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  SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?

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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Lun 13 Déc 2010, 03:07



LOI LOPPSI ??????




Y'a des fois où des messages méritent de voyager dans le plus de boîtes possibles...

Le 14 décembre passera la loi loppsi 2 ...
Vivre dans des camions, yourtes, tipis, roulottes, cabanes deviendra illicite ! Une lettre sera envoyée à tous les maires et Préfets qui seront redevables d'une amende de 3 700 € en cas de non-DENONCIATION !!! Nos habitats peuvent être détruits dans les 48h!!
Cette loi va passer parce que personne n'en a entendu parler!!
signez la pétition :
http://www.petitionenligne.fr/petition/contre-la-loi-loppsi-2/398
_______________________________________________

LOPPSI 2, Le Gouvernement fait la guerre aux mal-lotis :
Non à la pénalisation et à l’expulsion arbitraire des habitants de logements de fortune...
ROMs, gens du voyage, habitants de bidonvilles, de cabanes, de maisons sans permis de construire, et de toutes formes d’habitats légers, mobiles et éphémères, tous sont visés...
A l’heure où le Gouvernement est attaqué de toute part sur sa politique répressive et raciste à l’égard des Roms, des gens du voyage et en règle générale, des populations précaires, il fait adopter en force l’article 32 ter A de la LOPSSI 2 à l’encontre des habitants de bidonvilles, d’habitations de fortune, de campements de sans abris comme dans le bois de Vincennes, et également à l’encontre de personnes ayant choisi d’habiter caravanes, roulottes, camions, tipis, yourtes, auto et éco-constructions.

Toute construction sans permis de construire, comme il en existe beaucoup dans les DOM TOM pourrait aussi tomber sous le coup de cette procédure d’exception, car une construction sans permis est « illicite ». Cette procédure menace également les squatters : le Ministère de l’Intérieur a annoncé son intention de l’étendre aux occupants de locaux lors de la deuxième lecture à l’Assemblée Nationale.

L’article 32 ter A de la LOPPSI 2 est une mesure d’exception car elle bafoue les principes de la protection par le juge du domicile, des biens, de la vie familiale et privée, et donne un pouvoir arbitraire et disproportionné au Préfet : en effet, la procédure d’expulsion en vigueur actuellement sur les logements de fortune, nécessite une décision du juge, elle protège d’une expulsion en hiver, elle permet d’être pris en compte dans des dispositifs de relogement voire d’hébergement, elle doit respecter des délais et des actes de procédure délivrés par un huissier, elle prévoit la protection des biens des personnes expulsées....

Elle est une mesure arbitraire car elle est justifiée par « un risque grave d’atteinte à la salubrité, à la sécurité, à la tranquillité publiques », notions extensibles et floues qui laissent la place à toutes les interprétations. Elle vise toute personne qui aura décidé en réunion (2 personnes et plus), de s’installer sur un terrain quel que soit le propriétaire, et la nature de la relation entre le propriétaire du terrain et les habitants. Même si un des habitants est le propriétaire du terrain, ou si l’utilisation du terrain est contractualisée avec les occupants, ou si simplement le propriétaire n’est pas opposé à cette installation, le Préfet peut employer cette procédure d’exception dans un délai de 48h.

L’article prévoit une sanction financière pour ceux qui ne s’exécuteraient pas assez vite, ainsi que la destruction de l’habitation et des biens qu’elle renferme, sur procédure accélérée. La destruction au bulldozers et le vol des biens d’autrui seront ainsi légalisés. Cette disposition ouvre la voie à une atteinte au droit de propriété.

Cette loi, viendrait faciliter la destruction autoritaire des construction dite « illicite », et la réalisation de la « lutte anticabanisation » lancée notamment par le Préfet des Pyrénées Orientales depuis 2007.

Cette disposition vise et accable les personnes les plus gravement touchées par la crise du logement. A l’opposé des politiques conduites il y a 50 ans, elle répond à la recrudescence des bidonvilles et des formes les plus aigües de mal-logement par la répression et par une procédure d’expulsion expéditive. En effet, alors que le Gouvernement prétend mettre en œuvre le droit au logement, il n’est prévu ni relogement ni hébergement pour les expulsés. Ils doivent quitter les lieux et se rendre invisibles.

Nous demandons le retrait de cet article, le retour et le respect de la Loi d’origine sur les terrains d’accueil, adoptée en 2000 dans le cadre de la Loi SRU, et des mesures législatives qui reconnaissent la qualité de domicile et son caractère permanent à l’habitat choisi, au lieu de le réprimer et le stigmatiser.
Nous exigeons que la politique de résorption des bidonvilles et des habitats de fortune s’inscrive dans les politiques du logement, la mise en œuvre de la loi DALO et des procédures d’insalubrité,... afin que chacun et chacune puissent être logés dignement.
Nous dénonçons la politique répressive et stigmatisante du Gouvernement qui s’attaque aux plus modestes et aux plus fragiles, et demandons l’abandon de tout projet anti-squat.
Premiers signataires : ACDL, ADGVE, AITEC, AFVS, AMIDT, ANGVC, CGT CDC, Cheyenne, CNL, DAL, FAPIL, Fédération Calé/Kalé, FNASAT, HALEM, Jeudi noir, La voix des Roms, LDH, MRAP, RESOCI, SAF, Union Syndicale Solidaire, Vie et Habitat Choisi,... Ainsi que : Alternatifs, PG, NPA, Les Verts,...
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Les articles qui vont être votés le 14 décembre :
http://www.droitaulogement.org/loi-loppsi-2-article-32-ter-a.html
________________________________________________________________
REVUE DE PRESSE :
La Quadrature du Net
La Quadrature du Net est une organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Elle promeut une adaptation de la législation française et européenne qui soit fidèle aux valeurs qui ont présidé au développement d'Internet, notamment la libre circulation de la connaissance. À ce titre, la Quadrature du Net intervient notamment dans les débats concernant la liberté d'expression, le droit d'auteur, la régulation du secteur des télécommunications ou encore le respect de la vie privée. Elle fournit aux citoyens intéressés des outils leur permettant de mieux comprendre les processus législatifs afin d'intervenir efficacement dans le débat public.
http://www.laquadrature.net/fr/filtrage-du-net
Loppsi 2: "Les dictateurs en ont rêvé, Sarkozy l'a fait" :
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/loppsi-2-les-d...ictateurs-en-ont-reve-sarkozy-l-a-fait_917757.html

Projet de loi Loppsi 2 sur Internet : Filtrage, fichage et piratage à tous les étages :
http://www.acrimed.org/article3289.html
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 18 Déc 2010, 08:46

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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Ven 24 Déc 2010, 18:30

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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 25 Déc 2010, 00:16

Hakim Bay : "Les vagabonds"

Le vagabond, sac au dos, ne fait pas tout à fait partie de l’espèce humaine. Ses frères d’hier observent avec une curiosité incrédule et goguenarde ce lointain cousin, bipède humanoïde, parti d’ici pour aller ailleurs, sans véhicule à moteur. Non que la démarche soit inconnue ; au contraire, elle serait de plus en plus pratiquée, mais dans des conditions bien codifiées : en famille ou en groupe, à dates fixes, fins de semaine et vacances d’été, sur des circuits à la progression balisée - de la promenade en boucle dans la région de résidence au lointain trekking dans le désert de Gobi, en passant par les incontournables tours du Mont-Blanc et chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, véritable autoroute du Sud du randonneur.

"Voilà le monde qui vous attend si vous vous trouvez un jour sans le sou. Ce monde, je veux un jour l’explorer plus complètement. J’aimerais connaître des hommes comme Mario, Paddy ou Bill le mendiant non plus au hasard des rencontres, mais intimement." George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, 1933.

Errants et vagabonds sont des termes génériques utilisés pour désigner la population nomade. Les mots viennent du Moyen ge (mendiant, de mendicare, "demander l’aumône", date du XIIe siècle ; vagabond de vagabundus, "errer"). Mendicité et vagabondage constituent des délits. À ces termes, le XIXe siècle ajoute "chemineau" (1853), "celui qui parcourt les chemins", et "trimardeur" (1894), de "trimer" qui veut dire "cheminer".

Au cours du XIX siècle, le monde de l’errance croise celui du travail. Vagabonds et ouvriers employés à la tâche fréquentent les mêmes "garnis". On parle des "miséreux" et des "loqueteux". Comment éliminer les populations errantes des rues ? Comment "nettoyer" la société des "vicieux" (les pauvres qui mendient ou se déplacent à la recherche d’un travail payé à la tâche) seront des questions clés. S’agit-il de les "assister", de les "accuser" ou de les "expulser" ? De leur venir en aide ou de les obliger à travailler ? Une dialectique de la richesse et de la pauvreté préoccupe les plus humanistes des penseurs sociaux et les philosophes. L’enrichissement irait-il de pair ou non avec un appauvrissement, avec l’indigence d’une partie de la population - d’un mot, avec le "paupérisme" (terme utilisé à partir de 1823).

Le mot a aussi une autre signification née aux USA. Nés à la fin du XIXe siècle sur les décombres de la crise économique dans une Amérique qui jetait, déjà, ses milliers de chômeurs dans la rue, les hobos sillonnaient les Etats en quête de chantiers pour travailler, de trains pour se déplacer, d’emplois pour exister sur le plan social et pour survivre sur le plan financier. Dès 1923, dans son ouvrage Le Hobo, sociologie du sans-abri, Nels Anderson notait qu’une culture libertaire sous-tendait ce mode de vie bohème. Le hobo n’est pas qu’un chômeur ou un travailleur nomade : c’est aussi un jouisseur de la vie, un rescapé du romantisme. On en oublierait presque que le temps de l’errance est également un temps de déviance, de rejet et, souvent, de souffrance. Un temps qui peut nous faire croire que tout est possible... Le hobo n’est pas le travailleur mais l’oisif, celui qui met son temps au service de la vie et non du labeur. Nourri d’un imaginaire puissant marqué notamment par la figure d’un Jack London, il représente surtout un pionnier, un éclaireur, découvreur potentiel d’un hypothétique Far West. Rien d’étonnant si tous les aventuriers originaux en mal d’ancêtres, mais aussi certains ethnologues, militants ou touristes soucieux de se démarquer revendiquent l’héritage du hobo. Ils lui attribuent le statut envié de " vrai " voyageur, de modèle idéal - celui que généralement, par peur ou manque de courage, on ne parviendra pas à imiter... - du nécessaire détachement de nos attaches aliénantes, qu’elles soient matérielles ou affectives.

Des " vagabonds du rail " (London) aux " nomades du vide " (Chobeaux), en passant par les " clochards élégants " (Kerouac), l’univers de l’errance prend de nouvelles formes. Non pas là où les utopistes l’avaient prévue, à l’extrême pointe de la société occidentale, mais dans ses marges, sur ses bords.

Certains créent des Zones autonomes temporaires : Hakim Bay l’auteur de ce concept écrit : "Nous qui vivons dans le présent, sommes-nous condamnés à ne jamais vivre l’autonomie, à ne jamais être, pour un moment, sur une parcelle de terre qui ait pour seule loi la liberté ? Devons-nous nous contenter de la nostalgie du passé ou du futur ? Devrons-nous attendre que le monde entier soit libéré du joug politique, pour qu’un seul d’entre nous puisse revendiquer de connaître la liberté ? Je crois qu’en extrapolant à partir d’histoires d’" îles en réseau ", futures et passées, nous pourrions mettre en évidence le fait qu’un certain type d’"enclave libre " est non seulement possible à notre époque, mais qu’il existe déjà." Le vagabondage dans les TAZ est d’abord psychique : Devoir habiter une époque où la vitesse et le "fétichisme de la marchandise" ont créé une fausse unité tyrannique qui tend à brouiller toute individualité et toute diversité culturelle, pour qu’"un endroit en vaille un autre". Ce paradoxe crée des "gitans", des voyageurs psychiques poussés par le désir et la curiosité, des errants à la loyauté superficielle (en fait déloyaux envers le "Projet Européen" qui a perdu son charme et sa vitalité) ; détachés de tout temps et tout lieu, à la recherche de la diversité et de l’aventure... Cette description englobe non seulement toutes les classes d’artistes et d’intellectuels, mais aussi les travailleur émigrés, les réfugiés, les SDFs, les touristes, la culture des Rainbow Voyagers et du mobile-home, ou ceux qui "voyagent" à travers le Net et qui ne quittent peut-être jamais leur chambre (ou ceux qui, comme Thoreau, "ont beaucoup voyagé - en Concord").

D’autres créent des laboratoires de tourisme expérimental afin d’aller là où ils n’iraient jamais : week-end dans des grandes surfaces, dans des banlieues, création de cartes et de nouveaux chemins.

Moins nombreux sont ceux qui explorent le monde du mouvement. Ils le font car celui des sédentaires n’a plus rien à leur offrir. Les lieux n’ont plus aucune existence en eux-mêmes et ne valent que comme points de rencontre. A force de dé-territorialisations, la société occidentale n’est plus qu’un espace neutre, homogénéisé. Il suffit de quelques heures pour aller d’un endroit à l’autre de la terre, mais ces deux points sont identiques, mais derrière les autoroutes, un nouveau nomadisme se met en place. Ils vivent souvent depuis plusieurs années une vie vagabonde, à pied, à roulotte ou en camion. Le nomadisme est pour eux l’expérience d’un mode de vie différent, plus libre, dégagé des contraintes de la société. Pour vivre ils exercent des métiers itinérants : artistes, artisans et forment une véritable microsociété.

Face à ces différents types de quête, il existe un autre type de nomadisme, intégré dans nos sociétés : le mouvement des camping-cars. Des milliers de retraités nomades voyagent, de lieux, en lieux, drainés et canalisés par des centres d’attraction ou des points d’échange commerciaux ou culturels. Les grandes tendances sociologiques montrent une forte évolution des loisirs individuels vers des loisirs actifs bénéficiant de la réduction du temps de travail. Ensuite, la vague des loisirs verts, l’augmentation de la durée de la vie, l’arrivée à maturité de la génération du baby boom, l’engouement plus que conjoncturel pour les loisirs de "proximité" au détriment de voyages plus lointains, tout ceci constitue une série de nouveaux atouts pour le mouvement des camping-cars qui ne fait que grandir.


Dernière édition par pascalle le Dim 26 Déc 2010, 07:27, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 29 Jan 2011, 06:51

Toulouse s’éveille !
Publié par Marc Lafontan | Libellés : La Cage, Rise des Fachos

http://au-bout-de-la-route.blogspot.com/

Un campement anti-Loppsi sur les bords de la Garonne :
À Toulouse, depuis plus d’une semaine maintenant, un campement permanent contre la Loppsi s’est installé, d’abord place du Capitole, puis sur les bords de la Garonne, à la Prairie aux filtres, où un véritable village s’est posé, avec tipis, yourtes et autres “habitats légers et mobiles” visés par l’article 32 ter A. Comme les habitants de ces logis menacés savent aussi lire, ils ont bien compris que la Loppsi ne vise pas seulement leurs domiciles, mais la société entière. Et ils essayent d’alerter la population de la ville rose, avec une certaine efficacité. Bien du monde passe dans la journée sur leur campement, pour s’informer et voir ce qu’on peut faire.
Source http://www.parisseveille.info/Contre-la-Loppsi-Toulouse-s.html



Voir également :
France Facho : Le crime de se loger par ses propres moyens
Anti-LOPPSI 2


Dernière édition par pascalle le Sam 29 Jan 2011, 08:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 29 Jan 2011, 08:27







Dernière édition par pascalle le Mer 25 Mai 2011, 03:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Mar 01 Fév 2011, 05:48

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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Dim 20 Fév 2011, 13:22

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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Ven 04 Mar 2011, 05:52

SDF : la rue rend-elle fou ? Paroles d'experts et de sans-abri
Par Aurélie Champagne | Journaliste | 03/03/2011 | 19H28

http://www.rue89.com/francis-a-paris/2011/03/03/sdf-la-rue-rend-elle-fou-paroles-dexperts-et-de-sans-abri-193238



Schizophrénie, dépression, addiction : regards croisés de SDF et d'infirmières en psychiatrie sur ce que la rue fait au mental.

