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 Alimentation? Une exploration symbolique et mythologique

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AMBRE

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MessageSujet: Alimentation? Une exploration symbolique et mythologique   Mar 12 Juin 2018, 07:27



Quelle alimentation ? Une exploration symbolique et mythologique


Briton Riviere (British, 1840-1920), Una and the Lion, from Spenser's Faerie Queene (1880)


Omnivore, carnivore, végétarien, frugivore… les choix alimentaires sont multiples. Dans ces lignes nous essayons de comprendre ce qu’ils sous-tendent et  pourquoi il est parfois si difficile de passer d’une alimentation carnée vers une nourriture végétarienne.

(Extrait de l’opuscule XIII du Parchemin Magnifique consacré aux cinq sens – ICI)


L’alimentation traite de la vie et de la mort puisque manger revient à enlever la vie pour assurer sa propre subsistance. Elle relève des activités les plus archaïques de l’être humain gérées par le cervelet, le cerveau que nous avons en commun avec les reptiles.

L’omnivore apprend à tout aimer, premier engagement symbolique d’une personnalité qui désire participer au festin du monde avec ses joies et ses déboires. Néanmoins, si la dentition de l’homme lui permet de faire son marché dans tous les règnes de la Nature rien ne l’y oblige. Le corps humain est si adaptable qu’il se contente parfois de fruits chez les frugivores, d’autres mangeurs sont végétariens, végétaliens, carnivores ou même « praniques[1] ».

Il existe à peu près autant de régimes alimentaires que de diététiciens. En dehors de la dimension « santé » des aliments, l’on sait qu’ils influencent également nos humeurs. C’est ainsi que l’absorption de sucre stimule la sécrétion d’endorphines et procure un sentiment de sécurité. Les féculents augmentent le taux de sérotonine qui veille sur notre équilibre émotionnel et le chocolat combat la dépression en apportant au corps un surplus de magnésium. L’usine chimique qu’est notre cerveau « appelle » certains aliments pour retrouver un équilibre physique et psychique perturbé par un environnement stressant. Une théorie controversée suppose que la phényléthylamine du chocolat a le même rôle que celle qui est naturellement sécrétée par le cerveau, la molécule produite dans l’état amoureux.

Plus généralement les habitudes alimentaires se fondent sur plusieurs facteurs parfois contradictoires : les besoins biologiques du corps explorés par la diététique, les tendances historiques et culturelles liées aux valeurs d’une civilisation[2] ainsi que l’attrait pour le plaisir des goûts. Les besoins du corps dépendent de l’activité physique et du métabolisme ainsi que de l’espace symbolique où se focalise la conscience-énergie de la personne. L’histoire et la culture créent une dépendance au passé comme, par exemple, l’habitude de cuire les aliments, la quantité de matières grasses jugée agréable au goût et l’appétence pour le sucre. Si la préférence pour le cuit est la conséquence de la longue histoire de l’Homo Sapiens, le désir de manger de plus en plus sucré est fabriqué par l’industrie agro-alimentaire pour des raisons purement mercantiles. Idéalement l’attrait pour les saveurs devrait se caler sur les besoins du corps. Mais ceux-ci sont déformés par l’histoire, la culture, les joies de la conversation, les conditions de stress et les habitudes alimentaires… si bien que le manger et le boire deviennent chaotiques lorsqu’ils sont soumis à toutes ces contraintes.

Essayons d’explorer les racines symboliques de l’alimentation séparées, grosso modo, en deux pivots, carnée et végétarienne[3]. Nous suivrons les fils de lecture qui nous ont guidé tout au long de l’exploration du symbolisme du corps : les mythes et l’espace biologique où se pose préférentiellement la conscience-énergie du sujet.

Les hommes d’action et les aventuriers des affaires privilégient le mouvement, l’effort et les ambitieuses conquêtes illustrées par les membres inférieurs[4]. Héritiers des premiers chasseur-cueilleurs, ils se tournent vers les animaux qui se déplacent comme eux et connaissent, pour certains, la transhumance. La viande crue prélevée sur les cadavres fut sans doute l’aliment le plus prisé par nos ancêtre du Paléolithique avant la découverte du feu. Puis, lorsque la conscience-énergie atteignit le chaudron pelvien, la marmite de la cuisinière apparut. Les sacrifices du bœuf et du mouton sur l’autel devinrent la norme. Nous verrons que le boucher est un enfant d’Apollon. Rappelons que le sacrifice du bélier se situe morphologiquement dans le système génital féminin et que l’autel de la mort animale est désigné dans le corps par le sacrum, cet os étant nommé ainsi car il soutient les entrailles de l’animal offert en sacrifice aux dieux[5]. Le feu de la sexualité est indissociable du feu de la marmite, ainsi que le remarqua Gaston Bachelard. Le cuit est donc une sorte de prise en main par la conscience de l’instinct de reproduction qui se met précisément au service du « foyer ». Puis viennent toutes les personnes qui tournent autour de leur nombril. Ils acceptent toutes les formes d’alimentations pourvues que celles-ci rassurent et consolent. La nourriture devient progressivement un art culinaire qui prépare à l’expression de la conscience cardiaque puisque la beauté appartient au dieu du cœur, Apollon. L’art de la cuisine est par ailleurs le premier acte d’amour oblatif, c’est-à-dire « gratuit », qui honore nos vaisseaux sans gain. La cuisinière qui, chaque jour, passe des heures entières à mitonner des plats dégustés en un rien de temps en sait quelque chose ! Qu’en est-il lorsque la conscience humaine commence à s’épanouir dans le cœur, l’organe sanglant consacré à l’amour  réunissant des dieux contraires, Apollon et Dionysos ? L’élan naturel incline vers une alimentation végétarienne analogue au fonctionnement des plantes. Celles-ci en effet se nourrissent de lumière grâce à la photosynthèse, exactement comme le fait le système cardio-pulmonaire qui capte le feu de l’air (l’oxygène) pour offrir de l’énergie aux cellules du corps. Par ailleurs nous avons déjà noté la ressemblance entre l’arbre pulmonaire et l’arbre naturel[6]. Les végétaux semblent donc représenter les aliments du cœur. En rester là serait oublier un peu vite qu’Apollon est aussi un boucher[7] et que Dionysos un dévorateur de viande crue[8]. Quant aux Olympiens ils se sustentent en goûtant de l’ambroisie. Une conscience pleinement épanouie dans la lumière de la tête n’a plus besoin de nourritures matérielles pour vivre dans un corps physique.

