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 L'érotisation

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Sphinx

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MessageSujet: L'érotisation   Mar 28 Sep 2010, 23:53

Bonjour à toutes et tous,


la sexualité narcissique passant à travers les organes sexuels attachés et densifiés, consiste en une décentralisation de la conscience de l'Etre vers ces organes, impliquant donc un affaiblissement de la Présence du Soi. Et puisque le Soi est conjugal, il s'agit aussi d'une dissipation de la conscience conjugale (du Couple Sacré).

De ce fait, ce qui passe AVEC l'humain dans la sexualité et la reproduction narcissiques, est une reproduction "externe" d'entités refoulées, si ce n'est régressives. C'est un peu comme si les entités refoulées pouvaient profiter tel quel de la sexualité narcissique humaine pour s'y reproduire aussi, tout simplement parce que le niveau de conscientisation de cette sexualité n'est pas assez complet, et que lesdites entités peuvent profiter des failles de conscience pour "passer".

A la vérité, elles n'ont même le plus souvent pas besoin de reproduction concrète pour elles, se reproduire effectivement et contaminer les divers partenaires: seul l'accouplement suffit. En allant plus loin, la reproduction narcissiqu est globalement fomentée et dirigée par le refoulement originel de la complémentarité lui-même (Ahriman), le contrôle narcissique de l'amalgame causal.

La part d'Humanité qui transite dans une telle relation de sexualité narcissique aboutissant à un enfantement, est donc marginalisée par l'"intrusion" d'entités "externalisées" par le refoulement, et qui se comportent donc comme des pathogènes psychiques (virus). Ceci dit, il faut toujours garder à l'esprit que le refoulement est inévitable, et constitue, dans son aspect le plus primordial, tout simplement l'entité issue du refoulement originel de notre conscience collective (apparition du miroir transférentiel de l'inconscient collectif).

Donc, nos organes sexuels densifiés sont décentrés de notre cercle corporel véritable, et le déséquilibre des "masses" conscientes qui en résulte nous entraîne malgré nous (pulsion sexuelle) vers une sexualité contaminée par ces instabilités qui se reproduisent et se perpétuent elles-mêmes par ce canal de la sexualité narcissique humaine: c'est la tendance régressive, l'appel du néant, qui parasite forcément l'Etre nouveau tant qu'il n'a pas atteint le point de fusion du Couple Sacré dans sa dynamique éternelle.

La solution n'est guère de luter contre l'attraction hypnotique exercée par le néant à travers la décentralisation des organes sexuels, qui fait plonger notre conscience vers ce niveau au lieu de l'intégrer dans la stabilité dynamique de l'Etre accompli. Car toute forme de rejet exercée contre le refoulement, constitue un double refoulement qui ne fera qu'accentuer l'emprise de l'attraction hypnotique.

La seule issue est de favoriser la conscience éthique par ailleurs, de sorte que son pôle naturellement équilibré puisse exercer une stabilisation de conscience, et permette l'affranchissement, au final, de l'attraction hypnotique, non pas par suppression des organes sexuels, mais par démystification de leur clivage et de leur décentrage confusionnels, et donc par recentrage existentiel desdits organes dans le cercle de Vie. Ce recentrage ne peut provenir que de l'éthique égalitaire entre les polarités sexuées, qui doivent, quant-à elles, être décentrées (relativisation-personnification). De cette façon, toutes les "masses" de conscience sont en équilibre parfait, mais dynamique.




Le refoulement originel et inévitable de la complémentarité est corrélé à une peur primordiale, qui est pour la Personne humaine sexuée, de se noyer dans l'autre polarité en raison d'une discrimination à peine amorcée, et qui imprègne profondément la psyché à ce stade.

Cette peur de l'Autre est ce qui aboutira à l'érotisation, qui est toujours, dans tous les cas, une tentative d'exorcisation de la peur de l'altérité. Par exemple, un arachnophobe pourra développer une attirance quasi sensuelle pour certaines espèces d'araignées, éventuellement assez esthétiques, comme le genre mygale, afin d'exorciser la peur phobique qui le tenaille.

Fondamentalement, toute érotisation des rapports, inter- ou intra- spécifiques, et jusqu'aux rapports confusionnels des polarités sexuelles humaines entre elles, est une tentative d'exorcisation de la peur de l'intimité avec l'Autre. L'érotisation est une mise en forme de la prédation, en ce que la peur primordiale de l'altérité (de la différence) conduit à une volonté d'englober les différences, donc de manger l'autre pour gommer ces différences, de sorte de tenter de mettre fin à la confrontation terrorisante de l'altérité.

