recherches de Breuer. Breuer est en effet le premier à avoir introduit ce mot pour désigner le traitement des malades mentaux. Alors que sa patiente, Anna O. (la première patiente de la psychanalyse...) lui parlait de "cheminy sweeping" (littéralement "ramonage de cheminée") et de "talking cure" (littéralement "cure de parole") pour désigner le nouveau traitement des névroses que Breuer mettait au point avec elle, celui-ci préféra le mot de "catharsis"

Cette méthode est décrite par Breuer lui-même (1895) comme une façon d'aider les patients à se remémorer leurs expériences traumatiques oubliées et à décharger les émotions empêchées ou contenues qui s'y rattachent. Le patient est invité à épancher sa rage, ses larmes, et à se soulager par l'expression des paroles et des sentiments jusque-là retenus. Freud applique lui-même cette technique pour la première fois en 1889 avec Emmy Von N. Mais très vite, il lui préfère une autre technique dans laquelle il tente l'effacement sous hypnose des souvenirs traumatiques. Enfin, abandonnant l'hypnose, découvrant le refoulement et les diverses manifestations du retour du refoulé, Freud orientera la psychanalyse comme thérapie vers l'"association libre". La "catharsis", depuis, constitue une sorte de préhistoire de la psychanalyse..
Explosion ou processus ? Pour Breuer et Freud, la catharsis est assez différente de ce qu'elle était pour Bernays. Il ne s'agit pas d'un simple exutoire - comme physiologique - d'énergies jusque-là contenues. Elle s'enracine dans une conception de l'appareil psychique. Pour eux, elle doit renouer avec le processus traumatique originel "avec autant d'intensité que possible (de telle façon) qu'il soit remis in statu nascendi, puis verbalement traduit". Pour qu'il y ait "abréaction" du traumatisme, il faut donc que les affects jusque-là retenus soient exprimés par la parole. Pour Freud, la catharsis est inséparable de la mise en mot, elle associe la reviviscence des affects sous une forme inchangée et leur traduction immédiate en paroles. Que les éprouvés doivent être convertis en paroles a sans doute pour le lecteur un parfum d'évidence. C'est devenu une idée "classique". Cela ne doit pas pour autant nous empêcher de nous interroger. L'affect converti en paroles est en effet objectivé et socialisé. Mais l'expression émotive et motrice d'affects jusque-là retenus est déjà une forme d'objectivation puisque, une fois exprimé, l'affect vient se situer dans le temps : après l'expression de l'affect, il y a un "avant" et un "après" de cette expression. Par ailleurs, les conditions d'expression des affects font que - quel que soit ce qu'en dise Freud -, ils sont toujours "traduits". L'expression "in statu nascendi" est un fantasme ! Faut-il rappeler qu'il est interdit de casser les objets dans le bureau du psychanalyste ? L'expression affective et motrice des affects reçoit toujours une forme de traduction adaptée aux circonstances indépendamment de leur mise en mots éventuelle. Pour ces deux raisons, l'expression émotive et motrice de la catharsis avant même toute mise en mot représente déjà une amorce de symbolisation sur un mode sensori-affectivo-moteur

Enfin, si un témoin assiste à cette expression, et même si aucun mot n'est échangé, cette expression est également une forme de socialisation, c'est à dire une manière de symbolisation à part entière. Cette forme de symbolisation, parallèle à la symbolisation verbale, est essentielle. La catharsis "complète" ne passe pas seulement par la symbolisation verbale, mais comporte une part de réactions affectives, sensorielles et motrices à travers lesquelles les affects retenus reçoivent une mise en forme spécifique. Ces considérations vont se révéler très précieuses pour comprendre comment fonctionne la catharsis au spectacle. Mais tout d'abord, il nous faut préciser la nature de la "substance pathogène" postulée par Aristote et allégée par la catharsis