SDF : la rue rend-elle fou ? (Champagne-Volp)

« Qu'est-ce que vous voulez montrer ? Vous voulez voir des fous ? Assister à des consultations ? » Au premier rendez-vous avec l'équipe du service « santé mentale et exclusion sociale » Dr Mercuel, au centre hospitalier Sainte-Anne (XIVe arrondissement de Paris), l'accueil est méfiant et sans chaleur, mais les questions directes et les regards bien francs.

Dans la salle aux murs jaunis où se tient le point hebdomadaire plane aussi le souvenir déplaisant d'un documentaire télévisé réalisé dans un des pavillons de l'hôpital psychiatrique. L'ambiance est un peu celle d'un entretien d'embauche. Il faut montrer patte blanche. Le Dr Mercuel reste peu loquace derrière sa moustache en guidon. Sylvie, Christiane et Céline braquent leurs yeux sur moi.
Christiane : « C'est une vision du gouffre »

Les trois quadragénaires ont obtenu leur diplôme d'« infirmière en psychiatrie » dans le courant des années 80. Depuis, le diplôme a disparu. A présent, on forme des « infirmières polyvalentes » moins bien préparées au terrain. Céline explique :

« Ils s'en rendent compte et essaient de faire des trucs compensatoires pour les nouveaux diplômés en difficulté. Mais rien ne vaut de se colleter avec la maladie mentale. La psychiatrie, c'est vraiment un domaine où l'expérience acquise avec les années est réelle. »

Toutes trois ont travaillé dans plusieurs services avant d'atterrir au Smes. Depuis sa création en 2001, ce service psy va à la rencontre des personnes à la rue et des institutions sociales qui les accueillent. « On est des routières », s'amuse Sylvie. A ses débuts, elle était pourtant loin d'imaginer ce qui l'attendait :

« Je n'avais pas conscience de l'ampleur de la misère en France. Tous les lieux où mes collègues m'ont amenée pour faire le tour des accueils et des structures, ça m'a bouleversée. On ne croise pas cette précarité-là si on ne rentre pas dans certains endroits. La plupart du temps, on ne fait que passer.

Ce matin, on parlait de notre identité professionnelle avec un stagiaire… C'est plutôt l'identité de citoyen qui peut être redéfinie quand on croise cette population. »

Les yeux dans le vague, Christiane froisse un bloc de Post-it entre ses doigts :

« Autant j'ai connu la précarité quand je travaillais dans l'Essonne, autant quand je suis venue sur Paris, j'en ai pris plein la figure. […] C'est une vision du gouffre. »

Un sans-abri francilien sur trois souffre de troubles psychiatriques

L'enquête Samenta de 2009 a confirmé la mauvaise santé mentale des SDF et la surreprésentation des troubles psychiatriques sévères dans la rue.

Un tiers des sans-abri franciliens souffre de troubles psychotiques (13% de la population sondée, avec 8,4% de schizophrénie), de troubles de l'humeur et troubles dépressifs sévères (6,5%) et enfin, de troubles anxieux (12,2%). Aujourd'hui, un sans-abri sur trois présente au moins une addiction à l'alcool, à une drogue ou à un médicament détourné de son usage.

Face à tel constat, c'est l'éternelle question : la rue rend-elle fou ou bien se retrouve-t-on à la rue parce qu'on traîne une fragilité mentale ou une pathologie psychiatrique préexistante ?

Jeff et son chien (Champagne-Volp)

A la rue, tout le monde a sa petite idée sur le sujet et des théories sur le pourquoi du comment on en vient à glisser. A commencer par Jeff, 30 ans dont treize passés dehors. Il vient de commencer un traitement de méthadone pour se sevrer du Skenan, dont il est accro depuis quelques années. Malgré sa dépendance, Jeff ne craint pas de devenir fou.

En revanche, il a une image précise de ce qu'est la folie à la rue. Il mime un type le doigt en l'air, parlant tout seul :

« La rue peut rendre dingue, oui. […] Y a juste une porte dans son cerveau à ouvrir et la folie déboule. » (Ecouter le son)

Dans le bureau, la voix nasillarde de Jeff résonne. Christiane, Sylvie et Céline écoutent sagement l'enregistrement. « Il est sympathique », lâche Céline. Sylvie répète la chute comme pour la méditer :

« Personne n'est à l'abri d'un mauvais coup… »

Puis, elle s'amuse de l'éternelle rengaine qui rend toujours les femmes responsables de l'arrivée des hommes à la rue : « Comme quoi, culturellement, c'est bien installé la misogynie. » Christiane sourit, habituée elle aussi au scénario : « Oui, c'est toujours quand la femme part que l'homme commence à picoler, jamais avant. »

En attendant, Sylvie est d'accord avec Jeff sur les trois catégories de personnes en souffrance psy à la rue :

« Soit tu es très fragile déjà tout petit, soit des événements de vie te conduisent à la rue… Soit, comme il dit “ Tu es à la rue, il y a une porte qui s'ouvre et qui te rend fou ” : tu deviens fou de trop de rue. »

« Personne n'est à l'abri d'un mauvais coup », répète-t-elle. Mais Céline comprend la chute autrement :

« Ce à quoi ça me fait penser, c'est qu'on n'a pas besoin d'être à la rue pour ça : on peut devenir fou à 50-60 ans sans avoir jamais été fou avant. Moi, je ne crois pas que la rue rende fou… »

Sur les 300 personnes qui passent au Smes en une année, « on croise toutes les pathologies, tous les profils, qu'ils soient psychiatriques ou qu'il s'agisse juste de parcours de vie » raconte Sylvie. Il y a beaucoup d'étrangers sans-papiers et assez peu de toxicomanes ou de « grands cassés », ces sans-abri à la rue depuis trop longtemps. Christiane explique :

« Eux, ce sont des gens qu'on rencontrait dans le cadre des maraudes. Quand on y va à deux, l'assistante sociale du service et l'infirmière, il y a un moment où on a plus grand-chose à faire d'autre que de dire ciao et partir. Il ne se passe pas grand-chose. Les gens sont méfiants. C'est compliqué de communiquer. Plus les gens vont en profondeur dans les bois, comme à Boulogne ou Vincennes, et plus on est dans le retrait le plus complet et dans la pathologie mentale. »

Soli et les rhinocéros blancs

Soli est ce qu'on appelle « un grand cassé ». Il dort dans une caravane parquée sur un parking de banlieue. Il vit avec son hépatite, sa tuberculose et son alcoolisme depuis des années en marge des structures d'accueil. Pendant le court échange possible avant qu'il ne soit ivre, Soli évoque en vrac le Samu social, la possibilité de tuer tout le monde, l'improbable réinsertion de son pote et, enfin, la survie du rhinocéros blanc. (Ecouter le son)

Le profil de Soli est presque courant : « Beaucoup de facteurs entrent en jeu, mais il y a souvent une enfance difficile, des passages par l'aide sociale à l'enfance », remarque Sylvie. Soli explique :

« Rien qu'au Samu Social, ça fait huit ans qu'ils m'ont interdit d'entrer. Soit disant je viens régler mes comptes là-bas. C'est l'excuse. Je vais régler aucun compte, j'ai rien à faire avec eux. Ils posent des questions qui servent aux renseignements généraux […] et puis ils voudraient que tu te re-socialises. Moi, j'ai pas envie. La société m'intéresse plus, c'est fini. Depuis que ma femme est morte… »

Soli : "Je voudrais que tu me dessines en Indien" (Champagne-Volp)

Avant de quitter Soli, je lui demande pourquoi il souhaite que je le dessine en Indien :

« Les Indiens, ils ont essayé de s'expliquer et personne les a écoutés. Ils ont tous été massacrés. »

Pour Christiane, « la rue fait fleurir des états dépressifs mais ne rend pas fou… Elle suscite des souffrances psychiques mais pas de la maladie mentale à proprement parler. »

Beaucoup de sans-abri ressentent « une souffrance réactionnelle et normale. […] Il faudrait être fou pour ne pas souffrir », s'exclame Céline. (Ecouter le son)





Face à cette souffrance psychique, que peut la psychiatrie ?

Au quotidien, le travail de ces trois-là est à la fois immense et dérisoire. On a « des petites ambitions » sourit Céline. « On soulage », ajoute Christiane, pour qui « la psychiatrie ne peut pas toute seule ». « Déjà, on ne guérit pas de la mort ni de la misère sociale », prévient Sylvie :

« Nous, ce qu'on fait essentiellement, c'est restituer une possibilité de relation humaine. Rien que notre présence et l'incitation à parler, c'est déjà du soin, ou du prendre soin. »

Impossible pour ces infirmières de fournir le toit, le travail ou l'équilibre de vie qui manquent à leurs patients et les précipitent au Smes. En consultation, certains « sourires ironiques » pointent parfois ces limites :

« Il y a des personnes qui nous défient. » (Ecouter le son)

Paul et Philippe compteraient sans doute parmi ceux qui ironisent en consultation. D'ailleurs, en abordant le sujet de la folie, Paul sort de ses gonds :

« Il y a des gens qui sont à la rue depuis dix ans et à qui on n'a jamais tendu la main pour qu'ils puissent retrouver un logement ou un travail. Aujourd'hui, ce sont ces gens-là qu'on considère comme malades et je trouve très fort qu'on puisse se permettre de les juger encore. »

Philippe ajoute :

« L'autre jour, j'ai discuté avec une assistante sociale en banlieue et elle reconnaissait son incapacité à trouver une solution. » (Ecouter le son)

Chez certains, « il y a une sorte d'anesthésie de la vie à la rue »

Il existe un phénomène assez mystérieux mais bien connu du monde médico-social en prise avec la rue : une minorité de SDF connaissent une sorte « d'anesthésie » physique ou mentale. (Ecouter le son)

Céline : "On anesthésie son corps, on anesthésie son esprit" (Champagne-Volp)
Réinsérer coûte que coûte : « une espèce de chantage »

Céline en est convaincue, « il y a des gens qu'il vaut mieux laisser dans la rue ». La pilule peut sembler difficile à avaler dans une société qui ne renonce jamais à réinsérer, ni à ramener les personnes à la marge vers la norme.

Pour Sylvie, la réinsertion des sans-abri s'apparente à « un contrat, une espèce de chantage » :

« Sortir les gens de la rue, ça équivaut à ce qu'ils se réinsèrent et qu'ils aillent bien. C'est pas possible. Tout le monde ne va pas devenir heureux, autonome, capable. […] Il faudrait des lieux où l'on ne demande rien aux gens.

Je ne sais plus qui a dit qu'après dix ans à la rue, il fallait dix ans pour se remettre. Et bien pendant dix ans, il faudrait qu'on soit là, qu'on les accueille de manière inconditionnelle sans leur demander de réussir quelque chose. […] Moi ce que je vise, ça n'est pas la réinsertion, ni l'autonomie à tout va avec un coup de rechute, voire de mort, […] c'est simplement que ça fasse moins mal. »

Derrière elle, Céline hoche la tête comme un métronome pour marquer son accord. Seulement voilà, la société est-elle prête à laisser un psychotique réapprendre à respirer pendant dix ans aux frais du contribuable, sans jamais exiger aucun retour sur investissement ?
« Plus on psychiatrise et moins on remet en cause la société »

Le téléphone sonne. Sylvie note un rendez-vous dans son carnet puis reprend la conversation avec cette mise en garde :

« Plus on psychiatrise et moins on remet en cause la société. Tant que ça reste du domaine de la folie, de la maladie mentale, du trouble du comportement et à l'ordre public et sociétal, c'est facile. […]

Ce sont des gens qui ne vont pas bien. Donc c'est normal qu'ils se suicident à France Télécom puisqu'ils n'allaient pas bien. Et c'est normal aussi qu'ils soient à la rue puisque ce sont des gens qui ne vont pas bien : c'est de leur faute ou c'est parce qu'ils sont fous. »

Moralité : ils sont du ressort des psy ou des travailleurs sociaux. Christiane conclut :

« Le risque, c'est de psychiatriser la précarité. On n'est pas dupes. Qu'est-ce que trois infirmières en psychiatrie peuvent “ panser ” de la misère ? On aide les gens à retrouver le sommeil, on leur trouve un hébergement pendant deux ou trois mois mais après, ils ressortent. » (Ecouter le son)

Dans le bureau du Smes, le ton monte sensiblement et trahit toute l'implication professionnelle et citoyenne que requiert le boulot d'infirmière psy.

Sylvie raconte à quel point son travail à Sainte-Anne a aiguisé sa conscience des inégalités. Elle s'étonne soudain qu'il n'existe aucune manifestation de SDF. Au Starbucks, Paul et Philippe avaient la même remarque et rêvaient à voix haute d'un parti politique qui représenteraient les personnes à la rue. Sylvie constate :

« Il n'y a pas un seul SDF qui aurait envie de balancer sa bouteille de vodka vide dans une vitrine. Moi ça m'étonne. Je me dis qu'il y a une paix sociale dans ce pays… »





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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 05 Mar 2011, 07:24

Phénomène urbain insidieux : piques, galets et autres minis cactus pour éloigner les SDF



Un collectif d'artistes, "The Survival Group", a mis en exergue à travers un travail photographique inédit, un phénomène urbain insidieux: de plus en plus de murets et entrées d'immeubles sont couverts de galets, piques ou fausses décorations visant à éloigner les sans-abri.

Baptisé "anti sites", ces mobiliers urbains sont depuis quelques mois l'objet de leur démarche artistique, pour dénoncer "des structures anti-SDF".

Les plasticiens et photographes réunis dans ce collectif militant exposent leurs images sur leur site (http://www.survivalgroup.org/anti-site.html), avec comme credo "les notions de survie et d'espaces publics".

Deux d'entre eux, Guillaume Schaller et Arnaud Elfort, ont eu l'idée de photographier ces mobiliers urbains en découvrant "une espèce d'imposant bac à fleur couvert de grosses pierres coulées dans du béton" devant les Assedics du 20e arrondissement de Paris.


"On a décidé peu après, de détourner l'objet dans une performance: un discours d'inauguration du 1% artistique, réalisé devant les Assedic, une façon de démasquer cet artifice", explique Arnaud Elfort à l'AFP.

Un homme sans domicile fixe trie ses affaires, installé dans le froid sur le trottoir d'une rue centrale de Paris le 15 décembre 2009.


Il existe en effet une obligation de décoration des constructions publiques, pour une enveloppe de 1% du coût global.


L'idée a fait boule de neige: "à la suite de ça on a fait des images à titre informatif, pour se faire une banque de données".


Le résultat est édifiant: il n'y a qu'à lever le nez en ville pour trouver ici des galets collés sur un muret le long d'une vitrine, là des piques le long d'une banque, ou des mini cactus dans un hall d'immeuble.

"Les cactus sont particulièrement bien représentés", ironise Estelle Nabeyrat, critique d'art et commissaire de leur exposition parisienne récente "The Survival Group 2°37E, 48°86N".