Sur cette base, une érotisation de la prédation est intervenue pour la mettre en forme, afin d'éviter autant que possible les dommages d'une prédation intraspécifique effective entre les sexes. En effet, le paradoxe existentiel veut que, dans la précarité confusionnelle de l'immaturité, l'on soit à la fois dans la terreur de l'autre, et dans la dépendance à l'autre (ce qui est logiquement lié). Donc, la pure et simple prédation ne peut pas s'appliquer (sauf grave pathologie) de façon intraspécifique entre les polarités sexuées, car cela conduirait à la perte de l'Autre tout aussi terrorisante que la présence de l'Autre. C'est pourquoi la prédation intersexuelle est dérivée en érotisation, sorte d'exorcisation artificielle de la prédation, permettant transitoirement d'éviter l'accident d'une phagocytose intersexuelle plus ou moins totale.

Il faut l'équivalence intégrale des polarités du Couple Sacré dans leur relation spirituelle Frère/Soeur pour mettre fin à la prédation et à l'érotisation en tant que travestissement de cette prédation, sans pour autant rejeter la sexualité par ailleurs, mais en l'intégrant complètement au cotnraire. On peut dire que l'érotisation de la sexualité narcissique caractérise, en somme, une sexualité incomplète, en partie refoulée. La spiritualité n'est nullement en porte-à-faux avec la sexualité.

Pour en revenir à l'artifice érotique (dérivation de l'intimité consciente jugée trop risquée), Eros conduit à Tanathos parce que l'érotisation est une mystification de la prédation d'autrui, et donc de soi-même, conduisant donc à la mort morbide.

Si avant le terme-sanction de cette morbidité, l'Etre a favorisé par ailleurs en lui-même une conscience sublimatoire, éthique, suffisamment affirmée, il pourra s'extraire de la morbidité en prenant place par sublimation totale (mort narcissique), dans cette conscience vitale avant que l'échéance fatale ne lui soit présentée... par lui-même..


Amitié,

steph
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AMBRE

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MessageSujet: Re: L'érotisation   Mer 29 Sep 2010, 21:43

Merci d ouvrir ce post,
je te propose ceci lu il y a quelques temps:


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EROS - (Eρως)



Sigmund Freud nomme "éros" la pulsion de vie qui, selon lui, habite chaque être humain. Il l'oppose à la pulsion de mort, ou pulsion de destruction ou "thanatos". Ces deux pulsions fondamentales ne peuvent être pensées séparément, elles œuvrent toujours ensemble, en une sorte d'amalgame, et sont indissociables.


Dans la mythologie grecque, Éros (en grec ancien Eρως / Erôs) est le dieu de l’Amour. Dans la 'Théogonie' d’Hésiode, Éros constitue, avec Chaos, Nyx, Gaïa et Érèbe une des cinq divinités primordiales1. Il est beau, immortel, 'dompte l'intelligence et la sagesse. Dans la théogonie des 'Rhapsodies', qui est la théologie orphique, Éros est à l'origine de la création. Il nait de l'œuf cosmique issu de l'union de l'Éther et du Chaos. À la fois mâle et femelle, il a de nombreuses têtes d'animaux. Il engendre Nyx (la Nuit) et le monstre Échidna. Il est nommé Phanès, mais aussi Protogonos, Èrikèpaios et Métis. Dans ‘Les Oiseaux’ d’Aristophane, Éros naît aussi de l'œuf, issu de la Nuit aux ailes noires. Il a deux ailes d'or et engendre, avec Chaos ailé et ténébreux, la race des Hommes, avant même celle des Immortels.

***

D’après Platon : l'Éros ne réside pas seulement dans l'âme mais aussi dans la beauté, "dans les corps de tous les animaux, dans les productions de la terre, en un mot, dans tous les êtres". Aristophane parle de la puissance de l'Éros et du mythe de l'androgyne (il y a trois sexes originels : le masculin, produit par le soleil, le féminin par la terre et l'androgyne, celui qui est composé des deux autres, par la lune). Éros est la force qui pousse les moitiés les unes vers les autres après leurs séparations par les Dieux. Pour Socrate, Éros est amour de quelque chose : c'est l'amour de la beauté. Comme tous les démons, c'est un intermédiaire entre les hommes et les Dieux, entre la condition de mortel et celle d’immortel. Il apporte"au ciel les prières et les sacrifices des hommes" et rapporte "aux hommes les ordres des dieux et la rémunération des sacrifices qu’ils leur ont offerts".