La "substance pathogène"
Toutes les composantes de chaque nouvelle expérience nécessitent de recevoir une inscription psychique qui participe à leur symbolisation. Les obstacles qui peuvent l'entraver sont de plusieurs types. Freud en a pointé un dans l'existence d'un conflit entre désir et interdit, conflit générateur du mécanisme du refoulement. Un autre obstacle consiste dans l'existence d'un clivage du moi avec déni, soit que l'expérience nouvelle se greffe sur un clivage préexistant, soit qu'elle le produise. Ce dernier cas survient notamment en cas d'expérience particulièrement violente contre laquelle le sujet se préserve. La douleur enfouie peut alors surgir à l'occasion du récit de l'événement et entraîner la maladie du sujet, voire sa mort, comme pour cette religieuse tombée dans un coma mortel au moment où elle essayait de raconter à ses amis les crimes abominables auxquels elle avait assistés au Rwanda. Enfin, un clivage avec déni peut se mettre en place sous l'effet de l'environnement social, en particulier lorsqu'il existe un conflit entre ce qu'un sujet éprouve et ce que son entourage peut accepter de ses éprouvés et de ses paroles. Tel est notamment le cas lorsqu'il existe un secret familial

Dans les cas où il existe un clivage avec déni, les éléments de l'expérience nouvelle sont symbolisés seulement en partie. L'autre partie est enfermée dans une sorte de vacuole psychique
- une inclusion au sein du Moi
- d'où ils sont tenus à l'écart du fonctionnement global de la personnalité. Ce que réalise l'expérience cathartique, c'est une ouverture de cette véritable boîte de Pandore. Les éléments psychiques qui y étaient gardés enfermés à l'écart du fonctionnement courant de la personnalité
- et dont, pour cette raison, le sujet avait pu oublier l'existence
- font un retour brutal à la conscience.

Ces éléments sont essentiellement émotionnels, mais parfois il s'y ajoute des impulsions d'acte ou des mots restés en souffrance. Le sujet plongé "en catharsis" se sent poussé à commettre certains actes ou des mots lui sortent malgré lui de la bouche ! Le problème est que cette explosion est le plus souvent suivie par une phase de reconstitution de la vacuole psychique qui s'y est épanchée. Jusqu'à ce qu'une nouvelle explosion cathartique se produise, et ainsi de suite... L'évolution favorable de l'explosion cathartique est souvent empêchée par l'existence d'une imago de fixation interdictrice. Le repérage de ces imagos et leur désinvestissement progressif par le sujet représente un élément essentiel du travail du psychanalyste. C'est pourquoi, même si l'explosion cathartique déroute le psychanalyste, elle ne se tient pas pour autant à l'écart des effets de son travail. Le psychanalyste contribue, en dehors des moments d'explosion cathartique à lever les imagos de fixation interdictrices qui bloquent le processus de l'introjection. C'est pourquoi il ouvre la voie à une évolution favorable de l'expérience cathartique au cas où elle se produirait La catharsis interrompue par le spectacle La catharsis au spectacle est assez différente de ce qu'elle est en cure. Ici, le patient est invité à formuler des énoncés chargés d'affects qui correspondent aux situations spécifiques qu'il a vécues. Au spectacle au contraire, on regarde, on écoute, on éprouve par identification aux personnages de la scène ou de l'écran, et parfois (rarement) on manifeste activement ce qu'on ressent. C'est pourquoi un spectacle est capable de provoquer le retour brutal d'émotions, de pensées ou d'images jusque-là tenus à l'écart de la conscience, mais qu'il est incapable d'assurer à lui seul les conditions qui permettent au sujet de faire face à ce retour dans de bonnes conditions

Le sujet qui vit une expérience cathartique y est toujours confronté au risque d'une submersion de sa personnalité par les affects, les images et les impulsions d'acte non maîtrisables qui caractérisaient l'expérience traumatique initiale. Ainsi s'explique qu'un fragment de spectacle apparemment anodin puisse provoquer des réactions d'une grande violence chez certains spectateurs. Une femme dut quitter la salle de projection où passait le film Pétain au moment du mitraillage, par l'aviation allemande, des colonnes de réfugiés : elle avait perdu ses deux parents dans une situation semblable