Selon la jeune femme, "c'est comme s'il fallait esthétiser ces objets alors que le but est particulièrement cruel. On est dans la stratégie répulsive" qui avait fait un émule en 2007. Le maire d'Argenteuil Georges Mothron (UMP) avait alors tenté avec un produit, le spray "Malodore", de faire partir les SDF du centre-ville.

"Tous ces endroits où l'on voit bien qu'il s'agit d'empêcher des sans-abri de se coucher ou de s'asseoir donnent l'image d'une ville carcérale et sur la défensive", analyse encore Arnaud Elfort.


Ces fausses sculptures -que ce collectif a montré en décembre à Paris à travers plus d'une centaine de photos- "se multiplient à Paris, mais aussi à Marseille", tandis que dans d'autres villes comme Berlin, "nous n'en avons pas vus".


Graciela Robert, responsable de la mission sans-abri pour Médecins du Monde, connaît ce phénomène: "on est en train de rendre les sans-abri de plus en plus invisibles". Elle invite à la réflexion: "quelle tolérance accorde la société aux exclus?" demande-t-elle.

Elle le remarque au quotidien: "les tentes, par exemple, ça dérange dans l'espace public. Il faut que les sans-abri ou les personnes en situation d'exclusion partent de plus en plus loin, et se retrouvent au bois de Vincennes et de Boulogne par exemple".





http://www.flickr.com/photos/7211263@N02/sets/72157602377494963/?page=2














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MessageSujet: NOMADES CONTEMPORAINS   Mar 08 Mar 2011, 14:35

NOMAD'S LAND

Nomad's land est un espace de réflexion collectif autour du film éponyme de Gabrielle Culand, consacré aux jeunes nomades contemporains. Accompagnés de leurs chiens, ils parcourent la France au gré des saisons, à la fois ouvriers mobiles et utopistes libertaires. Pierre-Olivier Dittmar (chercheur en histoire, membre du collectif simple appareil), Arnaud Lambert (simple appareil), Maya Rosa (ingénieur du son) et Gabrielle Culand (réalisatrice), chacun à leur manière, échangent leurs idées sur la progression du film

http://lasallepolyvalente.free.fr/punks/

Par Gabrielle Culand : BITCH


Bitch est très présent dans la série pour Tracks et c’est une rencontre déterminante pour moi. Nous l’avons croisé par hasard avec Maya, alors que nous marchions dans un camping sauvage à Aurillac, à la recherche de “personnages” pour le reportage. Bitch, littéralement “chienne” en anglais, est un surnom qu’il partage avec deux autres de ses amis qui le suivent sur la route. Il s’est montré très enthousiaste à l’idée de décrire son mode de vie. Cet entretien a été réalisé sur le vif, entre deux bangs et la musique qui s’échappait du camion garé dans l’herbe. Il aurait été impossible de faire une interview posée avec un trépied et d’imposer le silence. Il y avait dans le flot de paroles de Bitch comme une urgence.
Moi je me suis arrêté en deuxième première scientifique. J’ai arrêté le jour de mes 18 ans et j’ai expliqué à mes profs que l’éducation nationale me bridait et que ça m’obligeait à faire quelque chose, où j’avais pas envie de choisir ma voie, et je suis parti à 1000 bornes de chez moi et depuis j’ai jamais lâché la route. J’ai 27 ans. Au début je bougeais à pied. J’ai pas le permis. Au début c’était sac à dos et puis des gens se sont rajoutés, et j’ai eu des chauffeurs et acheté des camions avec eux.

Ça fait plusieurs années que je suis sur la route maintenant et j’ai envie de créer une communauté mobile. Quand on en aura marre de tracer, je pense qu’on fera une communauté qui s’autogère au maximum. On dépensera même pas d’EDF, je pense que ça se finira comme ça. L’important, c’est de ne pas dépendre du système. Si je vis cette vie-là, c’est que j’ai beaucoup de choses à reprocher au système, c’est pour être marginal. Après, j’aimerais bien faire d’autres actions pour changer le système, la façon dont il bifurque depuis quelques années avec les lois sarkoziennes, Chirac, Le Pen. Tout le monde ferme sa gueule. Me mettre à l’extérieur c’est un premier pas. On n’a pas besoin d’être beaucoup pour changer les choses. On essaie déjà de changer des choses à notre niveau.

Nous, on sait parfaitement vivre sans argent. Pour manger on sait voler un morceau de pain et une tranche de jambon, ce que je ne considère pas être mal, même si c’est considéré comme un vol. Pour le gazole, vu le prix que ça coûte, on n’a pas de scrupule à siphonner. On siphonne les poids lourds et les tracteurs. Moi je suis déjà passé au tribunal pour ça et j’ai revendiqué le fait qu’on vole à des grosses entreprises. Je pense que si un jour il y a une révolution, ou une guerre, nous serons plus prêts que la majorité des gens qui se laissent avoir par les médias.

Au début, quand j’ai commencé la route j’ai vachement souffert du regard des gens, qui nous regardaient de travers alors qu’on a beaucoup plus de cœur que ces gens-là, on s’aime, on n’est pas méchant, c’est vrai que quelquefois, oui, on se défonce trop. Les gens nous rejettent l’image que tout ce qui se passe de pas bien c’est de notre faute, on est les Judas de la société. Au début, j’en ai beaucoup souffert parce que quand j’ai commencé à prendre la route, j’ai vraiment tout remis en question jusqu’à pourquoi se laver tous les jours, est-ce qu’il faut se laver les dents ? J’ai vraiment tout remis en question, je suis parti de zéro. Je faisais et je continue à faire beaucoup de recherches sur moi-même. Au début, je souffrais beaucoup du regard des gens, maintenant plus du tout. Les gens qui me regardent mal ou qui pensent que je suis un sauvage, en fait maintenant, je les laisse dans leur connerie.

La majorité des gens, ils ne souffrent pas parce qu’ils ne se posent pas de questions. Y a les gens comme nous qui en souffrons parce qu’on se rend compte de ce qu’il y a de néfaste dans l’Etat d’aujourd’hui. Je pense que la majorité silencieuse, ils n’en souffrent pas, ils sont bien dans ce système ! Ils pensent même pas qu’il y a une autre façon de gérer les choses politiquement et socialement. Ces gens-là ne se soucient pas de la misère du monde. Alors que même moi qui suis au plus bas de l’échelle, je pense que je vis bien mieux que 80% de la population mondiale. Parce que l’argent ne fait pas le bonheur et on nous a tellement martelé avec ça que c’est dur de s’en défaire, mais une fois que tu en es défait y a que de l’amour !

BITCH et KAYA








Dernière édition par pascalle le Mar 08 Mar 2011, 14:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Mar 08 Mar 2011, 14:40

LE WWOOFEUR.............. j'ai entendu ce terme, il a quelques années......

Au hasard d'une rencontre d'un saisonnier en arboriculture, il faisait une saison dans une ferme bio, était bouddhiste et ne possédait rien..........
Il était wwoofeur, autrement dit il voyageait un peu partout, et travaillait contre le gite et le couvert, une autre manière de vivre...........une autre manière d'échanger.............

http://fr.ekopedia.org/WWOOF





http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.wwoof.org/&ei=Pyh2TZmdN4KKhQfJ_5X4Bg&sa=X&oi=translate&ct=result&resnum=4&ved=0CEYQ7gEwAw&prev=/search%3Fq%3Dwwoof%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26hs%3Dxgc%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26prmd%3Divns
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Mar 08 Mar 2011, 14:45


Femmes SDF à Grenoble : un autre regard

À Grenoble, une sociologue a créé une association après avoir, pendant deux ans, observé et noué des liens avec des femmes en errance.

« Lorsque les femmes arrivent au local, nous ne leur demandons ni leur nom, ni pourquoi et par qui elles ont été envoyées et si elles commencent à nous le dire, nous leur expliquons que cela ne nous intéresse pas. Nous les accueillons en tant que femmes. » Alors, seulement, pense Marie-Claire Vaneuville, débarrassée des étiquettes de toxicomane, alcoolique, psychiatrique, la personne retrouve une toute autre liberté face à elle-même. Marie-Claire Vaneuville est sociologue. Pendant deux ans, elle a mené à Grenoble une recherche-action auprès des femmes en errance. Une recherche qui a abouti à la publication d’un livre mais aussi à la création d’une association « Femmes SDF » qui tente, à partir des observations faites, une approche différente de celles des associations traditionnelles.
« L’errance n’est pas synonyme de « passage à la rue ». (…) L’errance n’est pas le sans-abrisme. (…) L’errance est profonde, psychologique, liée à une précarité matérielle dans la durée. (…) L’errance est un parcours » (1). La prise de produit est sa conséquence. Marie-Claire Vaneuville observe que ces femmes mettent travailleurs sociaux des institutions et des associations en difficulté. « De plus en plus de femmes « s’échappent ». Elles se faufilent, insaisissables. Elles profitent des hébergements, mais n’y restent pas. Elles peuvent consommer des services en pointillé pendant des décennies, mais elles n’arrivent pas à s’adapter. » Est-ce elles ou les institutions qui ne s’adaptent pas ? Un peu des deux pour la sociologue. L’entrée en hébergement d’une personne dans l’errance peut être très angoissante. « Elles sont alors dans un lieu contenant, tandis que dans la rue, il n’y a plus de limite ». Et puis cet élément de la survie dans la rue - la quête de l’hébergement - trouve là sa réponse qui laisse alors place à la remontée de toutes les angoisses. « Elles viennent nous le dire parce qu’elles n’osent pas l’avouer à l’assistante sociale qui s’est tellement débattue pour obtenir ce logement ou cet hébergement ; certaines même arrivent à se faire expulser. » Le passage de la rue à l’hébergement doit être accompagné, soutenu. C’est la volonté du local de Femmes SDF 1 .
Un cocon

« Ce local ne ressemble à rien qui pourrait évoquer de mauvais souvenirs comme l’hôpital et les lieux d’accueil du social, décrit Marie-Claire Vaneuville. Ici, il fait chaud, c’est chaleureux, les fauteuils sont moelleux, il y a une baignoire, nous avons investi dans deux bons matelas et sommiers pour que les femmes retrouvent le plaisir d’un bon lit lorsqu’elles veulent dormir en journée. » Les locaux ont été choisis, décorés par le groupe de femmes rencontrées lors de la recherche-action. Elles disent maintenant que c’est un cocon. Le but est qu’elles se l’approprient. C’est pourquoi les murs sont nus. Les femmes sont invitées à y laisser leur trace. « Mais ce n’est toujours pas gagné, note Marie-Claire Vaneuville. Elles veulent passer inaperçues, invisibles, pour elles, laisser une marque sur un mur est un risque. » L’invisibilité est une stratégie de survie à la rue, « c’est une question de vie ou de mort face à la violence inimaginable qu’elles subissent », juge Marie-Claire Vaneuville donc pour ne pas mourir, elles évitent de se faire repérer, apparaissent, disparaissent, se faufilent. « C’est une attitude de défense mais aussi de culpabilité et de honte », analyse Marie-Claire. Une honte bien plus profonde que celle que peuvent éprouver les hommes dans la même situation. « Un désamour de soi tel qu’il provoque parfois des cassures très graves », remarque Marie-Claire qui observe que de nombreuses femmes n’ont aucun désir de soins alors qu’elles ont parfois des blessures importantes.
Retrouver le désir

Elle se souvient de cette femme qui refusait de faire soigner sa main cassée. Elle expliquait qu’ainsi elle pouvait « encore sentir quelque chose ». Leur offrir un espace confortable pour qu’elles retrouvent le désir de quelque chose est la volonté de l’association. Parce que « leur problème n’est pas une question d’insertion, mais d’existence », écrit Marie-Claire Vaneuville. C’est pourquoi il est, pour elle, absolument nécessaire de trouver d’autres lieux d’accueil, des lieux à bas seuil de contraintes, sécurisés et sécurisants, des lieux d’ancrage qui permettent aux personnes de retrouver leur identité, de renouer avec leur féminité, de se réapproprier des rituels, des lieux enfin où aucun projet n’est construit pour elles. « C’est la personne accompagnée qui choisit le chemin. La personne qui accompagne ne choisit pas, elle suit la direction donnée. Si le chemin change, l’accompagnant ne donne pas d’avis, il s’adapte, car il n’a aucun « projet » pour la personne accompagnée, pas de « normes » à faire accepter », explique Marie-Claire Vaneuville. À elles de s’inventer le lieu, de le vivre, d’y retrouver les gestes du quotidien, à leur rythme et en tenant compte des autres, ainsi peut-être pourront-elles, un jour, se réapproprier leur propre vie.

Marianne Langlet

http://www.lien-social.com/spip.php?article3316&id_groupe=3
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Mar 08 Mar 2011, 15:47

SDF...............Sans domicile fixe..................

Un ami très proche a vécu plusieurs années dans la rue, il vivait sous une tente, dans une région plutôt froide, je sais que ce n'était pas par choix, juste la vie qui l'a conduit à cet endroit, la rue ou plutôt les bois, ça fait 30 ans que je le connais.

Il sait ce que que signifie avoir froid, avoir faim, être seul avec soi-même, il connait aussi le regard des gens...........
Il sait aussi qu'il doit sa survie à certaines personnes qu'il a rencontré, et qui ont vu en lui autre chose que ce marginal aux cheveux longs...........
C'est quelqu'un qui m'a beaucoup appris....... je crois que la nature est son élément, il dit toujours, pour tailler un arbre, tu enlèves ce qui est mort, ce qui ne sert à rien, ce qui épuise l'arbre, il imagine comment il va pousser............c'est quelque part sa philosophie de vie.........




Dernière édition par pascalle le Sam 07 Mai 2011, 10:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Mer 09 Mar 2011, 21:16

C215 : " Portraits et ambiances urbaines "


C215 est un street artiste nomade qui pose ses pochoirs entre Berlin, Amsterdam, Jérusalem, ou encore New Delhi. Sans mot ni commentaire, il jette à la face du monde l’image de tous ceux qui souffrent d’exclusion, de pauvreté, de solitude. Pour cela, il montre leurs visages. Sa dialectique ? L’humanité dans l’inhumanité, l’espoir face au désespoir. Ainsi, les SDF de Paris ou les homeless de New York, les cireurs de chaussures indiens, les enfants de Sao Paulo seront ses modèles.


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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Jeu 10 Mar 2011, 07:12

C'est d'ailleurs lui qui m'a parlé de Pierre Rabhi, et des Amandins

Il semble que les Amandins accueillent des jeunes l'été, en tout cas j'ai rencontré une jeune Espagnol qui s'y rendait............



Pierre Rabhi



Initiateur de Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, reconnu expert international pour la lutte contre la désertification, Pierre Rabhi est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire en Afrique en cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux plus démunis et à sauvegarder leur patrimoine nourricier.





Auteur, philosophe et conférencier, il appelle à "l'insurrection des consciences" pour fédérer ce que l'humanité a de meilleur et cesser de faire de notre planète-paradis un enfer de souffrances et de destructions. Devant l'échec de la condition générale de l'humanité et les dommages considérables infligés à la Nature, il nous invite à sortir du mythe de la croissance indéfinie, à réaliser l'importance vitale de notre terre nourricière et à inaugurer une nouvelle éthique de vie vers une "sobriété heureuse".

Son dernier ouvrage, "Vers la sobriété heureuse", est édité chez Actes Sud.



"De ses propres mains, Pierre Rabhi a transmis la Vie au sable du désert... Cet homme très simplement saint, d'un esprit net et clair, dont la beauté poétique du langage révèle une ardente passion, a fécondé des terres poussiéreuses avec sa sueur, par un travail qui rétablit la chaîne de vie que nous interrompons continuellement". Yehudi Menuhin






http://www.colibris-lemouvement.org/index.php/TH/Pierre-Rabhi
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MessageSujet: L'age de la tortue   Jeu 10 Mar 2011, 19:18



La tortue, un symbole vivant !