***

Platon distingue deux types d'éros : l'éros vulgaire, fils de l’Aphrodite vulgaire, qui pousse "les hommes à la légèreté et au libertinage", et l'éros céleste, né de l’Aphrodite céleste, qui est la voie permettant le passage du sensible au suprasensible, du monde inférieur au monde supérieur, du monde matériel au monde des idées.. Ce passage s'effectue toujours dans le même sens : du bas vers le haut, puisque le monde des idées ne peuvent agir sur celui des sens. L'Éros platonicien n'est ni purement divin ni uniquement humain, il est quelque chose d'intermédiaire, un grand démon, permettant d'éveiller dans l'âme, comme la braise sous la cendre, l'attrait de l'âme vers le monde supérieur. Ou autrement dit la beauté de ce monde a pour rôle d'éveiller l'éros dans l'âme pour qu'elle parvienne à la beauté suprasensible et céleste.

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'La mise en tombeau d'Atala' de Anne-Louis Girodet



THANATOS - Θάνατος


En psychanalyse, Sigmund Freud nomme "thanatos" la pulsion de mort qui, selon lui, habite chaque être humain. Il l'oppose à la pulsion de vie, "éros". Aristophane parle de la puissance de l'Éros et du mythe de l'androgyne (il y a trois sexes originels : le masculin, produit par le soleil, le féminin par la terre et l'androgyne, celui qui est composé des deux autres, par la lune). Éros est la force qui pousse les moitiés les unes vers les autres après leurs séparations par les Dieux.

Dans la mythologie grecque, Thanatos (en grec ancien Θάνατος / Thánatos) est la personnification de la Mort. Selon Hésiode, il est le fils de Nyx (la Nuit), qui l'avait conçu avec Érèbe (les Ténèbres). Thanatos est également le frère jumeau d'Hypnos la personnification du Sommeil. Ennemi implacable du genre humain, il a fixé son séjour dans le Tartare, selon Hésiode, devant la porte des Enfers, selon d'autres poètes. C'est en ces lieux qu'Héraclès l'enchaîna avec des liens de diamant, lorsqu'il vint délivrer Alceste. Thànatos était rarement nommé en Grèce, car la superstition craignait de réveiller une idée fâcheuse, en rappelant à l'esprit l'image de la destruction. Les Éléens et les Lacédémoniens l'honoraient d'un culte particulier,mais on ne sait rien concernant le culte qu'ils lui rendaient.

***
Les Romains lui élevèrent aussi des autels. Thanatos avait un cœur de fer, des entrailles d'airain et une âme de bronze. Les Grecs le représentaient sous la figure d'un enfant noir avec des pieds tordus, et caressé par la Nuit, sa mère. Quelquefois ses pieds, sans être difformes, sont seulement croisés, symbole de la gêne quand les corps se trouvent dans la tombe.Cette divinité apparaît aussi sur les sculptures anciennes avec un visage défait et amaigri, les yeux fermés, couverte d'un voile, et tenant, comme le Temps, une faux à la main. Cet attribut semble signifier que la vie est moissonnée comme le blé.

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(photo Vasil Qesari)


source sur ce superbe blog

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MessageSujet: Re: L'érotisation   Ven 01 Oct 2010, 16:34

Proposé par [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


L’Erotique

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Par Jean-Louis Bernard

L’Erotique grecque gravitait autour d’Eros et de Dionysos, celui-ci dieu des mystères, cultes secrets. Avec la fin des religions à mystères et la semi-laïcisation de la religion romaine, l’Erotique se pervertit en « orgie latine ». Mais, primitivement, le terme « orgie » signifia chez les grecs « érotisme sacré ».