Il peut arriver que la situation psychiquement élaborée ne concerne pas une situation vécue personnellement mais une situation vécue par un ascendant. Le spectacle qui en réalise une forme de mise en scène bouleverse alors le sujet non pas dans ses souvenirs personnels d'une situation effectivement vécue par lui, mais dans ses souvenirs de situations imaginées par lui au contact d'un parent porteur d'un secret douloureux. Par exemple, une scène de viol d'une servante par un noble vue au cinéma par une de mes patientes l'indisposa si fort qu'elle dût quitter la salle. Il s'avéra que cette scène correspondait à un événement crucial de son histoire familiale : sa grand-mère, blanchisseuse dans un château à la fin du siècle dernier, avait probablement été violée de la même façon par le maître de maison et sa mère était née de cette union. Ma patiente n'ignorait pas cette situation pour l'avoir entendu évoquer par sa mère, mais la voir représentée était plus qu'elle ne pouvait supporter. En effet, elle luttait en permanence contre les images de ce viol tout comme sa mère, toute sa vie, avait lutté contre elles. Dans ces deux exemples, l'effet cathartique du spectacle s'était trouvé brutalement interrompu par le spectateur lui-même. Faut-il alors renoncer à croire que le spectacle puisse être cathartique et le rendre à son seul effet divertissant ? Heureusement, l'expérience cathartique au spectacle peut aussi évoluer favorablement

Du lien social
Avec l'expérience cathartique, le sujet plonge dans un bain d'émotions, de sentiments et d'états du corps qui étaient tenus jusque-là à l'écart de sa conscience. Pour la première fois, il fait corps avec leur expression en s'y identifiant totalement. Si cette expression n'est pas entravée, elle participe à une forme de symbolisation sur un mode sensori-affectivo-moteur d'émotions, de pensées et d'états du corps restés jusque-là en souffrance. Cette mise en sens est comparable à une "dépossession" spontanée par laquelle un sujet se libérerait du démon qui le hantait en lui donnant une figure à travers ses mimiques, ses cris et ses gestes. Mais faute d'un rituel social qui objective cette dépossession en la nommant il y a tout lieu de craindre que le démon ne reprenne bientôt sa place dans le sujet ! De même, lorsque la catharsis n'est pas suivie d'une symbolisation de l'expérience traumatique étayée sur le lien social, il y a tout lieu de craindre que les barrages soudainement rompus à sa faveur ne se reconstituent rapidement. Sa logique propre est celle d'un soulagement, puis d'un retour à l'état de charge initial, jusqu'à l'explosion suivante, et ainsi de suite

L'évolution favorable de l'expérience cathartique nécessite d'abord qu'un témoin en reçoive l'écho et assure ainsi un début d'introjection dans le Moi conscient du spectateur des émotions, des sentiments et des représentations qui s'y manifestent. Le travail de symbolisation sur un mode sensori-affectivo-moteur peut alors avoir un effet sédatif durable sans pour autant que le sujet ait conscience de ce qui s'est passé
L'effet thérapeutique de la catharsis existe parfois sans qu'il y ait eu mise en mot de l'événement traumatique qui est à son origine. Mais en général, cet effet reste très fragile tant que l'explosion cathartique ne trouve pas un prolongement dans la symbolisation verbale. C'est le cas lorsque le sujet nomme ce qui s'est passé pour lui avec des proches ou des amis

Enfin, pour si importante qu'elle soit, cette forme de symbolisation verbale avec des proches ne saurait être confondue avec la symbolisation verbale achevée telle qu'elle est menée au cours d'un travail psychothérapeutique et surtout psychanalytique. Dans cette dernière, l'événement initial resté en souffrance et qui a causé l'explosion émotionnelle de la catharsis sans pour autant la signer se trouve reconnu et nommé ; et les effets complexes de cet événement sur le sujet sont eux aussi reconnus et explorés

On comprend mieux, maintenant l'ambiguïté du mot de "catharsis". Il désigne à la fois une intention autothérapeutique inconsciente et une expérience émotionnelle consciente. Mais la logique de la seconde correspond bien rarement aux attentes de la première ! Revenons en maintenant à Aristote. Si la pitié et la crainte étaient les deux seuls sentiments retenus par lui comme susceptibles d'être touchés par un effet cathartique du théâtre, nous en voyons mieux la cause. Ces deux sentiments, à la différence de la colère ou de l'indignation, ne s'accompagnent pas d'un effet visible. Le spectateur qui retrouve, face à un spectacle, des sentiments de peur ou de pitié, les éprouve dans le secret de son coeur. Aristote aurait pu y ajouter la tristesse : on pleure beaucoup au spectacle
- les femmes notamment
- et cela peut se faire sans trop déranger nos voisins... Par contre, la colère ou l'indignation, éprouvées et manifestées pendant un spectacle
- non pas contre celui-ci, mais en empathie avec lui
- risqueraient bien de perturber le spectacle ! On voit cela parfois, pourtant, lorsque le public n'est pas lissé par une culture de la retenue émotionnelle.