La tortue, animal existant depuis plus de 250 millions d'années, et omniprésent dans la mémoire des hommes et des civilisations, ne sera peut-être un jour plus qu'un nostalgique souvenir. Alors souvenons-nous... Les symboles sont essentiellement attachés aux cultures et aux traditions antiques dans lesquelles puise le monde contemporain, qui reste lui aussi très chargé de symboles. Et il n'est pas étonnant de constater que les civilisations anciennes, principalement dans les régions de type rural ou montagnard, sont celles dans lesquelles les symboles ont eu le plus d'importance. Attachées aux archétypes symboliques on trouve généralement des contes ou des légendes se rapportant au caractère particulier de la tortue. Nous évoquerons des croyances, des légendes, mais aussi la cosmogonie, c'est à dire la représentation du monde et de sa création dans les civilisations anciennes. En Extrême-Orient (Chine, Japon, Vietnam, Corée, Inde, Tibet...) comme en Amérique du Nord (du Mexique jusqu'en Alaska), la tortue est avant tout le support du monde. Dans la quasi-totalité des civilisations anciennes du monde entier (dont certaines existent encore, comme le peuple aborigène d'Australie, la Chine ou le Vietnam) la tortue a toujours été essentiellement un symbole de longévité et de sagesse. Cela tient bien sûr à sa très longue durée de vie et à sa nonchalance, mais aussi à sa discrétion face aux événements qui rythment le monde. La lenteur de ses déplacements la fait également figurer comme une digne représentante de la sagesse... et de l'art d'avoir toute l'éternité devant soi.

Symbole tortue Il est frappant de constater à quel point c'est dans la civilisation chinoise que la tortue a le plus marqué les esprits. Il faut dire que les premières traces de l'écriture chinoise remontent à environ 3500 ans et que ces idéogrammes primitifs, lorsqu'ils n'étaient pas gravés sur de la pierre, l'étaient sur les carapaces de cet animal. Par ailleurs les écritures des anciens étaient gravées pour l'éternité si le support était une carapace de tortue, plus encore que si ces symboles étaient gravés sur la pierre. Cette longévité de la tortue et la stabilité de sa carapace pendant de longs siècles après sa mort a également intrigué les devins qui lui attribuèrent une véritable connaissance de l'avenir cachée dans les motifs de sa carapace. En jetant la carapace quelques minutes dans le feu de la terre, on pouvait voir les esprits célestes communiquer avec les hommes en inscrivant des symboles par les craquelures et fêlures causées par le feu sur les carapaces. Voulant reproduire les motifs ainsi engendrés, les devins et les savants il y a 3500 ans tracèrent ainsi les premiers symboles qui devinrent progressivement les 214 clés de base permettant l'élaboration de tout le système de l'écriture chinoise. Par ailleurs la numérologie et les premiers carrés magiques furent inventés et réalisés avec l'aide des motifs et la disposition des écailles de la dossière. Les chinois furent les premiers terrariophiles au monde. Depuis plus de deux mille ans dans certaines provinces de montagne la possession d'une tortue sous son toit apporte une protection divine à la famille et au foyer. Il n'y avait pas un seul temple taoïste ou bouddhiste qui n'ait des tortues, non pour les manger mais pour protéger la vie de ceux qui y résident. Ainsi les tortues pouvaient être prélevées dans la nature pour la consommation humaine (pratique essentiellement confucianiste) mais aussi pour servir de compagnon protecteur de la famille et de l'abri.

Symbole tortue

Dans le Tao, philosophie majeure de la Chine ancienne comme de la Chine moderne, cinq éléments sont suffisants pour construire toutes les briques du monde. Ce sont le bois, le métal, le feu, la terre et l'eau. A ces cinq éléments sont associés cinq saisons (la mousson est une saison), cinq directions (les quatre points cardinaux plus l'endroit où nous nous trouvons), cinq couleurs, et cinq animaux. La tortue est l'un de ces cinq animaux. Elle est associée au nord, à l'élément eau, à l'hiver et au noir (couleur de la pureté en Extrême-Orient contrairement à l'Occident).

Symbole tortue En Chine il existe un certain nombre de dieux qui ne sont pas des dieux au sens où nous l'entendons en Occident mais des représentations des aspects très divers de l'esprit humain. Parmi ces dieux il en est deux dont nous allons parler parce qu'ils sont liés directement à des tortues légendaires. Il s'agit du dieu des Examens et du dieu de la Longévité. Le dieux des Examens est figuré dans le ciel chinois par les quatre étoiles qui forment le Chariot de la Grande Ourse. C'est un dieu d'une laideur particulièrement marquée, le visage déformé par une horrible grimace. Dans sa main gauche il tient un boisseau, dans sa droite un pinceau de calligraphe. Il est entièrement nu à l'exception d'un pagne entourant sommairement ses hanches. Il se tient bizarrement penché en avant et dans une attitude qui rappelle un homme entrain de courir. Seul le pied droit repose au sol, ou plutôt... sur une tête de tortue. L'explication avancée est que lors de sa vie sur terre, il fut reçu premier au Doctorat, mais voyant sa laideur immonde l'empereur refusa de lui octroyer le diplôme. Au comble du désespoir et du déshonneur, il abandonna ses vêtements et tenta de se noyer mais une tortue Ngao qui passait par là le reçut sur la tête et fit de lui un dieu, l'expédiant dans le Ciel. Le dieu de la Longévité a le visage typique du vieux chinois doté d'une longue barbe et d'un énorme crâne chauve. Il est courbé mais encore debout, appuyé à une grande canne noueuse, et tient dans une de ses mains le fruit de l'Immortalité. A ses pieds se trouve une tortue et parfois un héron ou une grue, ces animaux ayant une très longue durée de vie.

Symbole tortue

Dans la cosmogonie chinoise, le monde est porté par quatre éléphants, eux-mêmes soutenus par une tortue. Cette vision du monde vient tout droit de l'Inde. En effet en Inde nous allons retrouver la tortue portant les éléphants, comme dans la cosmogonie chinoise. Pour les hindous la création du monde revient au dieu Brahmâ. Un énorme serpent se mordant la queue est suspendu dans le vide de l'infini, symbolisant la course éternelle du Soleil dans le ciel. Sur ce serpent repose une tortue. C'est par elle que la force des cieux va se traduire dans le monde des réalisations. La tortue prend donc dans l'esprit de l'hindou le symbole de force et de pouvoir créateur. Sur cette tortue se trouvent des éléphants qui portent les trois mondes. Le monde inférieur des démons et de l'enfer, le monde intermédiaire des hommes et de la Terre, et le monde supérieur des dieux et de la félicité. C'est par la tortue que ces trois mondes existent, car elle est le lien direct entre l'univers et sa manifestation.

Symbole tortueToujours en Inde la deuxième des dix réincarnations de Vishnu fut sous la forme d'une tortue appelée Kurmâ qui apporta son aide à Indra pour vaincre les démons Asuras. Pour ce faire elle servit de pivot central pour permettre aux dieux de baratter l'Océan des Origines d'où naquit la liqueur de l'immortalité, l'arbre du Paradis, la médecine des dieux, la déesse du vin, les nymphes, le cheval divin, l'éléphant royal, et tant d'autres merveilles... La même scène est également représentée de façon magnifique sur un bas-relief du Temple d'Angkor au Cambodge.

Symbole tortueAu Vietnam, au sud de la vieille ville de Hanoï, se trouve un petit lac qui constitue un véritable paradis au milieu de la ville. Ce lac se nomme Hoan Kiêm, le Lac de l'Epée Restituée. C'est un des endroits les plus romantiques du monde ! On peut se promener un après-midi en flânant au gré des petits sentiers boisés qui l'entourent. Ce Lac portait autrefois le nom de Lac Thuy, c'est à dire le Lac Vert. Pas un seul vietnamien n'ignore la légende de ce petit lac ! Un jour un jeune pêcheur trouva en pleine mer accrochée dans ses filets une lame d'épée sans manche et qui portait gravée l'inscription " Selon la volonté du Ciel" . Il alla offrir cette lame d'épée au fils d'un très riche personnage qui, après des recherches, retrouva le manche de la lame. L'épée ainsi reconstituée servit pendant une dizaine d'années à ce notable dans la guerre contre les envahisseurs chinois. Ce notable s'appelait Lê Loi. Il vécut réellement, de 1385 à 1433. Après avoir repoussé l'envahisseur chinois, il devint roi en 1428 sous le nom de règne de Lê Thài Tô. Afin de profiter de cette paix enfin acquise il vint aussitôt s'installer dans la ville qui se nomme maintenant Hanoï. Le Roi aimait se promener dans une petite embarcation au milieu du Lac Vert. Mais il ne put conserver l'épée bien longtemps. Quelques jours après la fin de la guerre, de son petit bateau il vit soudain émerger une tortue géante du fond de l'eau. Terrifié, le roi dégaina son épée, la brandit devant lui mais la tortue fut très rapide et sans le blesser lui arracha l'épée avec son bec avant de disparaître pour l'éternité dans les profondeurs du lac.

Symbole tortueLe roi se dit alors que le Dieu Tortue d'Or était certainement le véritable propriétaire de l'épée magique, que celle-ci la lui avait seulement prêté et que la paix maintenant revenue, il devait la lui restituer. C'est ainsi que naquit la légende du lac de l'Épée " restituée" à son propriétaire divin. Dans ce lac se trouvent réellement des tortues. Hélas, il n'y en a plus guère aujourd'hui. Au milieu du lac se trouve un tout petit îlot minuscule, et il est désormais rarissime de voir une tortue y prendre un bain de soleil. A chaque fois cet événement est vivement apprécié par la population de Hanoï, tellement les tortues qui autrefois peuplaient abondamment ce lac sont devenues rares. Un tel événement est toujours considéré comme un bon présage pour les semaines à venir.

Au Japon, terre de l'Art du Sabre, la tortue est encore symbole de longévité et de stabilité du monde. Une très ancienne légende raconte qu'une tortue, Minogamé, vit depuis 10 000 ans, couverte d'un manteau d'algues au fond d'un lac. Cette légende est peut-être à rapprocher de la légende vietnamienne du Lac de l'Epée Restituée. Dans cette terre japonaise ou fleurirent les arts martiaux, l'art du sabre (le Ïaîdô) est encore très pratiqué même aujourd'hui. Les sabres sont toujours décorés. Et très souvent reviennent deux animaux : la Grue et la Tortue, qui représentent les deux aspects complémentaires et radicalement opposés de l'univers, cet oiseau étant symbole de la liberté dans le ciel et du détachement de l'esprit face aux événements du monde, et la tortue symbole de l'attachement à la terre. Par ailleurs ces deux animaux vivent très longtemps, la grue tout comme la tortue.

En plein coeur de l'Ile de Java en Indonésie se trouve le temple bouddhiste de Borobudur. Ce temple érigé au IX° siècle est un des plus grands chef-d'oeuvre de l'art bouddhique. Cet immense temple, à l'aspect pyramidal et dans lequel on ne demeure pas, est une spirale initiatique menant du sol représentant le monde matériel jusqu'à la pointe représentant le monde spirituel. Dans le bouddhisme tout le travail d'un boddhisattva est de parvenir à la réalisation de son propre Eveil puis de mener ensuite patiemment tous les êtres vivants, y compris les animaux, jusqu'à leur propre Eveil et à la cessation de la souffrance. Tout au long de ce parcours montant doucement en spirale dans le temple de Borobudur se trouvent d'immenses fresques de pierre qui sont autant de panneaux, chacun d'entre eux rappelant une histoire du

Bouddha historique ou de grands boddhisattvas du passé.

Symbole tortueLe panneau n°192 du temple de Borobudur relate l'histoire d'une tortue. Un jour, alors qu'un monstre marin attaqua un bateau tous les occupants tombèrent à l'eau. Un boddhisattva réincarné sous la forme d'une tortue prit alors les naufragés sur son dos et les reconduisit sur la terre ferme. Ceux-ci, lui devant la vie, se mirent alors en cercle autour de la tortue et l'écoutèrent enseigner les paroles du Bouddha. Ici encore on reconnaît à la tortue un pouvoir divin élevant les hommes vers une vie meilleure.

Chez les indiens d'Amérique du Nord, la tortue, encore une fois par la rondeur de sa carapace, représente la Terre Mère nourricière et par laquelle la race indienne est apparue. Pour les Iroquois d'Amérique du Nord, dans des temps très anciens la tortue sauva la Mère, sorte d'Eve des indiens, lorsque celle-ci tomba dans l'océan. Recueillant la Vierge primordiale elle la conserva hors de l'eau sur sa carapace. Ainsi pour les Iroquois la Terre est une gigantesque tortue flottant sur la mer. Et sur sa carapace, la Vierge pu enfanter et devenir la mère des hommes, devenant ainsi la Mère.

De nombreux pétroglyphes du néolithique représentent la tortue en Amérique du Nord et jusqu'à Hawaï.

Symbole tortueJusqu'au XX° siècle chez les indiens la tortue est très présente dans les chants, les contes, les légendes tribales, et jusque dans l'observation des rituels. Chez les Tohono O'odham (le Peuple du Désert) d'Arizona et les Comcáac du Désert de Sonora c'est la tortue qui a planté le cactus saguaro géant et en est resté la gardienne. Pourtant, chez ces indiens du désert de Sonora et d'Arizona, la tortue était consommée puis les restes utilisés de toutes les façons possibles, comme boîtes à bijoux, instruments de musique, jouets de bébés, poupées de jeunes filles, ou bien encore entraient comme ingrédients dans les préparations pharmaceutiques.

Pourtant il existait une régulation de cette consommation par la croyance en des tabous. Chez ces indiens du désert, avoir une tortue en captivité chez soi c'était s'attirer le malheur. Plus aucune herbe ne pouvait pousser et la malédiction tombait sur le village, les enfants pouvaient ne plus grandir, les femmes ne mettre au monde que des filles. Un nid de tortues était un lieu sacré qu'il était interdit de toucher. Et le ramassage de tortues à des fins alimentaires devait se faire uniquement sous certaines conditions, en des lieux et des moments précis. Transgresser une interdiction concernant les tortues était l'assurance de s'attirer la maladie. Les populations de tortues se maintenaient donc malgré tout, ce qui n'est plus le cas depuis l'arrivée de l'homme blanc et de la "civilisation". La tortue attirait aussi le malheur sur l'homme impoli, criminel, ou tout simplement malfaisant. Et seule une tortue pouvait conjurer les sorts qui lui étaient attribués.

Une légende Comcáac raconte l'histoire d'un homme du nom de Ziix Taaj, doté de pouvoirs surnaturels, qui fut aperçu un jour jouant à un jeu de société avec une tortue assise face à lui. Et tous deux discutaient ensemble. La tortue gagnait de nombreux tours, et Ziix taaj devint furieux et se mit à hurler. Il jeta alors une serviette sur elle et la frappa longuement, mettant fin de cette façon à la partie. Les témoins étaient effarés. Depuis, plus aucun Comcáac n'ose regarder une tortue dans les yeux, celle-ci comprenant la langue des Comcáac et parlant certainement depuis des lunes avec leurs ancêtres.

