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 La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu

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AMBRE



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MessageSujet: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Lun 28 Mai 2007, 17:43

LA FAIM DE L'AME



Présentation de l'éditeur
L'anorexie, ce mal qui touche surtout les adolescents et avant tout les filles, est en constante augmentation dans les pays riches d'Occident. Les divers traitements proposés depuis plus d'un siècle se révèlent souvent inefficaces et les soignants pas plus que les parents ne savent comment y remédier.
Jacqueline Kelen propose ici une approche entièrement nouvelle de cette maladie. Selon elle, l'anorexie est une métaphore criante de la faim de l'âme qui révèle une quête de transcendance, un désir de spiritualisation intense. Elle est aussi refus d'un monde sevré d'idéal et remet en question notre société moderne qui dénie à l'homme toute dimension sacrée.
S'appuyant sur la philosophie occidentale depuis les présocratiques, sur les traditions religieuses et spirituelles et sur les mythes, ce livre qui bouscule les idées reçues s'adresse aux jeunes anorexiques et à leurs proches pour les inviter à un chemin de transformation intérieure, de réconciliation entre l'âme et le corps.

Présentation de l’éditeur
Devant ce mal grandissant qu’est l’anorexie – elle touche de plus d’adolescents en Occident –, l’auteur, bousculant les idées reçues, aborde ce fléau à partir d’une démarche spirituelle qui souligne les effets pervers du manque de sens dans la société moderne.
Après une formation de lettres classiques, Jacqueline Kelen a été productrice d'émissions à France-Culture pendant vingt ans et anime depuis une quinzaine d'années des séminaires d'expression orale et de communication dans l'enseignement supérieur, pour des jeunes âgés de 18 à 25 ans. Elle a publié près de trente ouvrages, dont "L'Esprit de Solitude" et "La Déesse nue".


LA FAIM DE L'AME


Par Jacqueline Kelen

Dans sa faillite générale à prendre soin du Vivant, il est dans notre société décadente des êtres fragiles qui souffrent dans leur chair de cette absence de lumière: les anorexiques. Dans un texte d’une grande beauté et profondeur, Jacqueline Kelen propose un point de vue novateur, prenant en compte la vie intérieure, l’âme humaine et ses aspirations profondes. Car les «spécialistes» de la question, étant étrangers à toute vie spirituelle, ne peuvent pas comprendre les profondes frustrations de la jeunesse occidentale.



Ils cherchent la roseraie et on leur indique le chemin de l’hôpital. Ils déplient leurs ailes encore fragiles et on les enferme pour les gaver. Ils rêvent de perfection et d’idéal et on leur parle de problèmes et de thérapie. Ils se sentent singuliers, ardents, et on les ravale au niveau de malades mentaux, de névrosés quelconques. Mais ils résistent, ils tiennent bon : leur âme a hâte de respirer le parfum délicieux que répandent les roses lointaines.

Ces adolescents sont désignés par un terme clinique qui en dit long sur l’échelle de valeurs d’une société : comme ils ne mangent presque pas et qu’ils maigrissent à vue d’œil, on les taxe d’anorexie - un mot venu du grec et signifiant «absence d’appétit». Comme s’il n’existait que la faim du corps, le besoin d’ingérer des nourritures. Eux, ils aspirent à se détacher des contingences terrestres, à s’élever au-dessus des conduites communes. Et par cette désaffection des choses matérielles, par ce détachement radical, ils mettent en question le monde dans lequel ils se sentent à l’étroit, ce monde que l’on dit riche, en pleine croissance, satisfait de ses biens de consommation et qui se montre si opaque dans sa réplétion.

On parle beaucoup de la faim dont souffrent diverses populations de la planète, et des organismes humanitaires, des associations caritatives tentent d’y remédier, ce qui est tout à l’honneur de l’homme. Mais cette famine visible et dont nous sommes tous informés ne saurait recouvrir ni évacuer le problème crucial de la faim spirituelle, de la soif de beauté et de transcendance dont le monde occidental se trouve accablé et qu’il continue de nier. Oui, aujourd’hui, en Occident mais aussi dans les pays occidentalisés, des jeunes gens s’épuisent et meurent de cette faim non reconnue. Ils s’avèrent de plus en plus nombreux mais personne ne veut admettre ce dont ils souffrent, personne ne veut entendre le cri qu’ils lancent dans ce désert spirituel que la société moderne a créé très minutieusement.