J'ai le souvenir d'un western vu dans un cinéma de quartier. Le public, essentiellement constitué de travailleurs immigrés, semblait avoir pris le "méchant" du film comme cible de toutes ses frustrations rentrées. Cela fonctionnait d'autant mieux que les traumatismes subis et refoulés étaient, pour l'ensemble de ces spectateurs, des traumatismes communs. Non seulement les insultes hurlées par les plus actifs parmi les spectateurs ne gênaient pas les autres, mais encore elles les libéraient, par identification, des humiliations subies dans leur vie quotidienne et auxquelles ils n'avaient pu réagir que par une colère silencieuse

L'expressivité de chacun, soutenue, encouragée et prise en relais par les autres, assurait une catharsis réussie à travers une symbolisation sensori-affectivo-motrice et verbale soutenue par le groupe. De même au Japon, apparurent après la guerre de très nombreux films "lacrymogènes" classés en trois catégories : "un, deux ou trois mouchoirs". Les japonais avaient tant de larmes à verser ! La défaite militaire, leurs illusions perdues, l'humiliation de l'occupation, Hiroshima et Nagasaki, leurs morts soi-disant "pour la patrie", etc. Ces films permettaient probablement aux Japonais d'exorciser une tristesse que les convenances sociales

- et notamment l'obligation faite par le gouvernement d'appliquer aux occupants américains les traditionnelles lois de l'hospitalité japonaise

- empêchaient de verser en d'autres circonstances..

Efficacité et limites de la catharsis
A un moment où l'Eglise excommuniait les acteurs et accusait les auteurs de théâtre de pervertir la société, certains ont été tentés de promouvoir le théâtre en une institution de redressement moral rivale de l'Eglise. Grâce à la "catharsis", la tragédie promettait la transformation des vices en vertus par le plaisir là où l'Eglise exhortait au même résultat par la souffrance ! Mais ceux qui ont engagé la catharsis du côté de la morale l'ont fourvoyée. Son efficacité ne vient pas de l'évacuation de désirs refoulés, mais du déverrouillage de sensations et d'émotions liées à une expérience traumatique antérieure. La catharsis ne peut éviter un destin de serial killer que dans la mesure où celui-ci aurait été déterminé par des expériences traumatiques restées en souffrance ! Enfin, comme l'avait entrevu Aristote, l'explosion cathartique survient d'autant plus facilement qu'elle est collective. Alors s'associent en elle plusieurs spectateurs ayant vécu des expériences traumatiques proches, voire semblables. L'effet résolutoire de l'expression cathartique est inséparable du lien social. On peut même dire que la catharsis est une forme de lien social, le plus intense peut-être qu'un spectacle puisse créer. Le caractère collectif d'un spectacle ne suffit pourtant pas à assurer l'efficacité cathartique. La dévotion au spectacle envisagé comme produit culturel à apprécier
- ou à rejeter avec les nuances d'usage
- empêche le plus sûrement que cet effet puisse opérer. Spectateurs, encore un effort de spontanéité pour que le spectacle vous devienne cathartique !

Pourtant, la catharsis a aussi des limites. Si son explosion a parfois des effets sédatifs durables, c'est parce qu'elle réalise une forme de symbolisation sensori-affectivo-motrice soutenue par une communion imaginaire, intellectuelle et affective au sein d'un groupe. Mais jamais une explosion cathartique ne peut guérir d'un traumatisme en une seule fois. Et il est peu probable que, même répétée, elle ne puisse guérir d'un traumatisme grave autour duquel la personnalité s'est organisée. Son effet est heureusement considérablement renforcé si un début de symbolisation verbale est assuré dans les échanges avec des proches et des amis. Aller au spectacle accompagné et prendre un pot ensemble à la sortie sera toujours irremplaçable... même si ce n'est pas suffisant pour résoudre, dans tous les cas, les violentes irruptions affectives de l'expérience cathartique



Les Cahiers de médiologie - n°1 : "La querelle du spectacle"
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MessageSujet: Re: katharsis -Catharsis   Lun 26 Déc 2011, 12:06


une citation de Serge Car qui a toute son importance à l heure actuelle!!