Chez les Inuits du nord glacial du Canada, qui sont aussi des indiens et dont le nom signifie simplement "les hommes", la tortue est associée à la terre, Mère procréatrice de la lignée de tous les "hommes". Dans cette civilisation très particulière, on rappelle en permanence aux enfants leur attachement à leurs origines en conservant un petit segment de leur cordon ombilical sur eux. Les fillettes le portent dans un sachet de peau en forme de tortue. Et pour les petits garçons ce sachet a la forme d'un lézard.

Ce sentiment de protection apporté par la présence d'une tortue se retrouvait aussi dans certaines tribus africaines pour lesquelles elle était élevée au rang de véritable totem vivant du village.

Dans la mythologie Sénoufo en Côte d'Ivoire, c'est encore une tortue qui porte le monde sur son dos. La tortue devient ici symbole de sagesse et de connaissance, car dans sa carapace elle possède toute la connaissance du monde.

Dans la Grèce ancienne, la tortue est vue de l'intérieur. Sa dossière est figurée par la voûte céleste et ses quatre pattes sont les quatre piliers du monde. Ainsi la tortue protège le monde, lui assurant stabilité et équilibre. Si on se souvient que le ciel a toujours été représenté comme une voûte hémisphérique et la Terre comme une étendue plate de forme circulaire, on comprend vite pourquoi chez tous les peuples du monde la tortue est une représentation de l'univers. Entre le dôme de sa dossière et la surface plate de son plastron, elle était l'image parfaite du monde intermédiaire dans lequel vivent les hommes entre l'univers étoilé et le sol terrestre. La tortue est ainsi un véritable fil reliant le Ciel et la Terre. Elle doit donc nécessairement posséder de fabuleux pouvoirs de connaissance et de divination. Elle doit donc aussi être un merveilleux médium capable de fournir aux hommes les secrets des dieux.

Il faut bien comprendre que dans toutes les sociétés primitives ou du moins très anciennes, le monde est un espace clos refermé sur lui-même. Il y a le monde terrestre, plat, situé sous nos pieds, riche et fécond mais aussi porteur des plus grands drames par ses colères et son feu dévastateur. Au-dessus il y a une voûte étoilée, pleine de mystères et de silence, semblant immobile mais dans laquelle on aperçoit certaines étoiles se déplaçant sur le fond immuable, et parfois des événements soudains comme des étoiles nouvelles d'une brillance extrême et ne durant que quelques jours (les comètes et aussi certaines étoiles que l'astronomie moderne nomme les supernova). Ce ciel, qu'on ne peut toucher avec les doigts même du sommet des plus hautes montagnes, est donc un monde où vivent des esprits mystérieux et dotés d'étranges pouvoirs. Ce n'est pas étonnant que dans toutes les civilisations anciennes, les étoiles et leurs positions sont intimement liées à la présence des dieux, des héros, et des animaux légendaires. Entre les deux se situe l'homme, tout petit, perdu au fond de ses pensées face à ce monde immense tant sous ses pieds qu'au dessus de sa tête.

Durant toute une vie humaine, jusqu'au XX° siècle et partout dans le monde, le ciel semblait immuable au-dessus de nos têtes et progressait à pas très lents au-dessus des événements qui constituent l'histoire sous nos pieds. La tortue, par sa forme et sa nonchalance, constitue un symbole parfait de la marche et de l'aspect du monde. Sa dossière voûtée et qui plus est circulaire, parsemée de motifs, semble être une représentation en miniature de la voûte céleste.

Son plastron, très plat, qui lui sert de base et d'appui au sol semble également être une image parfaite du sol qui nous entoure jusqu'à l'horizon visible à nos yeux. Entre les deux se situe l'être vivant, la chair, le sang, le mystère de la Vie. Les quatre pattes de la tortue, avec leur couleur et leur texture qui rappelle si étrangement celles des éléphants, sont les quatre piliers qui permettent à cette voûte de se tenir parfaitement au-dessus du sol. Une tortue qui se retourne est une abomination et un signe de funeste présage car elle représente alors la chute du ciel et le bouleversement du monde.

Il est important aussi de se souvenir que naguère encore dans la plupart des régions du monde l'espérance de vie des hommes ne dépassait pas quarante ou cinquante ans. Or la tortue est un animal dont la durée de vie est souvent le double ! Si on la voyait naître on ne la verrait pas mourir. Pour un homme, elle représentait donc presque un être immortel et doté de pouvoirs étranges lui permettant cette durée de vie inimaginable pour un être humain.

Ainsi elle représente donc un symbole de longévité... mais ce fut à son détriment ! Car il devint évident que se nourrir de la chair de la tortue constituait non seulement une source de force et de sagesse mais aussi une assurance de longévité.

Les pouvoirs magiques de la tortue dans le domaine de la longévité et de la force vitale furent étudiés médicalement autant à Rome ou en Grèce qu'en Chine. La santé quasi inaltérable de la tortue ne pouvait trouver son origine que dans la composition de sa chair et de sa carapace.

Cette pharmacopée chinoise qui nous semble aujourd'hui bien étrange à nous les occidentaux, nous l'avons également connu dans l'Antiquité européenne. Aujourd'hui, dans un monde où la technologie et le modernisme a conquis les villages les plus reculés de la Terre, la tortue change peu à peu de symbole. Les hommes ne croient plus à la puissance du ciel et se considèrent capables d'expliquer tous les phénomènes de la nature. La tortue se retrouve ainsi peu à peu reléguée au rang de vieille tradition empirique, symbole de la naïveté des ancêtres, de l'ignorance et de la peur irraisonnée du monde.

Alors ce merveilleux animal, autrefois vénéré comme un véritable intermédiaire entre le monde matériel et le monde spirituel, perd son importance dans notre civilisation moderne planétaire et se retrouve bien seul face à un Homme qui s'éloigne lentement de la nature qui l'a vu naître.

Article de Jacques Prestreau




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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 12 Mar 2011, 11:54


Jules Verne

« Le ciel est ma patrie et la contemplation des astres ma mission »
Anaxagore de Clazomènes.

Clochard marin, clochard céleste, un air de famille ?


Je vais répondre à cette question de manière détournée. Et si les philosophes présocratiques grecs avaient été des clochards marins ?
Des clochards illuminés allant de village en village, de port en port, non pas pour porter la bonne parole, mais pour déblatérer des inepties devant la foule qui les écoutait avec un mélange de mépris, de sérieux et de compassion.

Rétrospectivement, avec plusieurs siècles d'endoctrinement chrétien et scientifique, les clochards grecs nous semblent avoir été des hommes respectables. N'excellaient-ils pas en effet dans les arts intellectuels ? Ne furent-ils pas parmi les premiers à utiliser l'écriture pour propager leur philosophie ? N'ont-ils pas joué le rôle de conseiller du prince ? N'ont-ils pas pratiqué le commerce ?

Peut-être. Mais c'est bien là un signe de la décadence de notre civilisation, que nous ne soyons même plus capables d'imaginer que les arts politiques et intellectuels, le commerce et l'écriture, n'ont peut-être pas toujours été aussi prestigieux qu'aujourd'hui.
Qui nous dit que chez les grecs antiques, il ne s'agissait pas d'activités de second rang, méprisables, douteuses, fantaisistes ? Peut-être les grecs affectionnaient-ils en priorité les arts de la guerre, de la table, le sexe, la navigation et la plaisanterie ? Plus j'y pense, plus je me dis que oui, finalement les tous premiers philosophes grecs ont très certainement été des clochards marins.

Soit, mais si c'est le cas, pourquoi les a-t-on écoutés ?
Eh bien pour deux raisons. Tout d'abord parce qu'au fil du temps, à force de se faire chasser des ports ou des villes qu'ils traversaient, ils finirent par gagner leur lettre de noblesse et par se sédentariser.

Quand les citoyens en eurent assez de les chasser, ils leur offrirent un statut. Et ils finirent même par les prendre au sérieux. Ensuite, parce que si dans notre civilisation du vide, la parole sacrée est monopolisée par les religieux, les politiciens de métiers et les scientifiques, ne doutons pas qu'il n'en a pas toujours été ainsi.

Dans les démocraties marines, la parole était entre les mains des citoyens. Elle pouvait être accaparée par le premier venu. C'est pourquoi, chez les grecs, on devait écouter tout autant les branks et les clochards marins que les honnêtes hommes. Celui qui prenait la parole, qui parvenait à s'imposer devant une foule, triomphait, quelque soit son statut, et voilà tout.

Ceci jusqu'au jour où avec Socrate, le clochard marin décide de renoncer à la sagesse. Il se transforme en militant, il veut imposer son dogme. Il veut abandonner son statut précaire. Fini le rôle de clochard perdu, qui erre de port en port.
Le nomadisme des présocratiques, les délires mystiques prennent fin. Au départ, il entreprend de vendre ses idées dans des conférences privées ou en enseignant. Puis place, avec Platon et Socrate, à la parole figée, au conservatisme, au royaume des certitudes. Le philosophe se transforme en expert, il veut devenir celui qui gère la cité. C'est décidé, le philosophe enseignera la vérité. Envers et contre ceux qui n'y croient pas. Fini le temps des jets de pierres et des bannissements, le clochard s'embourgeoise. Il faut bien vivre...

Donc, finalement, pendant que nous entassons nos clochards dans des squats, des foyers, que nous les méprisons, que nous les stigmatisons, nous sommes peut-être en train de nous fermer à une parole sacrée. À la parole du changement. Et croyant les enfermer, c'est nous-mêmes que nous enfermons. Car les sages des temps modernes, ce sont bien les clochards. Qui, hormis un clochard, peut se targuer d'être réellement détaché des ambitions matérielles ? Sûrement pas un intellectuel parisien, assurément.

Notre société vit donc dans ce perpétuel mouvement de balancier.

Tantôt nous penchons du côté du clochard céleste, du nomade, du monde de l'esprit, du relativisme, tantôt nous nous rabaissons au matérialisme, à l'académisme, au sédentarisme et au rationalisme. Nous passons alors du stade civilisé, celui du clochard céleste, au stade du primitif, celui de l'homme moyen contemporain. Comment ne pas voir, en effet, que nous sommes devenus des primitifs ?

Nous nous ruinons, nous nous battons et nous détruisons notre environnement pour produire des choses qui ne servent à rien; nous partons à la cueillette remplir nos caddies; nous croyons fermement à des mythes scientifiques complètement loufoques; nous sommes tellement enfermés dans des rites, des codes, des habitudes que nous ne sommes même plus capables de les percevoir, etc. En plus, si l'on en croit Pierre Clastres, nous sommes bien plus soumis à nos chefs que dans les sociétés tribales. Si bien qu'en fin de compte, en termes de liberté individuelle, nous avons régressé...

Le clochard céleste refuse tout simplement cette civilisation du vide pour se réinventer son propre monde. Il est celui qui vit des étoiles. C'est-à-dire de rien. C'est un voyageur du vent, en perpétuel mouvement.
Les étoiles sont son guide. Il dort dans les gares désaffectées, dans les champs, dans les squats, dans les décharges. Le clochard marin, lui aussi, se fie au vent et aux étoiles pour guider sa route. Il vit de peu de choses, de pêche, de petits boulots, de voyages, de littérature, de musique et de squats. Sa vie est rythmée par son propre mouvement et le mouvement des éléments. Lui aussi refuse ce monde sans vie, sans poésie, sans espoir.

Le clochard marin élabore des théories sur le monde, des théories profondes qui naissent de sa propre subjectivité. Il reconnaît que chaque être humain, en tant qu'être en mouvement, est porteur d'une vision unique, d'une sensibilité propre. Il apprend au contact des hommes et des femmes, de la nature et des cultures, le respect des différences et la profondeur de la pensée d'autrui qui va bien au delà des clivages sociaux. Et il prend ainsi conscience de la vanité de l'apparence sociale.

Clochard marin et clochard céleste vivent tous deux dans des lieux à la fois communs et marginaux. Leur monde a beau être celui des sédentaires, il n'en est pas moins complètement différent. Ils sont tous deux les habitants d'un monde à part, d'un monde où le vent et les étoiles sont leurs seuls et uniques maîtres.
Tous deux ont choisi ce mode de vie, même si ce fut plus ou moins contraint. Ils l'ont choisi car ils reconnaissent dans ce mode de vie un mode de vie unique, où le monde se teinte d'une coloration différente, où les êtres humains deviennent leurs compagnons de route et non plus leurs ennemis, leurs concurrents, leurs maîtres ou leurs valets.

Clochards marins et clochards célestes sont dans un état d'émerveillement chronique. Non pas que leur vie soit forcément belle et heureuse. Elle peut être décadente et harassante. Mais parce qu'ils découvrent sans arrêt un monde neuf. Parce que leur vie est tout entière tendue vers cet ailleurs qu'ils vont bientôt découvrir, vers ce monde qu'ils vont enchanter ou désenchanter avec leur propre regard.


http://underwatersculpture.com/index.asp

:aa:
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 12 Mar 2011, 13:36

Merci Douceur,

En lien avec ton message,

http://voilepourave.over-blog.com/article-5217970.html


Le nomadisme marin

De nos jours, c'est un fait, la voile renvoie une image franchement sérieuse. Faire de la voile, c'est faire partie d'une classe aisée, c'est se la jouer, faire de la compète, épater la galerie. J'aimerais montrer ici qu'on peut en fait faire de la voile de manière totalement différente. Que la voile est par essence un truc de hippies, de beatniks, de gitans des mers et que là est sa vraie vocation.

Le nomadisme marin a une longue histoire. Rien de surprenant. Etre nomade a longtemps été le propre de l'homme (sur ce sujet, voir Jacques Attali, l'homme nomade). En plus, le nomadisme convient parfaitement aux besoins de l'être humain. Par exemple, selon Marshall Sahlins, un anthropologue, la pénurie et la pauvreté sont des inventions modernes, propres aux civilisations sédentaires. Là où on croit avoir fait un bond en avant avec notre soi-disant civilisation du progrès - je dirais plutôt, civilisation du sous-développement chronique - on s'aperçoit que nos conditions de vie ont en fait empiré.

Commençons donc par le commencement. Le nomadisme n'est pas une tare, c'est un mode de vie hautement civilisé. Nettement plus que cette civilisation du vide où l'on part en vacances comme des moutons sans que cela n'ait aucune signification, ou de cette civilisation où on travaille, on lutte, on se bat pour une compétition qui n'a strictement aucun sens. Ou encore, de cette civilisation où on croit dans des mythes politiques, scientifiques ou autres, qui sont tout aussi creux que les mythes de ceux qu'on a appelé des primitifs. Eux avaient leurs totems, leurs rites, nous avons les nôtres. En nous ruant dans des concerts, dans des amphithéâtres d'université, en affirmant fièrement nos goûts pour telle ou telle musique, telle ou telle oeuvre d'art (des nouveaux totems ?), en croyant dans la science moderne, en s'imaginant que ces simulacres de procès ont un sens et veulent dire quelque chose, en idôlatrant Jimi Hendrix, Ségolène Royal ou nos profs de fac, en nous offrant des cadeaux à noël, en nous ruant dans les grandes surfaces, nous sommes des mystiques, des superstitieux et des primitifs. Point, nous n'avons jamais dépassé ce stade.

Prenons donc cette idée comme point de départ. La civilisation nomade vaut largement notre civilisation pseudo-moderne. Nous sommes au pire des sous-modernes.

Partant de ce constat, le nomadisme marin, la voile pourave est une solution d'avenir. C'est une manière de reconsidérer l'existence. Le nomadisme marin est un nomadisme qui libère quelque chose de profondément ancré dans nos fibres. Nous avons besoin de bouger. La signification de nos existences ne se découvre que dans le mouvement. En étant statique, notre représentation du monde s'étiole, nous nous soumettons à l'apparence de l'inéluctable. Nous devenons conservateurs.