La doctrine

La doctrine visait à la sublimation de l’élan érotique. Le principe de ce yoga (c’en est un) se retrouve chez les Egyptiens, Mésopotamiens, Hindous, Chinois, Japonais et Mexicains. Sans doute les grecs de la haute époque le reçurent de l’Egypte, plus tard de l’Inde. il se peut d’ailleurs que Dionysos soit le même que le Krishna hindou, dieu de l’amour, car les Romains qualifiaient Dionysos de « Bacchus indien ». L’Erotique demeura une voie spirituelle aussi longtemps que subsistèrent des temples de l’érotisme sacralisé, en particulier le temple égyptien de Ptah et de ses parèdres, Sekmet et Bastet (Memphis), où vivaient des courtisanes sous contrôle clérical – les fameuses prêtresses de Bastet. C’est avec la fin du culte de Cybèle que disparut tout support sacerdotal et l’érotisme (comme aussi l’occultisme) passa en marge.

En Grèce et à Rome, les principaux arcanes de l’Erotique avaient été, avec Dionysos, Artémis et Cybèle. L’histoire enregistre cependant des résurgences réussies, quoique brèves : la secte des « Fedeli d’amore » dans l’Italie de la Renaissance, et l’Erotique des troubadours. De nos jours, la doctrine s’est rétablie par l’influence croissante du tantrisme hindou. Mais il ne s’agit encore que d’empirisme.

La doctrine s’inspirait d’une démarche insolite : l’homme tombait amoureux de la déesse – l’Eternel Féminin – l’Aphrodite surgissant nue et blonde de la mer, mais amoureux charnellement ! La chronique grecque rapporte à ce sujet d’ahurissantes anecdotes, relatives à des hommes épris d’une statue de déesse, en un temple. Mais il faut observer que certains temples étaient habités par une forme spectrale, de nature divine, et la chronique fait état aussi de fréquentes apparitions de telles formes semi-matérialisées, celle en particulier d’Aphrodite. Tout son dynamisme érotique tendu, l’amoureux en venait au désir de jouir de la déesse, à travers la femme d’abord (prêtresse de la déesse ou son médium occasionnel), puis à travers son propre organisme, par la possession et par l’ivresse dionysiaque. Pour la femme, le programme était le même, Eros, image de l’Immuable Masculin, devenant l’objectif visé. En cas de succès, l’homme ou la femme éprouvait une volupté érotique dans l’organisme entier (l’ivresse dionysiaque). Il va de soi que l’extase toute sensorielle des deux saintes Thérèse, celle d’Avila et celle de Lisieux, amoureuses idéalement de Jésus, s’inscrit dans le même contexte. Mais le processus n’est pas sans danger : risque de mythomanie, de folie mystique et une forme de narcissisme pouvant mener à l’inversion sexuelle. La grande poétesse Sappho de Lesbos dont les chansons se fredonnèrent sur tous les rivages méditerranéens, fut le résultat probable d’une Erotique manquée – au point de donner son nom à l’homosexualité féminine et de mourir, croit-on, par suicide. Elle était pourtant une mystique. Mais son adoration pour Artémis tourna au narcissisme.

La base naturelle

Le principe de l’Erotique trouve sa justification dans une loi naturelle et uniforme qui préside à la croissance psychique de l’homme comme de la femme. Si, en effet, l’adorateur d’Aphrodite peut espérer jouir de la déesse par l’intérieur de lui-même, c’est en vertu de la loi d’analogie. Tout homme porte en lui, imprimé dans son inconscient immédiat, le germe du sexe opposé, mais sur plan évidemment surréel (l’anima) ; et cela est vrai pour la femme (l’animus). Diviniser ce germe de sexe complémentaire, après éclosion et croissance, n’est-ce pas l’identifier à la déesse (ou au dieu) ?