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La catharsis provoque un choc, car elle met en relation le sujet avec ce qu’il s’était dissimulé, ce qu’il avait pu refouler. Le besoin que nous éprouvons de vider les poubelles de l’histoire récente sur la scène de l’histoire critique a en effet une parenté avec la catharsis individuelle. L’inconscient collectif a lui aussi besoin d’être libéré, de voir ses nœuds internes résolus, dénoués. L’esprit veut cette libération, autant comme conscience individuelle, que comme conscience collective. Le déballage scabreux du passé, avec ses rancunes, ses ressentiments et ses accusations n’est pas gratuit. Autant en conduire le processus de manière précise, impartiale, délibérée, dans les écrits de l’histoire, plutôt que d’en laisser le soin à la vindicte populaire. Il est intéressant de noter que puisque toute histoire est une mise en rapport entre deux plans de l’humanité, le passé vécu par les hommes d’autrefois et le présent où vient s’effectuer la relecture du passé, il y a nécessairement une opération qui s’effectue sur le plan psychique. Un homme qui désire être libre se libère du poids de son passé. Un peuple qui veut être libre doit se libérer du poids de son passé. Nous savons que l’effet de catharsis est assez ambigu au théâtre ou au cinéma. Parfois le spectacle des passions risque de les renforcer au lieu de les libérer. La même ambiguïté se retrouve avec l’histoire, dans la mesure où la mémoire est libérée ou au contraire, sollicitée à l’excès dans sa réactivité.

Il y a deux formes de mémoire. Il y a le souvenir qui, quoi que nous fassions, ne peut jamais être éliminé, car il est consubstantiel à l’esprit lui-même. Il y a d’autre part une mémoire traumatique qui est bien plus que le souvenir, car elle est un nœud de tension qui tend à se manifester dans des réactions émotionnelles violentes et incontrôlées. C’est d’elle que dépend l’émission des conditionnements issus du passé. Pour prendre une image, disons que l’expérience vécue en pleine conscience est comme le fait de tracer un sillon dans l’eau qui aussitôt se reforme et redevient plane. L’expérience traumatique est comme le fait de graver une marque dans la pierre et la trace subsiste après l’expérience. C’est dans cette mémoire qu’il faudrait introduire le baume de l’oubli, et non dans le souvenir proprement dit. Ce qui suppose une opération particulière, tant au niveau individuel que collectif. Au niveau collectif, il ne s’agit pas de nier le souvenir, mais seulement de guérir une mémoire blessée. Il est possible que le travail des historiens joue ce rôle en amenant à la conscience les traces de ce passé irrigué de souffrance, et d’autant plus malheureux qu’il est justement refoulé. Le travail d’histoire tient à la fois de la résurgence de la mémoire collective et aussi de sa mise à distance par le récit : identification, emprise du passé dans la mémoire traumatisée et désidentification, lâcher prise d’une mise en perspective nouvelle sur le passé d’une mémoire libérée.

La mise à distance par le récit permet de prendre du recul face aux événements et à ne pas être obnubilé par l’actuel. Cette possibilité donnée à la pensée de se déprendre de l’actuel, lui permet aussi de regarder le temps comme un tout en mouvement, la totalité vivante du Devenir. La tentation est dès lors forte que d’essayer d’en tracer les étapes, d’en imaginer le cours, d’en prévoir l’issue. C’est le fil conducteur de la philosophie de l’Histoire. Il ne peut y avoir de philosophie de l’Histoire que dans cette tentative de recomposer les vicissitudes, les drames de l’événementiel, dans une sorte de Plan cosmique, tel que celui de Hegel dans La Raison dans l’Histoire. Disons que l’histoire des historiens, telle que nous la considérons ici, est bien plus modeste, son rôle est surtout de donner une ouverture de l’esprit qui permet de recevoir le passé tel qu’il l’a été et d’en prendre conscience et non d’en faire une justification, une historiodicée.