Le nomadisme est donc un art de vivre, une force de changement et une direction de vie. En devenant nomade, on trouve sa propre signification à ses actes, en dehors de l'apparence sociale qui nous conditionne. Or, le bateau est le meilleur moyen d'être nomade. Eventuellement, c'est un moyen de transport économe. On rencontre des tas de gens sympas. On peut trimbaler pas mal d'affaires (livres, culture, portables, vélos, etc.). On peut bosser à droite à gauche. On peut donc vivre comme un nomade, sans trop polluer, sans trop galérer, sans déranger...

L'idéal, de nos jours, et l'idée me plaît bien, serait que des nomades des mers s'agglutinent entre eux pour former de véritables sociétés fondées sur la libre association. Ils formeraient des sortes de groupes autonomes, transnationaux, où l'autonomie individuelle serait la règle d'or. L'exclusion, au sein de ces groupes, serait interdite par un code moral, et l'association entre des individus ou des équipages indépendants serait le principe de régulation fondamental.

Ces groupes nomades seraient des sortes de regroupement de beatniks modernes qui répandraient aux quatre coins du monde ce vent de liberté dont on a bien besoin aujourd'hui... Les nomades marins joueraient de la musique dans les villes, vivraient de pêche, de littérature, de travaux sur Internet ou de diverses ventes. Ce ne seraient pas des commerçants, appâtés par le gain, mais les citoyens d'une république de marins qui auraient pris la décision de vivre différemment, de faire passer des valeurs comme la liberté, la solidarité et l'autonomie, au dessus des valeurs occidentales de base qui nous pourrissent la vie. Par leur simple exemple, les nomades marins produiraient un déclic dans la vie de tous ces occidentaux désoeuvrés qui s'affairent avec sérieux et acharnement à reproduire un système franchement décadent.

Bien sûr, ce n'est pas une utopie que je décris ici, c'est le monde de demain. Vous verrez, on y viendra. Si un vent de liberté doit souffler sur nos continents, il soufflera par nos côtes, comme ça s'est toujours fait.

VIVA LA VOILE POURAVE

Sur le sujet.

- Nomade marin sur le Forum Hisse et Ho
- Indonésie: Le mystère du peuple Badjos
- Un article sur le peuple Badjo.
- Tom Vater, Au large de la Thaïlande • Les Moken, nomades des mers, Courrier international no774, 01/09/2005, p.36-37
- Ivanoff, Jacques ; Reynard, Nicolas, Les nomades des mers, National Geographic France no 68, 01/05/2005, 2-21
- Les nomades des mers en thaïlande.
- The moken, Sea-gypsies
- Sea gypsies, sur Wikipédia.
- Les nomades des flots.
- Les Vezos.

http://voilepourave.over-blog.com/article-5094827.html
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 12 Mar 2011, 13:54

L'anarchiste marin

Pour l'anarchiste marin, la mer, l'océan, sont les éléments indissociables de son esprit et de sa vie d'anarchiste. C'est pour lui l'un des seuls espace de liberté authentique, où il peut mettre en pratique sa révolte individuelle contre les hiérarchies, le marché, l'autorité, le conformisme et les Etats. Sur mer, il peut cracher sur les drapeaux en toute tranquilité, et ce ne sont d'ailleurs pas les drapeaux qui manquent !

L'anarchiste marin est à mi-chemin entre la fiction et le réel.

Fiction.

Corto-Maltesse. L'anarchiste marin par excellence. Individualiste et idéaliste, il adhère à sa propre éthique. C'est un gentilhomme de fortune qui parcourt les mers sans se soucier des Etats et des hiérarchies. Il est autonome et indépendant.

Le capitaine Némo est autre anarchiste marin emblématique. En révolte perpétuelle contre la société oppressive de son siècle, il a détourné la technologie, qu'il maîtrise parfaitement, à des fins plutôt cools. Le Nautilus, refuge des proscrits, est le navire-symbole du contre-pouvoir. L'emblème de l'outil convivial qui est réapproprié par l'individu et sert à lutter contre le joug de la société industrielle. Et comme il le dit,


La mer est tout. Son haleine est pure et saine. Là, l'homme n'est jamais seul car il sent de tous côtés l'animation de la vie. La mer n'appartient pas aux despotes. A sa surface, les hommes peuvent encore faire des lois injustes, se battre, se mettre en pièces, faire des guerres aussi horribles que sur terre. Mais neuf mètres plus bas, leur règne cess, leur influence se tarit et leur puissance est anéantie. Ah Monsieur, vivez - vivez au sein des mers. Là seulement, je ne me reconnais aucun maître. Là, je suis libre !


Allez, je change de créneau. Dans le film Waterworld, un des meilleurs films de série Z tourné avec un budget pharaonique, Kevin Costner est le symbole de l'anarchiste individualiste philanthrope - un peu niais aussi -, qui erre sur la mer, et lutte contre l'oppression des anarcho-capitalistes marins ! Interprétation un peu rapide, mais pourtant rigoureusement exacte.

Dans la Baleine des Sables, de Bruce Sterling, c'est un peu la même ambiance, mais dans le trip cyber-punk à la Mad Max. L'intrigue se passe dans un milieu de punks anars qui évoluent sur une planète recouverte d'un océan de sable.

Dans le même genre, les Fremens de Dune sont une métaphore de l'anarchiste marin. Léo Atrédides, noble de naissance, finit par rejoinde le combat d'un peuple contre les opresseurs impérialistes (les Harkonnen), spirituels (les sorcières Benne Gesserit) et marchands (la guilde spatiale). En s'alliant harmonieusement avec la mer de sable, dans un trip écolo bien digne des années 70, il arrive à combattre ces forces du mal et de l'oppression capitaliste, étatique et intellectuelle.

Toujours dans le rayon SF, il y a aussi les navigateurs de l'espace. À ce niveau, la palme d'or de l'anarchiste marin de l'espace revient incontestablement au Vagabond des Limbes. Merveilleux Vagabond des Limbes. C'est un individualiste forcené, un anarchiste errant qui a rompu avec le pouvoir impérial et vit désormais comme un rénégat. Sur son vaisseau d'argent, il parcourt l'univers, d'aventure en aventures, de cloaque en cloaque, et reste fidèle à son éthique individuelle anarchiste. Axle Munshine est un rebelle profond, animé d'une éthique anarchiste indiscutable, il vit en grande partie en auto-subsistance et en autarcie sur son Vaisseau d'Argent, grâce au Leg de son père. Notez-bien, il ne force jamais Musky à le suivre. C'est elle qui le suit si elle en a envie ! Le vagabond des Limbes, c'est aussi le rebelle par héritage. C'est Korian Munshine, le père d'Axle Munshine, qui, en coulisse - d'un lieu inconnu -, le pousse à libérer la Galaxie du joug de la Guilde.

Un autre anarchiste marin de l'espace est Riddick, authentique anarchiste individualiste, qui lutte contre l'empire des nécromanciers. Rien que ça. Riddick, c'est un peu le gars qu'on peut pas contrôler. Il ne décidera de vous aider que s'il en a envie...

Thorgal enfin, anarchiste marin, bien qu'il ne soit pas un marin à plein temps. Le rêve de Thorgal, c'est d'aller se paumer sur une île déserte de Scandinavie, pour couler des jours heureux avec sa gonzesse Aaricia, loin de la folie des hommes. Mais c'est pas facile, car partout les hommes ne rêvent que de pouvoir et d'argent, et sont prêts à tout pour y arriver !


Bon. Mais l'anarchiste marin, c'est aussi du concret. J'irais même plus loin, l'anarchisme marin a accompagné le développement de la navigation. Et l'anarchisme, le vrai, pas celui des puritains gauchistes comme Joseph Proudhon, est né sur les mers, loin de la hiérarchie et des Etats sédentaires.

Il y a d'abord eu les pirates. Les pirates furent bien les premiers anarchistes marins. De même que les premiers zonards des mers et les populations côtières. Rétifs à la hiérarchie, les pirates élisaient leurs chefs et se foutaient bien de la société opressive de leur époque.

Et puis, il y a eu les voyageurs des mers chaudes, qui ont fait souffler par leurs rapports de voyage, un vent de rébellion sur l'Europe entière.

Par la suite, Pierre Loti incarna bien l'aventurier des mers. Pierre Loti, le premier hippie...

Et puis, il y a les clochards marins.

Ensuite, on a eu les plaisanciers rebelles. Alain Gerbault, d'une certaine manière, fut un anarchiste marin.

Et, on trouve des anarchistes marins un peu partout dans les ports de nos jours. Il suffit de savoir les écouter.


Alors, quel avenir pour l'anarchiste marin ? Survivra-t-il aux GPS, aux radars, aux satellites et à tous ces bidules sophistiqués qui renforcent le contrôle des bateaux sur la mer. À mon avis, c'est clair. Le dernier refuge aux totalitarismes, ce sera la mer. Parce que la plupart des autres courants anarchistes ont un terrain de lutte éphémère. Les anarcho-capitalistes ont besoin du marché. Les anarchistes syndicalistes ont besoin de leurs usines. Les anarchiste verts ont besoin des ruines de la société industrielle. L'anarchiste marin lui, n'a besoin que d'une chose : un bout de mer et un truc qui flotte ! Après ça, l'anarchiste marin n'est ni riche ni pauvre. Il survit comme il peut. Et finalement plutôt pas mal... Pas besoin de courber l'échine pour labourer la terre, un peu de pêche, quelques larcins, quelques plantes de bord de mer, une bonne dose de sel, et c'est parti ! Et puis, comme il n'appartient à aucune nation, comme il a la mer comme patrie, l'anarchiste marin n'a pas fini de faire ses révolutions. Les Etats peuvent bien s'écrouler, les empires s'effondrer, rien à dire, l'anarchiste marin a encore de beaux jours devant lui !

http://voilepourave.over-blog.com/article-18087369.html



"En souvenir de Jeanne et Roger"







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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Sam 12 Mar 2011, 14:16

POUR UNE ESQUISSE DU NOMADE

http://lasallepolyvalente.free.fr/punks/index.php?post/Naviguer-a-vue-ou-une-esquisse-du-nomade


Pour approfondir encore la notion de nomadisme, je voudrais partager avec vous quelques écrits d’un autre écrivain, Kenneth White, auteur de l’essai L’Esprit nomade. Chantre du nomadisme intellectuel, ses réflexions aident à esquisser une définition du nomade

Errance, dérive, esprit nomade, ces mots sont pour moi trois mots clés et il y a là presque un progrès, il y a presque un mouvement en avant. L’errance d’abord, l’errance c'est-à-dire le simple plaisir de sortir, de humer le vent, de flairer les choses, de suivre des pistes, des sentiers. Je crois que dans chacun et chacune de nous, il y a ce besoin fondamental… s’ouvrir au monde, évoluer dans l’ouvert, ça c’est l’errance, l’errance au sens premier, au sens très frais du terme. Dérive, c’est déjà un peu plus complexe. Dérive, c’est dé-river, c’est quitter des rives. C’est quitter peut-être une certaine société, quitter certaines idéologies, c’est quitter, dans mon vocabulaire, certaines façons de penser, c’est quitter peut-être une civilisation, un état des civilisations, pour essayer d’aborder d’autres rives à travers un grand espace. (…) Autant dans un premier temps c’était la flânerie (…) à laquelle il faut toujours revenir. Avec dérive, on est déjà dans un espace plus exigeant, plus chercheur, on dérive pour aller quelque part, pour trouver autre chose. Avec l’esprit nomade, on est dans toute une cartographie. C’est là où j’ai commencé à écrire mes essais, c'est-à-dire des tentatives de pensée. Essayer de penser. Le nomade intellectuel essaye de suivre des pistes et essaye d’ouvrir un nouvel espace de culture, de vie, de pensée…

Continuons avec cet extrait de la Préface de L’Esprit nomade :

Le nomade qui est en chacun de nous comme une nostalgie, comme une potentialité, n’a pas la notion d’identité personnelle, la « conscience de soi » lui est étrangère. Ne disant ni « je pense », ni « je suis », il se met en mouvement et, en chemin, il fait mieux que « penser », au sens pondéreux du mot, il énonce, il articule un espace-temps aux focalisations multiples qui est comme une ébauche du monde.
Le mouvement nomade ne suit pas une logique droite, avec un début, un milieu et une fin. Tout, ici, est milieu. Le nomade ne va pas quelque part, surtout en droite ligne, il évolue dans un espace et il revient souvent sur les mêmes pistes, les éclairant peut-être, s’il est nomade intellectuel, de nouvelles lumières[1].

Enfin, terminons avec cette esquisse du nomade, telle que Kenneth White la cite :

C’est en termes d’existence et d’essence que le sociologue Jean Duvignaud aborde le nomadisme, dans la Préface écrite pour un numéro de Cause Commune, « Nomades et Vagabonds » « L’homme des civilisations n’est point adéquat à son essence – et il le sait. Vivre jusqu’au bout, c’est dépasser les frontières, c’est pénétrer dans le voyage comme dans une matrice. Une matrice qui nous donnera cette complétude promise et que les sociétés inscrites dans la durée ne promettent qu’après la mort »[2]
A l’univers concentrationnaire des civilisations, Duvignaud oppose l’univers véhiculaire, à l’inscription dans le temps et dans l’histoire, le parcours dans l’étendue, à la pensée « embourgeoisée », une pensée errante, aberrante, anomique. La plupart des idées que nous croyons universelles ont germé dans le fumier de la ville : la philosophie, la politique, le théâtre, l’histoire – mais dans le mouvement brownien des nomades peut se lire autre chose : une manière multiple d’être que ne peuvent saisir nos concepts.
Le portrait du nomade tel que le présente Jean Duvignaud se fait de trois points de vue : 1. Psychique. Ne s’installant pas dans la durée, sans passé, sans avenir, le nomade ne connaît ni l’attente, ni la stagnation. Le désir chez lui est pur (non refoulé, non sublimé), et vise droit comme une flèche sa réalisation. Absence aussi d’idéologie – une fluidité de l’esprit.
2. Socio-économique. Le nomade ne construit pas d’Etat, et ne connaît pas le concept de nation. Pas d’économie de marché non plus, mais une économie de potlach : valeurs d’usage et translation rapide des choses, en dehors du cercle vicié de la production et de la consommation.
3. Intellectuel-artistique. Intellectuellement nihiliste par rapport à des concepts figés, le nomade, artistiquement, « irréalise » les objets. Son langage artistique est un langage de formes pures (spirales, labyrinthes, lacis), à l’encontre de l’ordre romano-chrétien et de l’image de l’homme qu’il implique.
Duvignaud serait sans doute le premier à reconnaître que le portrait reste fragmentaire et « non scientifique ». C’est que, dans l’absence de concepts adéquats, il préfère s’abstenir de toute tentative d’« explication » codifiée et de discours totalisant. Il présente une « esquisse » et suggère que le nomade est celui qui sera toujours en dehors des codes, réfractaire à tout discours de clôture. (…)
Les nomades n’ont pas d’histoire, ils n’ont qu’une géographie, et cette géographie, qui a lieu dans l’« espace lisse » des steppes, s’écrit au moyen d’une « ligne de fuite créatrice » caractérisée par la rapidité, une rapidité « hors la loi », mais dans le flux, hors de l’emprise de la « machine rationnelle administrative », suivant des courants d’énergie[3].
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MessageSujet: ESPRIT NOMADE : Kenneth White..............................   Sam 12 Mar 2011, 18:29

Kenneth White
Dernières nouvelles des mondes flottants

Méditation sur la crise du monde moderne, par un grand veilleur lucide, qui se place radicalement en marge des modes et des spéculations. Poète et bourlingueur, écrivain, essayiste, animateur de la revue Cahiers de géopoétique, l’Écossais Kenneth White a choisi la France depuis longtemps, enraciné en Bretagne, tout en laissant ses pas le porter dans le monde entier, en une quête toute intérieure du sens... Son œuvre immense et multiple, écrite à la fois en anglais (poèmes, récits) et en français (essais) lui vaut d’être considéré dans le monde comme l’un des plus grands auteurs contemporains.