La croissance psychique de tout être est étroitement liée à la sexualité et s’opère par cycles. Le second suit l’enfance et met en place l’entité sexuelle. Ce stade coïncide avec la puberté. Le cycle suivant, plus délicat, doit développer justement le germe sexuel surréel et complémentaire. Ce n’est pas chose aisée, et les cas de croissance monstrueuse, déviée, hypertrophiée ou, inversement, de castration, abondent aujourd’hui – par l’influence d’une sociologie freudienne que des psychologues sans ampleur ont faussée. Mais les cas normaux abondent aussi ! La femme d’affaires qui gère une entreprise s’appuie sur sa virilité intérieure qui est ce pôle épanoui. L’artiste aux mains de femme, à la sensualité féline, à l’humeur capricieuse puise sa force et son inspiration (sa liberté aussi) dans sa féminité intérieure qui s’est identifiée à une muse. Un choc – grande joie ou grande douleur – suffit à donner vie à cet autre pôle sexuel qui grossira en soi comme un fœtus. Il ne demande qu’à naître et croître, car telle est la loi de nature. S’il se met à enfler sans contrôle, sans résistance et contrepoids extérieurs (ceux-ci liés à la mère ou au père), il va défigurer la personne (l’adolescent ou l’adolescente), surtout moralement, écrasant sa personnalité sexuelle, son moi. La société moderne présente trop d’exemples de ces monstres psychiques dont l’infirmité, si elle n’est apparente, existe néanmoins. La femme survirilisée donne la virago, bourreau des mâles et providence des avocats. L’homme surféminisé donne la bonne à tout faire, providence de l’épouse paresseuse : un tel homme lave, repasse, fait la cuisine (souvent mieux qu’une femme), lange le bébé… Dans le cas extrême, on aboutit à l’écrasement total de la sexualité : à l’homosexualité. L’introverti est littéralement possédé par son pôle féminin hypertrophié comme par un démon, au point de devenir une caricature de femme ; et il en va de même pour la lesbienne. A noter que de tels « monstres » se marient volontiers entre eux et sont superficiellement heureux. Mais leur vie conjugale tiendra davantage du vaudeville que du roman d’amour, et les deux conjoints envieront au fond d’eux-mêmes les couples normaux.

De notre temps, avec la prospérité, est apparu un phénomène sociologique qui fausse, dans une certaine mesure, le « jeu » de l’Erotique : c’est le féminisme. L’histoire montre que prospérité et féminisme ont toujours été solidaires. Il en résulte un matriarcat déguisé qui virilise la femme et dévirilise l’homme. A cela s’ajoute l’influence de l’argent et de la pseudo-philosophie de l’« unisex », celle-ci étant à la fois la rançon du féminisme et une fatalité astrologique (déséquilibrante). En annulant la contrainte extérieure, notamment la lutte pour la vie, l’ambiance d’argent développe anarchiquement l’entité anima-animus qui se mue alors en une sorte de mère abstraite et chaotique ou de père équivalent. Les jeunes grandis ainsi identifient volontiers ce monstre intérieur à une idéologie totalitaire, par exemple au marxisme, au fascisme… ; car l’anima-animus surdéveloppé se fait entité collective, farouchement anti-individuelle (1). Autre rançon du féminisme : la pilule. Prise sans discernement, c’est-à-dire constamment, elle identifie la jeune fille en fausse Artémis – stérile comme une abeille ouvrière – dressant aussitôt contre elle les arcanes de la nature (ses lois secrètes). Or la stérilité est un signe de fin d’espèce. Loin de devenir des hommes par leurs mœurs, les « jeunes filles à pilules » tombent au niveau d’une sous-prostitution (elle ne comporte même plus la transaction d’argent). L’alternance entre périodes avec et sans pilules s’impose donc. A remarquer que les liaisons dites freudiennes (« mariages à l’essai » ou « expériences » sans risques) retirent immédiatement à la jeune fille son magnétisme féminin. L’arcane essentiel de la nature – l’Eternel Féminin – se venge ainsi.

La solution est dans la dialectique du couple que soude l’amour (la déesse est amour), mais dans un dialogue qui sous-entend le réflexe d’autodéfense, l’un ne voulant pas que l’autre croisse intérieurement à ses dépens ou sans lui. En sanskrit, « dialogue, dialectique » = « tantra » d’où tantrisme, = le yoga sexuel ou l’érotisme mystique. Mais, souvent, la femme ressent en insaisissable rivale cette femme surréelle (l’anima) qui prend consistance en son conjoint, et la jalouse. Quant à l’homme, il craint que sa compagne finisse par se suffire à elle-même et lui échappe. Les unions de gens qui évoluent au vrai sens (intérieurement) sont toujours chaleureuses et orageuses. Les couples sans histoire (une chaumière et deux cœurs) stagnent et vieillissent. Ne relèvent pas non plus de l’Erotique les couples sans amour (donc sans déesse), ni les couples homosexuels (la déesse n’a nulle ambivalence), ni les couples multiples qui relèvent, eux, du sabbat, l’érotisme de troupeau. L’érotique rapproche l’être de son double ; le sabbat satanique ou luciférien l’identifie à son ombre. Quelle que soit la forme du sabbat, il y aura déperdition d’énergie – magnétique, vitale ou tellurique – au profit du meneur de jeu, généralement un marout.