Imaginons, en effet, que dans notre pays une adolescente se mette un jour à ne plus s’alimenter tout en continuant une vie active et studieuse. Les parents s’inquiètent, menacent, forcent la jeune fille à manger et essaient de la raisonner. Comme elle persiste dans sa conduite et s’amaigrit, les parents la conduisent chez un médecin ou, mieux, chez un spécialiste de la nutrition ; et si son cas ne s’améliore pas - puisque désormais elle est cataloguée comme «malade» -, on l’emmène chez un psychiatre ou un psychothérapeute. Là, le verdict tombera : l’adolescente est atteinte d’une maladie mentale (ou psychique, ou nerveuse), elle est «anorexique». Dès lors, elle sera prise en main, c’est-à-dire nourrie de force, et à ce traitement brutal on adjoindra des remèdes chimiques et des entretiens psychologiques.

A ce stade quasiment irréversible, la jeune fille n’est plus de taille à lutter, à faire entendre ce qui la tourmente, ce dont elle a faim profondément. Elle n’a plus le cœur de se battre : après lui avoir assené un diagnostic psychiatrique, le plus souvent on l’a enfermée dans une clinique spécialisée ou dans un service hospitalier afin de la faire grossir. A qui désormais pourrait-elle faire entendre la plainte de son âme ?... Beaucoup de ces jeunes gens choisissent alors de mourir, de quitter définitivement la prison du monde.

Les plus honnêtes, parmi le personnel soignant, parleront d’un échec médical. Mais en réalité il s’agit d’une défaite bien plus grave : d’une totale faillite spirituelle.

Je soutiens que ce qu’on appelle «anorexie mentale» n’est pas une maladie. Que cette étiquette, inventée au XIXe siècle par des cliniciens et des psychiatres, vise à occulter et à juguler la dimension spirituelle présente en chaque être humain mais dont certains sont davantage conscients.

Les jeunes gens qui s’affament souffrent terriblement mais ils ne sont pas malades, au sens prosaïque du terme. Et ils me touchent immensément : c’est d’abord à eux que ce livre s’adresse. Je les comprends. Leur sentiment d’exil, leur goût de la perfection, leur soif d’absolu, je les connais depuis ma petite enfance et ne les renie pas. Seulement, au fil des ans et des épreuves, j’ai trouvé des parades plutôt que des remèdes : l’étude, la création littéraire, la recherche intérieure. Grâce à la poésie, aux livres, à la musique, grâce aux oeuvres d’art et aux textes sacrés des diverses religions, j’ai appris que ce n’était pas un banal mal de vivre mais un désir éperdu de beauté, de lumière, une aspiration à l’infini. Ainsi cette nostalgie ou soif de l’âme que je ressens toujours vivement et dont je ne veux surtout pas être dépossédée se révèle une porte ouvrant sur un monde magnifique, irremplaçable mais non point achetable ; sur le monde de l’Esprit, au fond le seul réel, qui éclaire l’aventure terrestre jusqu’à son accomplissement.

Au royaume de l’Esprit chacun peut avoir accès : par le silence et le recueillement, par une rencontre amoureuse, un partage de cœur à cœur, par une émotion esthétique, mais aussi par une épreuve, par la souffrance. C’est pourquoi j’estime criminels ceux qui s’ingénient à ruiner la conscience de l’homme - ce «prodige de la nature» que chante Sophocle par le chœur d’Antigone, ce «miracle» célébré par les humanistes de la Renaissance. Je n’aime pas ceux qui coupent les arbres à la racine, ceux qui tuent systématiquement les oiseaux.

Oui, je suis du côté de ces jeunes gens affamés d’idéal mais qui ne perçoivent pas clairement l’origine de leur mal. Je les soutiens dans leur quête héroïque mais non dans leur refus de s’alimenter. Ils m’apparaissent comme l’«écharde dans la chair» d’une société repue, comme un cri déchirant la torpeur et la satisfaction générales. Et le traitement qu’on leur réserve est souvent trop injuste.