Voyager en compagnie de Kenneth White est un plaisir extrême. On ne peut pas rêver meilleur guide, érudit et plein d’humour. Ce vagabond intellectuel parle avec un naturel incroyable. Rien ne pèse et ne pose dans son style invisible.

Nouvelles Clés : L’Occident arrive à la fin d’un mythe de civilisation, au bout de son « chemin du faire » de la technique, comme vous l’écrivez. Comment voyez-vous la sortie de cette ère ?

Kenneth White : Ce qui prend fin, c’est le mythe du Progrès, avec P majuscule.

Tout le XIXè siècle a vécu de ce mythe, ainsi qu’une grande partie du XXè. Plus personne n’y croit. D’où un désarroi général, dont les manifestations vont du punkisme aveugle au retour des mythes et des religions en passant par le bofisme (c’est le « bof » élevé au niveau d’une philosophie de vie) confortablement cynique. J’ai commencé à penser et à écrire en me référant à des gens qui avaient vu cela venir. Par exemple, Nietzsche et Rimbaud. Or, le dernier mot de Nietzsche fut : « Restez fidèles à la terre », et Rimbaud déclarait dans un poème : « Si j’ai du goût, ce n’est guère que pour la terre et les pierres ». Voilà les débuts de la géopoétique. Quant à la technique, nous voyons aujourd’hui la fin de la paléotechnique (celle de la révolution industrielle) et les débuts de la néotechnique, celle de l’informatique, des réseaux d’informatique et de communication. Il s’agit maintenant d’avoir quelque chose de nouveau à communiquer. Pour le moment, nous avons des machines extraordinaires, et le contenu avoisine le nul. Avec cela (encore une fois, sauf exception), les « agents de communication », les intermédiaires, constituent de plus en plus une classe à part, la médiocratie, qui ont tendance à tout réduire au plus grand dénominateur commun. Ils finissent par empêcher un vrai contact entre les oeuvres qui ont vraiment quelque chose à dire et les individus qui cherchent. Dans un premier temps, il faut que les individus dépassent, contournent cette médiocratie.

À ce moment-là, avec de vraies oeuvres en circulation, on sortira du XXè siècle. On pourra reparler vraiment de culture. Avec une vraie culture, et avec des perspectives dans le temps, beaucoup de problèmes sociaux et politiques trouveraient plus rapidement leur solution.

N. C. : Vous faites une analogie entre l’Occident actuel et la fin de l’Empire romain. Qu’évoque pour vous le mot de barbarie ?

K. W. : La fin de l’Empire romain était marquée par une suite quasi ininterrompue de « cirques » (le fameux panem et circenses). Il y en a beaucoup aujourd’hui, depuis les variétés télévisées et le sport jusqu’aux Disneylands, en passant par bien d’autres sortes de manifestations criardes et creuses. Il y a là une certaine barbarie - « la barbarie des civilisations » dont parlait André Breton. Seule différence aujourd’hui : une sentimentalité dégoulinante. Mais le mot « barbare » peut avoir plusieurs sens, tout dépend du contexte. À l’origine, il désignait tout ce qui n’était pas grec, tous ceux qui, ne parlant pas grec, balbutiaient, baragouinaient. Mais il y avait des Grecs pour se moquer de cette ethnocentrisme grec et pour dire que chez les Barbares tout n’était pas à rejeter. J’utilise parfois le mot « barbare » dans un sens positif pour désigner un langage qui se situe en dehors des codes et des conventions. Vis-à-vis de certains intellectuels sur-sophistiqués, je passe volontiers pour un barbare. Un barbare lettré ! Dans cette langue « barbare » (du point de vue des anciens Grecs) qu’est le chinois, un intellectuel, ce n’est pas un personnage qui fréquente les salons et les tribunes publics, qui s’engage à la va-vite et n’importe comment, c’est « un homme du vent et de l’éclair », c’est-à-dire qui vit dans un champ d’énergie, qui essaie d’approfondir son expérience et d’élargir ses références, ses perspectives, afin d’ouvrir, socialement, un espace culturel plus vif, plus éclairant, plus inspirant.

N. C. : Les grands mouvements migratoires, les déplacements de populations, la remontée du Sud vers le Nord, le phénomène « boat people » marquent-ils selon vous le retour d’une forme de nomadisme ?

K. W. : Vous parlez là de phénomènes dramatiques dictés par notre état de société, notre état de civilisation de fugitifs et de réfugiés, d’exil forcé, de main d’œuvre déplacée par des conjonctures économiques. Le résultat, sauf exception, ne peut-être que frustration, nostalgie, recherche d’identité, passéisme sentimental - toute une suite de phénomènes négatifs.

Le nomadisme, par contre, est dicté par la migration saisonnière des animaux, le besoin de pâturages. Cela s’inscrit dans un tout autre espace, un tout autre temps. Quant au « nomadisme intellectuel » dont je parle, c’est encore autre chose. Cela commence par une double prise de conscience. D’abord, du fait que les cultures s’épuisent, perdent leur force, et qu’il faut revenir à un état de choses antérieur et plus mouvant pour se ressourcer. Quand la culture médiévale est à bout de souffle, à force de théologie trop structurée et de ratiocinations filandreuses, on revient à la pensée grecque, et bientôt d’autres cultures, l’amérindienne par exemple, font irruption dans l’espace intellectuel nouveau, dont seuls, au début, quelques individus (Montaigne, par exemple) savent capter les signes. La deuxième prise de conscience, c’est que toutes les cultures sont partielles, que chacune insiste sur un ou deux aspects de la potentialité humaine, en négligeant les autres, et que pour arriver à une notion de culture un tant soit peu complète, on a intérêt à « nomadiser » d’une culture à l’autre à travers le monde. Ça, c’est un phénomène tout à fait nouveau. Car c’est aujourd’hui seulement, en cette fin du XXè siècle, que toutes les cultures du monde, ou presque, sont à la disposition de qui veut bien se donner la peine de chercher. Il y a là un énorme champ d’investigation, qui demande, pour être utilisé, une puissance de synthèse...

N. C. : Le gigantisme des mégapoles, avec leur brouillage des signes, leur communication intense, leur prolifération humaine (Calcutta, Shanghai, le Caire), ne s’oppose-t-il pas à une pensée sauvage telle que vous la voyez à travers la géopoétique ?

K. W. : La « pensée sauvage » n’est pas un terme de moi, il est de Lévi-Strauss, dont j’admire l’œuvre. La « pensée sauvage » est un antidote ethnologique à un état de sur-civilisation, de sur-sophistication.

Mais, pour la géopoétique, l’ethnopoétique n’est qu’un stade intermédiaire. La géopoétique n’imite pas le sauvage, elle intègre certains éléments du sauvage. Quant aux mégapoles, voilà en effet le stade final d’une certaine forme de civilisation. Sans entrer dans de grands développements, ce n’est un secret pour personne que les villes deviennent de plus en plus invivables. Trop de congestions, trop de bruits, manque d’oxygène - on devient incapable de penser vraiment, on se meut entre l’enfermement et l’agitation : les exemples foisonnent. Or, avec de nouvelles techniques, les villes deviendront à la longue moins nécessaires.

On peut très bien imaginer une autre habitation de l’espace, un autre sens des lieux.

Un habitat moins congestionné, moins peuplé, qui évite les agglomérations asphyxiantes et violentes. Il ne s’agit pas d’être « contre les villes », il s’agit d’œuvrer pour la cité-culture et contre la cité-cancer. Quant aux cités-cancers qui existent, et qui ne vont pas disparaître du jour au lendemain, au contraire, tout ce que l’on peut faire, c’est apporter des ménagements dans l’immédiat et commencer à envisager la grande mutation nécessaire.

N. C. : Le « Tibet mental » que vous évoquez peut-il avoir une prise dans la mondialisation des réseaux ? Le mouvement nomade de la pensée par une sortie physique de la vidéosphère en est-il la voie ?

K. W. : Chacun a besoin d’un « Tibet mental » - un peu de silence, un peu de distance ; c’est là bien sûr une métaphore. Dans cet « autre lieu », loin de la vidéosphère, loin de la nullité qui s’y étale de plus en plus, on peut commencer à se rendre compte de ses vrais besoins, physiques et mentaux. S’il y avait une défection croissante vis-à-vis des bêtises de la-dite vidéosphère, celle-ci serait obligée de véhiculer autre chose. Ce serait un petit début.

N. C. : Vous écrivez : « Je suis au monde j’écoute, je regarde ; je ne suis pas une identité, je suis un jeu d ’énergies, un réseau de facultés. » N’est-ce pas l’énergie qui fait défaut ici ?

Et donc la capacité de déflagration qui, aujourd’hui, paraît être du côté du tiers monde ?

K. W. : Ce n’est ni une déflagration ni une conflagration qu’il nous faut, mais un peu de lumière, d’intelligence sensible, de clarté et de cohérence. Cette lumière ne viendra ni du tiers-monde, ni du quart-monde, ni de je ne sais quel cinquième-monde. Elle vient d’esprits éparpillés à travers la planète qui se sont donné le temps de penser le monde et qui ont élaboré des moyens pour l’exprimer.

La circulation de cette lumière est un travail de longue haleine. Comme disait Sade en sortant de la Bastille : « Encore un effort, citoyens. »

Mais à l’heure actuelle, l’effort consiste à abandonner révolutionnarisme et utopisme sans tomber dans la morosité et le marasme. Il s’agit d’évoluer dans un espace inédit. Les vieux slogans, les vieux discours ne marchent plus : poétique ringarde, politique rétrograde. On peut concevoir un autre theatrum mundi.

N. C. : À la suite de Claude Lévi-Strauss, vous parlez de l’emballement historique de nos sociétés. N’est-ce pas le rôle de l’art d’être le régulateur de l’histoire, et non pas un accélérateur propagandiste et publicitaire, détaché du cosmos ?

K. W. : Le rapport entre l’art et l’Histoire, c’est une grande question, qui m’intéresse plus que ce qu’on appelle l’histoire de l’art. Aujourd’hui, sauf exception, l’art ne sait plus où donner de la tête. Il nous faut manifestement un nouveau fondement.

Autre chose que le « retour à la nature » dont on entend parler ici et là, qui est souvent soit mièvre soit pervers, faute d’une conception vraiment approfondie des choses.

Dans les sociétés primitives, et moins primitives, l’histoire est lente, presque imperceptibles, et l’art exprime « l’autre monde », celui des démons, des dieux, des ancêtres, ou de l’idéal.

À partir de la modernité, l’art exprime la subjectivité, l’intériorité : émotions, fantasmes, conceptualisation. Selon l’idée géopoétique, l’art devrait exprimer le rapport à la terre sur laquelle nous essayons de vivre. Cet art géopoétique peut prendre des formes diverses et n’exclut pas, évidemment, les styles individuels. Ce qui est commun, c’est l’inspiration, la poétique générale. Sans espace commun de ce genre, pas de culture rien qu’une accumulation de bric-à-brac plus ou moins intéressant. Qui sait quel effet un tel art pourrait avoir sur le cours de l’histoire ? Surtout si cette histoire elle-même commence à changer de perspective.
À lire de Kenneth White :

- Le Rôdeur des confins, éd. Albin Michel
- Le Rocher du diamant, éd Acte Sud
- Lettres de Gourgounel, éd Grasset
- Le Passage extérieure, éd Mercure de France
- Paroles du Nouveau Monde, éd. Albin Michel.
- Les Cygnes sauvages, éd. Grasset.
- Les Rives du silence, poésie, Mercure de France.
- La Figure du dehors, Livre de Poche.
- La Route bleue, Livre de Poche.
Propos recueillis par Yan Ciret




http://www.cles.com/entretiens/article/dernieres-nouvelles-des-mondes



Suivre les hautes erres avec Kenneth White

http://www.larevuedesressources.org/IMG/article_PDF/article_a515.pdf





Dernière édition par pascalle le Dim 13 Mar 2011, 01:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Dim 13 Mar 2011, 01:57

"Extrait " Kenneth White et les religions asiatiques : un nietzschéen dans la bergerie

par Régis Poulet


Mais l’usage que White fait de ces religions, ou plutôt de ces courants de pensée, est rien moins que moutonnier : « Il ne s’agit pas d’imiter, ni de suivre » ceux qui « marchent sur la voie du vide », précise-t-il à l’égard de tous ceux qui se cherchent un maître, un gourou, un swami, « mais d’aller, le plus simplement, le plus ‘originalement’ possible, son chemin. » [23] A la différence du mouvement-vers-le-mouvement qui caractérise la modernité, ce mouvement n’est pas tension-vers mais ouverture-à, disponibilité : c’est tout le sens de l’esprit nomade dont le poète se réclame. Ce nomadisme intellectuel lui octroie la liberté de choisir ce qui lui convient dans les traditions auxquelles il emprunte : « J’aime à garder ensemble bouddhisme et taoïsme, écrit-il, la logique bouddhique empêchant le taoïsme de céder à la magie, et le taoïsme empêchant le bouddhisme de devenir trop orthodoxe » [24]. C’est une sorte de gai savoir qui l’a, reconnaît-il, « aidé à faire un nettoyage mental, à [se] débarrasser l’esprit de toutes sortes de lourdeurs - religieuses, métaphysiques, morales. »


http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article498
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Lun 14 Mar 2011, 16:11


Le Souffle du Sinaï


Il y a quelques années, Jean-Yves Leloup marchait dans le désert du Sinaï. Vingt personnes l'accompagnaient, attentives avec lui au Souffle et à la Parole qui montent depuis plus de trente siècles de ce haut lieu de silence et de révélation.
Certains enseignements donnés par Jean-Yves Leloup furent notés, ce sont autant d'invitations "aux déserts". Le pluriel indique ici non seulement la variété des paysages de l'Horeb mais aussi les "résonances" multiples qui peuvent exister entre les roches du Sinaï, le désert vécu des grands fondateurs, aimés ou haïs, de notre civilisation, et les sables mouvants de nos déserts intérieurs.
C'est aussi une invitation à voyager "autrement" où l'intelligence des lieux s'unit à l'intelligence du Livre pour provoquer l'intelligence du cœur.