En résumé le goût pour un steak tartare est une demande du corps pour raviver ou entretenir la force de conquête associée aux membres inférieurs, un bon gigot d’agneau socialise le désir et réunit le sujet à son clan, un joli plat longuement mitonné élargit la communion au groupe social et à ses jeux de prévalence, une alimentation à dominante végétarienne marque l’ouverture d’un cœur devenu sensible à la souffrance des autres règnes de la Nature et, enfin, l’ambroisie libère le sujet du paradoxe le plus fondamental de toute son existence : tuer pour vivre. Oui, l’homme est omnivore mais il est possible que son alimentation reflète et nourrisse aussi ses états de conscience.

Exceptions et exceptionnelles furent les religions qui échappèrent au rituel du sacrifice animal. Seul le jaïnisme[9] et dans une moindre mesure le bouddhisme récusent la violence contre les autres règnes de la nature. Les autres approches spirituelles considèrent que la cruauté envers des animaux honore le dieu, la bête et le boucher. Étrange croyance quant on y songe. La justification tient dans l’étymologie du terme « sacrifice » qui signifie « faire du sacré ». En abandonnant quelque chose de lui-même ou de ses avoirs à la divinité le croyant dégage en lui un espace vide qui sera rempli par la Présence. C’est ainsi que le sacrifice du Bélier, si répandu dans les trois monothéismes, est un appel à abandonner la puissance du désir personnel pour se laisser croître dans sa capacité à servir la transcendance et à œuvrer pour le bien commun. L’immolation du Taureau est un appel de l’âme au détachement afin que la conscience du croyant se libère de ses identifications aux objets du monde. Quand au sacrifice de l’Homme sur la Croix il marque le plus grand des abandons : celui de la personnalité qui accepte de disparaître afin qu’Esprit et Matière dansent ensemble sur les rythmes de la Vie. Les théologiens appellent cet ultime abandon la « kénose »[10]. Mais lorsque le symbole perdit son sens le sacrifice se résuma à une boucherie cruelle et sanglante et l’alimentation carnivore se répandit. Par ailleurs le processus d’abandon n’a pas besoin de substituts animaux mais plutôt d’une conscience aiguisée attentive à l’Appel de la transcendance et à la réponse du corps, comme encore aujourd’hui dans le Jaïnisme ou le Bouddhisme.

Aux origines, les mythes grecs et hébreux proposaient aux hommes une alimentation végétarienne. En Grèce c’est Prométhée qui inventa le partage de la nourriture lors du sacrifice du bœuf de Miconos, le premier du genre[11]. Aux dieux le fumet de la viande et la graisse blanche, aux créatures humaines l’appétissante chair grillée. Avant cet épisode, nous dit Ovide, les hommes banquetaient à la table des dieux. Dans la Bible Dieu a d’abord voulu pour les hommes une alimentation végétarienne[12] :

« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.

Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture. »

Par la suite, exactement comme dans le mythe grec, l’Éternel accepta le sacrifice animal qui justifia et autorisa l’alimentation carnée[13] :

« Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J’ai formé un homme avec l’aide de l’Éternel.

Elle enfanta encore son frère Abel. Abel fut berger, et Caïn fut laboureur.

Au bout de quelque temps, Caïn fit à l’Éternel une offrande des fruits de la terre ;

Et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L’Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande;

Mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu.

Et l’Éternel dit à Caïn: Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu?

Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui.

Cependant, Caïn adressa la parole à son frère Abel; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua.

L’Éternel dit à Caïn: Où est ton frère Abel? Il répondit: Je ne sais pas; suis-je le gardien de mon frère?

Et Dieu dit: Qu’as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi.

Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. »
.....

suite et source par Luc Bigé:

RÉENCHANTER LE MONDERéenchanter le monde
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http://reenchanterlemonde.com/alimentation-exploration-symbolique-mythologique/
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