L’enfer conjugal

La dialectique du couple mène souvent l’un des partenaires vers une forme empirique de tantrisme qu’aucune école n’a cherché à codifier, encore qu’elle soit très efficace ! C’est le cas de l’homme ou de la femme dont le conjoint est un être démoniaque. Cernée jour et nuit par une ambiance inhospitalière, la victime se replie sur elle-même, afin de découvrir en son âme inconsciente les énergies qui nourriront son instinct de survie. Coulant peu à peu vers le conscient, ces complexes énergies construiront l’anima ou l’animus. Le dramaturge italien Pirandello osa garder à son foyer une épouse, folle agressive, la supportant et méditant l’arcane de sa folie. Par réaction, grandit en lui une anima qui devint la muse de son théâtre. Vivre avec un être névrosé ou négativement possédé, c’est développer à la longue des pouvoirs paranormaux d’autodéfense, pouvoirs de démonologie, et sécréter l’antidote aux poisons subtils de la névrose. Pour cette raison, des tantrika(s) de l’Inde recherchent la jeune fille portant en elle une tare psychique, germe d’un démon… Puis ils l’épouseront. Ils la reconnaissent à de menus signes extérieurs.

Amour et mort

Les Egyptiens, soucieux d’aller au bout des choses, recherchaient, eux, le pire des démons humanisés, c’est-à-dire le marout – l’être à l’âme morte… L’Egypte regorgeait de momies, de tombeaux pillés et, par conséquent, d’ombres non décomposées (les ombres mortes) errant parmi les vivants en s’immisçant dans les rêves des dormeurs, en particulier dans leurs rêves érotiques. Certaines ombres, plus tenaces que les autres, obsédaient des femmes enceintes dans le but de s’incarner à la place de l’âme de l’enfant. Il en résulterait des êtres infra-humains, sans essence spirituelle : des marout(s). Epouser un tel marout, c’était entrer vivant au tombeau en épousant la mort. N’ayant pour arcane qu’un résidu d’âme, stagnant comme de la vase, le marout contaminait les ambiances auxquelles il s’intégrait. Il y avait donc le risque de se décomposer « sur pied », par l’effet d’une lèpre psychique. Un faux mystique l’aurait accepté par esprit morbide. Le vrai, jouant dangereusement avec la loi des contraires – l’un devant engendrer l’autre – prenait en quelque sorte appui sur le marout pour exacerber par réaction son instinct de vie. Il subirait le marout sexuellement. Celui-ci lui boirait sa vitalité par l’érotisme, en cours de déduit et, plus encore, en cours de sommeil, par une subtile vampirisation. Mais, avec l’aide des dieux et par révolte de son instinct de vie et de survie, se produirait un renversement de sa force sexuelle qui, se détournant du vampire, remonterait vers l’intérieur de lui-même, ouvrant un à un ses chakram. Un conte égyptien (« Le prince Satni-Khamoïs et les momies ») relate l’aventure d’un tantrika avec un marout. Satni rêve de pouvoirs magiques. Il veut retrouver, enfoui dans un tombeau, le « Livre de Thôt » contenant les mot magiques (runes), testament du dieu de la magie. Mais ses fouilles archéologiques ont troublé l’humeur de la déesse de mort Mers’gher (= Celle qui aime le silence) : elle dirige vers lui un marout sous le masque d’une prêtresse-courtisane de Bastet. Il est fasciné. C’est que l’âme pourrie des marout(s) rayonne négativement ; il en émane un relent de drogue qui soûle le côté morbide de l’âme humaine ! La structure d’un marout est anale (au sens de la psychanalyse), elle ne s’oriente que vers la décomposition, sous toutes les formes possibles. Le marout ruinera d’abord Satni financièrement, puis dépouillera ses enfants de leur part d’héritage. Quand enfin la courtisane consentira à se donner, non sans avoir exigé encore que Satni laisse égorger ses enfants, se produira l’intervention des dieux. Ils sauveront les enfants in extremis et feront éclater le vampire pendant le déduit (anal).