Le désert d'Abraham
Avant Moïse et le Sinaï, il y eut Abraham, le premier à faire un pas hors de lui-même vers l'Inconnu, vers l'Autre qui l'appelait du plus loin de son silence. Alors, la terre prit des allures de chemin, et Abraham comprit que la vie est une longue marche dans le désert.
"Yhwh dit à Abrâm : va vers toi-même, quitte ton pays, ta parenté, la maison de ton père, va vers le lieu que je te montrerai." (Genèse 12/1)
Aller dans le désert, c'est d'abord "partir vers soi-même". C'est à cela que nous sommes invités. Pour se connaître véritablement soi-même, il s'agit de"quitter" un certain nombre de mémoires avec lesquelles nous confondons notre identité. Quitter le connu, le reconnu que nous croyons être, pour l'inconnu, le méconnu que nous sommes, Inutile ici de détailler les multiples attachements ou crispations, tous légitimes, à la maison, au père, à la mère, qui nous évitent le face à face avec notre néant. Philon d'Alexandrie dira que "quitter la maison de son père" c'est "quitter le langage", c'est-à-dire les références qui nous structurent. Lorsque la conscience n'a plus un mot, plus une image, plus un concept pour se dire, elle entre dans un espace infini que symbolise bien l'espace sans limite du désert.
Mais cette marche à travers le silence, vers l'infini et le sans limite de soi-même n'est pas démarche d'anéantissement; elle renoue avec ce que l'homme a d'Éternel, cet Éternel qu'il est lui-même et que lui voilent les occupations et les préoccupations du temps.
Pour Abraham, cet Éternel est un Autre, une Autreté qui le fonde. "Se connaître soi-même c'est se découvrir connu" dira plus tard l'Évangile de Thomas. Dans l'immensité et l'immobilité du désert, on sait qu'on ne se crée pas soi-même, on sait que le moindre de nos souffles vient d'ailleurs. Se connaître soi-même, c'est connaître le Vivant qui nous donne d'être ce que nous sommes et connaître que ce Vivant est toujours prêt à nous retirer, comme à nous offrir, le souffle de nos narines. Il y a des prétentions et des autosuffisances qui ne résistent pas à un vrai quart d'heure de méditation dans le désert.
Abraham et les patriarches aimaient s'asseoir à la tombée de la nuit, à même la terre nue, à même les étoiles, bénissant leur fatigue, souriant de leurs désirs dérisoires, il leur arrivait d'être là, terriblement là ! Au point de ne faire qu'un avec "celui qui est là, Présent" Ya-hou, Ô lui !
Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Présence ardente et Silencieuse, Présence de l'Être, Présence de l'Autre, qui nous efface et qui nous fonde.

Le premier désert de Moïse
On peut aller au désert pour se connaître soi-même ou pour rencontrer l'Autre qui nous fonde. On peut y aller aussi pour fuir, fuir le monde, fuir l'injustice. On peut y aller parce qu'une question nous ronge, nous ne connaîtrons pas le repos avant d'en avoir vécu la réponse.
La première fois que Moïse se rendit au désert, c'était pour fuir, fuir l'État totalitaire qu'il venait de découvrir et qui maintenait ses frères en esclavage. A la violence, il avait répondu par la violence en tuant un garde qui maltraitait un Hébreu sans défense... L'histoire de Moïse n'est pas sans rappeler celle d'un autre prince, élevé lui aussi à la cour, à l'abri de toutes souffrances et qui un jour découvrit la douleur et la mort : le Prince Shiddarta Gautama. Lui aussi après cette rencontre de la Souffrance partit au désert, avec cette question qui était la sienne, qui fut celle de Moïse et qui est toujours la nôtre.
Pourquoi la souffrance, pourquoi le mal, l'injustice ?
Que faut-il faire pour en sortir, pour être délivré de la souffrance, du mal de l'injustice ?
Ce que Moïse découvre au désert c'est qu'avant de se poser la question du mal, il faut se poser la question de l'existence. Avant de se demander pourquoi il y a de la souffrance dans le monde, il faut se demander pourquoi il y a un monde.
"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"
L'expérience de Moïse va rejoindre ici celle d'Abraham. Dans l'infini du désert, il va découvrir la vanité et la fragilité des univers.
Qu'est-ce que l'homme, qu'est-ce que le monde ? "Une goutte de rosée au bord d'un seau" dira plus tard le Prophète Isaïe.
Comme la goutte de rosée au soleil, en même temps que son moi, s'évanouissent les questions de Moïse. Il est devenu "le plus humble des hommes", il est redevenu humus, Adamah, c'est-à-dire terreux, glaiseux, terre nue sous le ciel vertical, il s'occupe de ses moutons, les oignons d'Égypte ne sont plus ses oignons.
Mais voici qu'au désert, s'il n'y a rien, il y a quand même des buissons, des buissons épineux.
Du fond de la vacuité naît un murmure qui pourrait bien être celui de la compassion. "Il y a quelque chose plutôt que rien."
Comment faire pour que ce quelque chose ne souffre plus ou souffre moins sous le soleil ? Question épineuse, ardente...

Le buisson épineux
Aller au bout d'une question fondamentale, essentielle, est une forme de traversée du désert. Moïse est allé au bout de la sienne, il en ressort brûlant mais non consumé. Une voix s'est fait entendre. Être n'est pas indifférent à la misère des hommes, le mal n'est pas fatalité, il est aiguillon pour que se manifestent les facultés co-créatrices de l'homme.
"Yhwh dit : j'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui réside en Égypte J'ai prêté l'oreille à laclameur que lui arrachent ses surveillants... maintenant va, je t'envoie auprès de Pharaon pour faire sortir d'Égypte mon peuple..," (Exode 3/7-10).
Mais, dans le désert, Moïse a oublié le langage, sa parole est devenue brève et hésitante.
Le désir d'ordonner et de conduire l'a quitté, la fréquentation de ses abîmes le porte davantage à l'effacement :
"Qui suis-je pour aller trouver Pharaon et pour faire sortir d'Égypte les enfants d'Israël." (Exode 3/11) Je ne sais point parler... Envoie qui tu veux !
"Qui suis-je ?" est une bonne question à se poser dans le désert.
La réponse, après quelques jours de soif, ne se fait jamais attendre : "Rien !"
"Je ne suis rien", Moïse a vécu plus d'une fois cette réponse, mais il découvre maintenant qu'au cœur de ce rien, un rien épineux, vit une force, une Présence, un "Je Suis avec Toi". Et c'est là un des grands cadeaux du désert, découvrir qu'on n'est jamais moins seul que lorsqu'on est seul, au-delà du moi, il y a un pur "Je Suis". Là où cèdent nos forces, se réveille une nouvelle énergie. Là où s'arrête notre compréhension, naît une autre Conscience.
Découvrir qu'il y a en soi plus grand que soi, plus aimant, plus intelligent que soi, c'est ce qui nous donne la grâce, comme à Moïse, de revenir vers la ville pour inviter ses amis au désert...
Mais Moïse était-il naïf ? Pensait-il que trois jours suffiraient au peuple pour faire l'expérience qui était la sienne ? C'est pourtant ce qu'il demandera au Pharaon : "Trois jours de marche dans le désert, pour y servir Dieu."
André Meher le rappelle : "Dans le projet primitif, le désert ne devrait être que cela, non pas un itinéraire mais le lieu d'un instant mystique. 1"
C'est vrai qu'il suffit d'un instant pour "lâcher prise", pour renoncer à ses illusions et découvrir "Celui qui est" quand nous ne sommes plus rien...
Un instant, trois jours, ne suffiront pas aux Hébreux. Ils devront errer quarante ans dans le désert. Quarante, beau chiffre pour symboliser les épreuves, la maturité, qui viendront peut-être à bout de nos identifications, de nos représentations, pour que nous puissions toucher enfin la pierre précieuse, la terre promise, l'Incréé qui veille au fond du coeur.

Le second désert de Moïse
Lors de son premier désert, Moïse était seul avec sa question, seul avec la Présence qui le tenait debout et éveillait en lui la compassion pour ses frères. Désormais, il marche avec tout un peuple, un peuple à la nuque raide, qui préfère la souffrance à la vacuité, l'esclavage aux grands espaces du désert, les oignons et les cailles à la manne insipide.
Il les emmenait au désert pour qu'ils se taisent et que dans le Silence ils entendent "une Parole qui compte". Et voilà qu'ils bavardent, ressassent leurs mauvais souvenirs, leurs mémoires de guerres...
Moïse avait rêvé d'un peuple qui n'aurait pas de roi, pas de chef, pas de pharaon. Seul "Celui qui est ce qui Est" serait leur maître. Mais voici que dans le désert comme ailleurs, à la tyrannie succède l'anarchie et Moïse est encore sous le feu d'une nouvelle interrogation : y aurait-il une loi, un ordre à donner à ce peuple, "un logos, pour que le chaos devienne cosmos" ? Des règles simples que chacun pourrait suivre et de cette adhésion de chacun à la loi naîtrait l'harmonie de tous ?
Entre l'anarchie et la tyrannie, n'y aurait-il pas une place pour la conscience ? Conscience individuelle et collective à la fois ? ... Moïse était-il un rêveur ? Toujours est-il que ce fut pour lui un nouveau désert, et le désir né d'un plus profond silence : une Parole pour tous. Il se refusait à jouir seul, "tous ou rien" disait-il à "Yhwh"... C'est ainsi que la Thora vint s'inscrire en éclairs dans la nuée obscure de son âme.
Mais plus tard, ces paroles d'Alliance, d'harmonisation du comportement humain au Principe qu'il manifeste, devinrent des paroles de pierre. Elles servirent alors à lapider plus qu'à délivrer. La loi qui délivrait de la tyrannie devint une nouvelle tyrannie plus subtile encore parce que s'introduisant dans le repli des subjectivités.
La joyeuse différence de ne pas se laisser conduire par des veaux devint la sourde culpabilité de ne pas être comme les autres.
Osera-t-on le dire, l'Enseignement transmis par Moïse, et que l'on pourrait résumer ainsi: "obéis et tu seras heureux", ne fonctionne plus aujourd'hui. "Tu dois", "il faut" sont des impératifs qu'on ne peut plus entendre. Trop de tyrannie et de totalitarisme en ont usé et abusé.
Certains diront la loi de Moïse caduque parce que remplacée par la loi du Christ qui est une loi d'amour: à "obéis et tu seras heureux" il faut préférer "Aime et fais ce que tu voudras" (Saint Augustin). Mais cette parole elle aussi est usée. Combien s'en sont servi pour justifier leurs égoïsmes, combien d'hypocrisie et de culpabilité engendrées par une telle parole. Comme si on pouvait aimer sur commande !
Le Désert du Sinaï aurait-il aujourd'hui une autre parole à nous donner, une loi, une ordination qui viendrait s'inscrire au-dedans de nous et dont la pratique rétablirait un moment un peu d'ordre dans l'individu puis, par voie de conséquence, dans la société ? Le mercredi, une parole simple, banale presque (chaque époque n'a-t-elle pas la parole qu'elle mérite ?), une parole à vérifier ou à incarner nous fut offerte : Sois conscient et fais ce que tu peux. Elle complète et intègre assez bien les deux paroles précédentes.
Obéir à la Loi sans conscience c'est renoncer à être libre et la pratique de l'Amour sans conscience n'est que ruine de l'âme. Être conscient - instant après instant - et faire ce que l'on peut (non pas ce que l'on veut). Il y a là une sorte de sain réalisme, propre à nous délivrer de nos schizophrénies et paranoïas contemporaines.
"Sois conscient et fais ce que tu peux" - cela n'est pas plus facile et pas moins exigeant que "obéis et tu seras heureux" ou "aime et fais ce que tu voudras". Les paroles entendues par Moïse dans le Souffle du Sinaï ne sont pas effacées, elles sont dites autrement. "Tu dois" est transformé en "Tu peux".
Si tu le veux, tu peux ne pas avoir d'autre Dieu que Dieu, n'être l'esclave d'aucune idée, idéologie, image ou illusion. Il n'y a pas d'autre Réalité que la Réalité. Tu peux préférer le Réel indestructible à la buée de tes songes.
- Tu peux honorer ton père et ta mère, ils ne sont pas la source de ta vie, mais la vie s'est donnée à toi par eux.
- Tu peux ne pas tuer, préférer le pardon au crime, être plus grand que ta colère ou ton honneur.
- Tu peux ne pas voler, prendre plus de plaisir à être honnête qu'à t'enrichir de façon injuste.
- Tu peux ne pas mentir, être joyeux et sans peur devant la vérité.
- Tu peux être libre de toutes convoitises, désirer ce que tu as, aimer ce que tu es.
- En un mot, tu es capable d'amour, tu es capable de conscience.
Il s'agirait maintenant de développer les moyens et les méthodes par lesquels peuvent s'exercer cette conscience mais le quotidien reste, dans le domaine de la conscience comme dans celui de l'amour, le plus grand exercice. Il n'y a pas un instant à perdre, chaque instant est l'occasion d'une nouvelle Alliance, chaque joie comme chaque épreuve, celle d'une plus grande conscience.

La fête au désert
Quand Moïse redescend de la montagne, il entend des cris et des danses, des bruits de fête en l'honneur d'un veau.
On peut comprendre sa colère ou son dépit, son envie de réduire en miettes les belles paroles qui viennent de s'inscrire dans sa chair. Que sont venus chercher ces hommes et ces femmes dans le désert ? Ni loi, ni amour, ni conscience, non, de la gaieté, de l'animation... du monde !
Un veau, c'est-à-dire du visible, du palpable, du mesurable.
Être dont parle Moïse n'est pas visible, n'est pas palpable, il est sans mesure, la joie pour lui c'est de sentir sa Présence "dans le Silence d'un souffle subtil" (cf. Elie). La fête pour lui, c'est de se tenir immobile sous le ciel étoilé. Une fête trop simple peut-être, une joie sans objet, joie pure qu'aucune absence ne peut ternir.
C'est cette joie que connaîtront plus tard les moines de Sainte-Catherine et des Kellia (cellules) entre Le Caire et Alexandrie.
Car si le désert n'est pas un jardin mais un creuset où notre buisson d'humanité passe par le feu pour s'éveiller à Être essentiel, s'il est le lieu des révoltes et des nostalgies, si on y regrette ses habitudes, si on y a peur de l'inconnu, s'il aiguise notre faim de connaissance et de tendresse... le désert est aussi un jardin, pour celui qui creuse dans l'instant, à chaque pas, son puits... Il connaîtra sur ses lèvres brûlées le goût toujours inattendu de l'Eau vive...



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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   Mar 15 Mar 2011, 14:33

GLOBE TROTTEUSE

Née sur un petit archipel idyllique de l'est du Canada, Anick-Marie entame des études de biophysique et de politique internationale mais ne les termine pas. Ses expériences de travail et de bénévolat en France, au Pérou et au Québec la poussent plutôt vers la militance environnementale et sociale.

Éco-consultante, animatrice en environnement et analyste en sécurité dans une institution scolaire, elle découvre le WWOOF et voyage constamment en auto-stop, au grand dam de son employeur qui lui offre ses frais de déplacement..


En 2007, elle repart en Europe pour quelques semaines, mais le billet de retour ne sera jamais utilisé. Elle devient alors bénévole pour le réseau d'hospitalité CouchSurfing, joignant leur équipe de sécurité et reprenant la direction de son équipe de traduction, coordonnant en quatre langues plus de 200 bénévoles issus de plus de vingt cultures différentes. Depuis la route, elle révise et rédige pour la maison d'édition de guides de voyage alternatifs Solilang. Viennent ensuite les conférences et ateliers au quatre coins de l'Europe : d'Édimbourg à Istanbul, de Porto à Berlin...

Forte de son expérience de plus de 80 000 kilomètres en auto-stop à travers l'Europe et le Canada, elle contribue à Hitchwiki, participe à l'émergence et la définition du mouvement néo-nomade et se fait conférencière du voyage solo au féminin. De sa collaboration avec les deux voyageurs-vagabonds français Nans Thomassey et Guillaume Charroin naitra un livre sur les techniques de voyage alternatif à paraitre au cours de l'année 2011.

Depuis septembre 2010, Anick-Marie se trouve à Iqaluit, au Nunavut, explorant la réalité des inuit canadiens, enseignant le français, collaborant à divers projets d'écriture et préparant sa prochaine conférence « Vie dans l'arctique canadien »

http://www.globestoppeuse.com/p/propos.html.
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MessageSujet: Re: SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?   

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SDF, Nomades, gens du voyages ....Demain , peut être nous ?
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