Ceux qu’on persiste à désigner comme des anorexiques souffrent non pas d’une maladie ordinaire mais d’un tourment métaphysique. La nostalgie de l’âme n’a rien à voir avec un trouble du comportement, avec un dérangement psychique ou hormonal, rien à voir avec la nutrition. Cela se passe à un autre étage, en un lieu plus subtil, plus élevé. Loin de l’hôpital et du cabinet du psy. Au niveau de la roseraie.

Leur quête de dépassement de soi paraît insensée à la plupart des contemporains et à juste titre elle fait peur par les effets ravageurs qu’elle entraîne. Mais elle n’en demeure pas moins une quête spirituelle qu’il s’agira d’alimenter au lieu de nier. Encore faut-il prendre en compte la réalité invisible qu’est l’âme.

Je me suis demandé à quand remontait cette conspiration contre l’âme, contre la dimension spirituelle de l’être humain. Il y eut dans toute l’histoire de la philosophie une pensée matérialiste, illustrée par exemple par Démocrite, Épicure ou Lucrèce dans l’Occident antique. Or, elle n’induisait pas une intolérance à l’égard des autres croyances et pratiques et elle ne niait pas l’existence des dieux mais insistait sur la vertu et sur la liberté de l’homme sans référence à une puissance supérieure ou à une providence. Mais jamais, semble-t-il, avant le milieu du XIXe siècle ne fut mené ce combat acharné contre les aspirations spirituelles de l’homme et contre le nom même de l’âme.[...]

La lutte contre l’âme trouva à la même époque un important relais chez les médecins dits aliénistes [...] qui fondèrent en Europe l’institution psychiatrique, puis chez les inventeurs de la psychanalyse, Freud en premier. Pour celui-ci, la religion est une «névrose universelle», toute aspiration de l’homme à la beauté, à l’amour, à l’éternité se voit ravalée à la «libido «, aux pulsions sexuelles, et l’âme est répudiée en faveur de l’inconscient. [...] En même temps, les aliénistes, suivis par Freud, mettent au point le vocabulaire pathologique (paranoïa, schizophrénie, narcissisme, anorexie...) qui désormais doit rendre compte de toute la vie intérieure de l’homme. Il n’y a plus de mystiques, seulement des «hystériques», de pauvres femmes qu’un Charcot exhibe à la Salpêtrière lors des leçons qu’il donne vers 1870 et auxquelles il convie la bonne société comme à un spectacle divertissant. Il n’y a plus d’extase ni de ravissement, seulement de l’angoisse et de l’hystérie, comme l’ont décrété ces autorités masculines. C’est ainsi qu’aujourd’hui, tristes héritiers de cette vision morbide de l’humain, nous nous trouvons dans l’incapacité de comprendre tout ce qui relève de l’ascèse, de la purification, du combat spirituel, de l’éveil de conscience. Sur toutes les conduites est plaqué un jargon psychopathologique qui remonte au XIXe siècle et qui fait fi aussi bien d’une philosophie millénaire que des traditions spirituelles les plus anciennes. Or, ce vocabulaire psychiatrique est non seulement inadéquat pour parler du monde de l’âme mais surtout il bâillonne une réalité essentielle dont des millions d’hommes dans leur vie et par leurs œuvres ont témoigné. Voilà pourquoi les jeunes gens étiquetés anorexiques ne peuvent être ni compris ni vraiment soignés: pour aborder le mal dont ils souffrent, il faut disposer d’instruments appropriés. On n’attrape pas une libellule avec un piège à loup...

Si l’on dresse rapidement une liste des maux divers dont sont atteints les jeunes du monde occidental, on énumérera : la violence et la délinquance en progression constante, l’usage de la drogue, du racket, des armes, le jeu du foulard, les sévices et agressions commis contre des personnes de tout âge, y compris des enfants, les voitures incendiées, les vols à l’arraché... Et surtout, ce qu’on garde sous silence, les suicides de plus en plus nombreux : en France, par exemple, avec 12 000 suicides par an, c’est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes gens de quinze à vingt-quatre ans.