Cette prise de conscience douée de recul vaut pour elle-même. Un esprit englué dans l’actuel est aveuglé, plongé dans une condition quasi-hypnotique, incapable de saisir le sens comme un tout, incapable de faire le lien entre lui-même et l’événement qui défile devant lui. La position de retrait de l’observateur est déjà un premier pas vers la lucidité. Elle nourrit le sens de l’observation et invite la position du témoin. Il n’y a ensuite qu’un pas à faire pour comprendre la nécessité de saisir le temps historique d’un point de vue supra-historique, et donc intemporel. Sous ce point de vue, Nietzsche désigne : « les puissances qui détournent le regard du devenir, vers ce qui donne à l’existence le caractère de l’éternel et de l’identique, vers l’art et la religion». En effet, l’essence de l’art, comme l’essence de la religion n’ont pas de compte à rendre à l’histoire. D’où il découle que l’analyse seulement historique de l’art, telle qu’elle se pratique le plus souvent, ne peut que donner l’image d’une décomposition qui laisse échapper la puissance créatrice de l’esprit. La religion, disséquée suivant l’approche historique ne révèle qu’un sépulcre blanchi d’où l’esprit s’en est allé. Car le sens du Sacré et sa Source résident en-deçà du temps et de l’histoire

Leçon 105. La valeur de l'histoire


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MessageSujet: Re: katharsis -Catharsis   Jeu 09 Fév 2012, 10:28


Bonjour,
je reviens un peu sur cioran, que je découvre depuis queqlues années et sur ce que je vous ai partagé ici en 2010:


Citation :
Tout ce que j’ai écrit, je l’ai écrit à des moments de dépression. Quand j’écris, c’est pour me délivrer de moi-même, de mes obsessions. Ce qui fait que mes livres sont un aspect de moi, ils sont des confessions plus ou moins camouflées. Ecrire est une façon de se vider soi-même. C’est une délivrance. Autrement, ce qu’on porte en soi deviendrait un complexe. (Entretiens, p. 1743)


3-Mais l’usage du verbe guérisseur constitue à chaque fois pour Cioran, l’occasion d’aller plus loin dans l’expérience de la négativité. Initiateur d’une véritable spiritualité extrême plaçant l’inaboutissement au sommet d’une éthique solipsiste.

4- Dans ces conditions, à la fois solitaire et créateur, l’acte d’écriture acquiert un statut profondément ambivalent. D’une part, il isole du monde celui qui s’y livre – ne serait-ce que durant le temps de l’écriture – et d’autre part, il relie le penseur à un lectorat potentiel. C’est en cela que l’analyse impitoyable du moi est pour Cioran la seule voie d’accès à l’universel. L’écriture introspective est employée comme l’instrument qui permet de discerner vices et défauts et qui peut sinon en délivrer du moins enseigner à les accepter.

5- L’écriture, acte paradoxal encore, est aussi un remède paradoxal car il permet de poursuivre un cheminement spirituel négatif qui se structure de cette façon : la lucidité dévoile toujours davantage la suprématie de l’illusion dans tous les domaines de l’existence tout en rendant le sujet plus endurant psychiquement. Ce qui lui permet de vivre sans adhésion à rien mais non sans profondeur et en connaissant parfaitement ce à quoi il n’adhère pas.

6- L’écriture face à la conscience inaugure un cercle vicieux : elle est le remède dans le mal puis devient le mal dans le remède et inversement. Les effets pervers du recul des limites, de la transgression, permet une endurance face aux révélations de la lucidité et crée une dépendance. La passion insatiable et irrépressible pour une lucidité négatrice sape toute valeur et rend impraticable toute vérité car elle hausse les critères au degré suprême, elle juge au regard de l’infinie perfection de l’absolu. Aucune valeur humaine n’est en mesure d’atteindre la perfection que cette passion exige alors elle trouve refuge dans la négativité du nihilisme.


7- Les notions de style et de catharsis que j’associe ici se présentent chez Cioran comme indissociablement liées. Le mot grec catharsis signifiant « purgation » et « purification » a une double origine dans la Grèce archaïque. A la fois religieuse et médicale avant de concerner le théâtre. Il a été utilisé par Aristote dans sa Poétique afin de désigner l’effet produit par la représentation de la tragédie sur le spectateur. Selon Aristote, le spectacle tragique doit exciter chez le spectateur des émotions de terreur et de pitié qui, éprouvées réellement, mais face à une représentation fictive, purgent ce dernier de la présence excessive de ses passions en en faisant ressentir les pires conséquences. Mais, la catharsis est un processus de régulation des passions autant sur le plan individuel que social et non une purge définitive. Le processus cathartique vise, à travers le théâtre tragique à gérer les passions individuelles en les équilibrant par l’élimination de leurs trop-pleins. Ce qui a pour effet de rendre la vie collective de la Cité plus harmonieuse et d’oeuvrer au bien commun par le biais du bien-être individuel.