Les mystères

Les mystères grecs et latins (ceux-ci étrusques) réalisait la maïthuna collectivement, semble-t-il, selon des recettes perdues. Sans doute que l’ambiance du temple ou de la grotte initiatique favorisait le processus de reflux de la force d’Eros. Il ne semble pas que l’acte sexuel, simple ou multiple, ait joué de rôle dans l’affaire. A Pompéi, un villa suburbaine de style grec, miraculeusement épargnée par le Vésuve, retrace encore, sur fresques, les phases du rituel préparatoire.

Au 18ème siècle, le marquis de Sade inversa les éléments des mystères érotiques grecs en moderne sorcellerie et en sabbat des lucifériens, faisant déboucher cette contrefaçon sur le crime et l’absurde. Au sein d’une noblesse biologiquement épuisée, le sadisme (doctrine de Sade) joua comme un cancer. Le sadisme déboucha aussi sur la guillotine ! Celle-ci extirpa le cancer, mais de manière chirurgicale…



(1) Lire le livre de Michel Maffesoli « Le temps des tribus », note de Bouddhanar.


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MessageSujet: Re: L'érotisation   Ven 08 Oct 2010, 00:01

Bonjour Ambre, Bonjour Sphinx,
Bonjour á tous,

Un passage rapide pour vous dire ma Joie de vous retrouver !!

Douceur (surtout "lectrice" en ce moment -car en déplacements fréquents-).


Citation :
En effet, le paradoxe existentiel veut que, dans la précarité confusionnelle de l'immaturité, l'on soit à la fois dans la terreur de l'autre, et dans la dépendance à l'autre (ce qui est logiquement lié). Donc, la pure et simple prédation ne peut pas s'appliquer (sauf grave pathologie) de façon intraspécifique entre les polarités sexuées, car cela conduirait à la perte de l'Autre tout aussi terrorisante que la présence de l'Autre. C'est pourquoi la prédation intersexuelle est dérivée en érotisation, sorte d'exorcisation artificielle de la prédation, permettant transitoirement d'éviter l'accident d'une phagocytose intersexuelle plus ou moins totale.

XENIIE (Xenia)
Femme j'étais et sur mon corps délicat j'accueillais mon maître,
comme un instrument à cordes sensible accueille le joueur virtuose,
afin que d'étoiles aiguës et menues étincelle mon sang,
de ma plante des pieds tendre et chatouilleuse à la racine de mes cheveux,
fourmillante armée au fond de mes coquillages aux capillaires bleus,
entre-cuisses, cou, lobe d'oreille, paume, tout donnait et tout prenait miel,
nombre de berceaux angéliques à l'abri dans mon ventre fier
s'ouvraient de volupté, mes seins excités se tendaient,
ma croupe allait sa danse, ardente buée sur mes yeux et mes lèvres,
exténuement fiévreux, ma douce peau en pleurait des perles,
par ma bouche oubliée béante bondissait au-dehors mon coeur
ô que j'envie la pute infâme ! à présent que je ne suis qu'un homme.

(traduction Maurice Regnaut)


PRESENTATION DE SANDOR WEORES

Sandor Weöres est né à Szombathely en 1913. C'est l'un des plus éminents représentants de la poésie hongroise du XXème siècle. A l'âge de quatorze ans, il écrivait déjà des poèmes remarquables par leur forme et leur maturité. Après des études de lettres, il fera un doctorat en philosophie. Son premier recueil, HIDEG VAN (IL FAIT FROID), paraît en 1934, en 1981 ont paru les trois tomes de ses OSSZEGYUJTOTT IRASOK (OEUVRES COMPLETES). Il a depuis, en 1984, publié un livre de poésie, POSTA MESSZIROL (COURRIER DE LOIN), et ses pièces de théâtre. Adaptateur hors pair, il a traduit abondamment la poésie de tous les temps et de tous les pays.
Poète Protée*, ainsi le définit habituellement la critique, à cause de cette capacité qu'a Sandor Weöres de perpétuelle métamorphose. Son apparente impersonnalité tient essentiellement à sa prodigieuse virtuosité formelle : en tant qu'individu, il cède infailliblement la place en chaque poème à "l'agent transmetteur" qu'il devient de la puissance mythique universelle.
*Dans la mythologie grecque, Protée (en grec ancien Πρωτεύς / Prôteús) est une divinité marine, mentionnée en particulier par Homère dans l'Odyssée comme « Vieillard de la Mer » et gardien des troupeaux de phoques de Poséidon. Il est doté du don de prophétie et du pouvoir de se métamorphoser.
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L'érotisation
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