8- La manière dont s’appréhende la notion de catharsis chez Cioran est différente. En effet, même si Cioran n’est pas dramaturge le terme de catharsis peut être légitimement employé pour qualifier l’effet produit sur lui-même tout autant que sur le lecteur par un style qui est la marque d’une spiritualité intériorisée sur la scène d’un théâtre intime et néanmoins touchant toujours à l’universel. Conçu à la fois comme sentiment de confirmation d’une vision du monde pessimiste et comme fuite face à l’angoisse métaphysique et ontologique, la constitution hétérogène de sa sensibilité relativiste et anti-humaniste interprète la connaissance de soi à travers le prisme d’une contingence saturée d’affects négateurs et dissolvants pour un moi qui se voue à l’intériorisation. Ce fragment en fournit l’illustration :

La connaissance de soi, la plus amère de toutes, est aussi celle que l’on cultive le moins : à quoi bon se surprendre du matin au soir en flagrant délit d’illusion, remonter sans pitié à la racine de chaque acte, et perdre cause après cause devant son propre tribunal ?

(De l’Inconvénient d’être né, p.51)
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MessageSujet: sujet remonté...   Lun 20 Juin 2016, 14:25

Il y a déjà 21 ans, le 20 juin 1995 : disparition d'Emil Michel Cioran

" La mélancolie s'ouvre sur le rêve et la grâce ."


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MessageSujet: Pesante mémoire    Lun 20 Juin 2016, 14:45

Le mal de vérité
Ou l'utopie de la mémoire
Catherine Coquio


Présentation de l'éditeur :
« Mémoire », « vérité », « témoignage », « catharsis » : ces mots ne cessent de revenir au sujet des catastrophes politiques du 20e siècle, comme s’ils aidaient à les assimiler. La hantise d’un effondrement a donné lieu à une morale de la transmission, mais en réalité nul ne sait quoi faire d’un tel héritage, qui semble barrer l’accès au présent et obstruer notre avenir. De ce non-savoir vient le mot « mémoire », protoplasme sous lequel s’agitent le chaos des chagrins individuels et collectifs, celui des luttes pour la reconnaissance, un nouveau vocabulaire politique, un marché culturel, un immense continent littéraire, et à présent un champ académique : bref une culture. Mais cette culture devenue régulatrice, travaillée par ses points aveugles, semble toucher ses limites et se désamarrer du réel au point de faire écran à ce dont elle se réclame : la réalité passée et sa mémoire.
Plutôt que de dénoncer en vain les « abus de mémoire », l’auteur change de perspective en voyant s’exprimer dans cette obsession mémorielle une angoisse de la vérité détruite ou privée d’autorité, issue d’une perte d’autorité du réel lui-même : l’herméneutique de la mémoire conduit à une anthropologie du mensonge politique et de la destruction des faits. Au-delà du refus d’oublier, ce qui déchire l’espèce et détruit des mondes produit pour certains un lancinant mal de vérité, et pour tous une durable crise de la vérité, qui ne se limite pas au conflit des interprétations, ni à l’habituelle division de la vérité. Les mythes qui (en Occident mais aussi hors Occident) se forment aujourd’hui autour des vieux mots « mémoire », « témoignage », « catharsis », ont pour fonction d’y répondre.

Sous cette religion d’époque, l’auteur dessine les contours d’une étrange utopie, qui semble vouloir espérer à travers le passé et à partir du pire. Au cœur de cette utopie il y a le témoignage, à présent sacralisé et souvent (re)christianisé : l’apostolique « passage de témoin » relaie en littérature le politique « devoir de mémoire », et l’utopie bascule alors dans la dystopie. En observant les oscillations et contradictions de ce principe espérance à l’envers, en dressant la physionomie critique de cette culture, l’auteur tente un autre usage des textes témoins, pour penser avec eux ce mal qui travaille notre rapport au passé, et chercher un rapport politique au présent.
Catherine Coquio est professeur de littérature comparée à l’université Denis-Diderot (P7) où elle co-anime l’axe « Penser et écrire l’histoire » au Cerilac. Elle a créé avec I. Wohlfarth en 1997 l’association Aircrige, qu’elle a présidée de 1999 à 2008. Elle est l’auteur de Mécislas Golberg, passant de la pensée (1995), Rwanda. Le réel et les récits (2004), L’Art contre l’art (2006), L’Enfant et le génocide (avec A. Kalisky, 2007), La Littérature en suspens (2015) ; parmi les collectifs : L’Histoire trouée. Négation et témoignage (2003), Retours du colonial ? (2008), Littérature et histoire en débats (2013), Roms, Tsiganes, Nomades : un malentendu européen (avec J.L. Poueyto, 2014). Elle a créé en 2012 chez Garnier la collection « Littérature, Histoire, Politique ».

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À propos de : Catherine Coquio, Le Mal de vérité ou l’utopie de la mémoire, Armand Colin


Dans un ouvrage pluridisciplinaire, Catherine Coquio montre que le culte contemporain de la mémoire et de la vérité cache en fait une crise qui empêche d’avancer.
L’ouvrage de Catherine Coquio nous permet de penser comme un ensemble de phénomènes liés les uns aux autres des problèmes contemporains étudiés, d’habitude, séparément : notre nouveau rapport à la mémoire individuelle et collective, les traumas des guerres et des génocides récents et les enjeux de vérité qui sous-tendent les discours de témoignage.

En un sens, on ne s’est jamais autant souvenu de la mémoire que depuis quelques décennies, c’est-à-dire qu’on l’a perdue comme mode d’organisation sociale et structure de continuité temporelle, puis réinventée au sein d’un modèle culturel, comme patrimoine, commémoration, phantasme identitaire, nostalgie ou marché d’antiquités. Dans l’Antiquité et encore tout au long du Moyen Âge, la memoria constituait à la fois une énergie sociale et un fonds ontologique des identités, des rôles sociaux, des modes de comportement des êtres : elle constituait vraiment une mémoire collective. Plus encore, elle autorisait un accès à la vérité. Or, les temps modernes l’ont réduite à une faculté secondaire de l’esprit humain, critiquant sous les noms d’habitude, de routine, de tradition désuète et encombrante ses anciennes valeurs sociales. Certains, comme l’historien Pierre Nora, ont récemment vu dans la fin des modes d’être paysans avec la Première guerre mondiale la disparition des ultimes poches de cette mémoire collective. La Grande Guerre devient en fait le moment où l’on réfléchit de plus en plus au travail de cette mémoire collective, comme si elle resurgissait d’autant plus dans l’actualité qu’elle semblait avoir disparu des manières de valoriser le passé. En particulier après les traumatismes des deux guerres mondiales et des génocides successifs, depuis celui des Arméniens et des Juifs jusqu’à ceux du Rwanda et du Cambodge, la mémoire a repris une importance collective tout en restant fondée sur un terrain miné : cette revalorisation de la mémoire passe, en effet, par sa mise en forme culturelle (le patrimoine en est un bon exemple : on fige les performances et les actualisations mémorielles dans des figures exemplaires que l’on peut tout au plus visiter en touriste).

Or, en même temps, comme le disait avec son ironie habituelle l’écrivain Imre Kertész, « notre époque est celle de la vérité ». Le grand mérite du Mal de vérité ou l’utopie de la mémoire consiste justement à tâcher de penser conjointement mémoire et vérité, actualité des traumas et recherche de catharsis dans un monde marqué par ce que Catherine Coquio, spécialiste de la littérature de témoignage (notamment sur les crimes de masse), appelle la « Catastrophe » : « un phénomène anthropologique complexe issu d’une certaine opération politique : rupture des liens sociaux, brutale dévaluation de la vie, altération de la figure humaine ou scission d’humanité, et dans l’après-coup deuil impossible, hantise de la vérité » (p. 124).

C’est à l’examen minutieux de ce phénomène anthropologique qu’elle consacre un livre riche et dense.


Aux origines du mal de vérité : le mensonge, De quelle vérité parler ?
Témoignage et fiction, Un ouvrage pédagogique ?
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