Pour faire baisser le nombre d’accidents de la route qui causent bien moins de morts que les suicides de la jeunesse, on parle de prévention, on met en place des programmes d’intervention. Mais qui ose parler ouvertement de ce terrible mal qui frappe des adolescents désenchantés, sans espoir ? De temps à autre un colloque est organisé, qui réunit des «spécialistes» de la question, à savoir : des psychologues, des médecins, des éducateurs, des travailleurs sociaux. Toujours la même brochette. Et le malaise, les suicides ne régressent pas.

Je me souviens d’une conversation que j’eus un jour avec Marie-Madeleine Davy, à qui je téléphonais régulièrement. Nous en vînmes à parler du suicide des adolescents et elle qui avait traversé tout le XXe siècle, qui connaissait si bien la philosophie médiévale et la ferveur des mystiques, me dit en baissant la voix : «Je ne devrais pas dire ça, mais je les comprends...»

Arrêtons de parler, pour nous rassurer, de problèmes familiaux et sociaux lorsque la violence, la délinquance et le suicide des adolescents s’accroissent dans un monde si douillet et en progrès constant. Arrêtons de faire des rapports d’expert, d’instaurer des commissions, de déléguer policiers, éducateurs et psychologues pour répondre au malaise profond qu’éprouvent tant de jeunes gens. Cessons aussi de croire tous ceux qui viennent vendre un nouveau «projet de société» ou mettre en place une nouvelle institution spécialisée. Oui, arrêtons enfin de tout mesurer à l’aune du social et de l’économique - en réclamant plus d’argent, plus d’aide, plus de logements, plus de personnel éducatif, etc. - ou de faire appel à la «citoyenneté», à la «solidarité», et autres termes généraux.

Je soutiens qu’il s’agit avant tout d’un problème spirituel que la société moderne s’entête à nier avec la dernière énergie. Tant que la dimension spirituelle de l’être humain sera bafouée, non reconnue, le malaise gagnera toutes les couches de la société. Tant que l’on s’évertuera à calmer des symptômes au lieu de se tourner vers l’intérieur, vers ces ramifications de l’âme que le philosophe Heraclite disait si profondes, on restera dans l’erreur et dans l’impuissance. Même la «fracture sociale» dont parlent certains hommes politiques me semble de peu de poids par rapport à la terrible coupure d’avec le sacré dont le monde occidental est marqué. Je ne minimise pas ici ce qu’on dénomme l’exclusion, j’affirme qu’elle est une des conséquences de notre amnésie spirituelle, une des manifestations cinglantes de l’éradication de l’âme.

Les adolescents qui se suicident ou qui se passent de manger, ceux qui recourent à l’évasion des drogues et de l’alcool, sont souvent loin d’être des exclus : ils ont une famille, un logement, de l’argent et font des études, ils reçoivent des soins de santé. Extérieurement, ils sont tout sauf défavorisés. Pourquoi donc ne se contentent-ils pas de cette simple «survivance» ? Qu’est-ce qui, en eux, parle plus fort ?

Je réponds : l’aspiration à la transcendance.






Jacqueline Kelen



Presses de la renaissance

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MessageSujet: Hommes au bois dormant   Mar 29 Mai 2007, 08:50

Hommes au bois dormant
Par Jacqueline Kelen




Citation:
Note d’Ambre : Jacqueline Kelen est mon auteure préférée et parle de la vie, de la mort et de l’amour avec une infinie justesse... une infinie clairvoyance...je vous partage donc ce texte avec bonheur.

Jacqueline Kelen dévoile l'absence d'amour vrai qui régit les rapports
hommes-femmes.
Ce n'est plus Jean dit le Baptiste qui aujourd'hui crie dans le désert et tente de frayer de nouvelles voies, c'est une femme assurément, la femme de toujours, la femme du commencement, libre et puissante, généreuse, et par là même faisant peur à tous ceux qui ne savent que prendre, posséder, et 'de l'amour ne connaissent que la sécurité ou la violence.
Elle n'a rien à perdre, cette femme, car elle est la nomade, la passante, et de la vie ne retient que les mutations et les résurrections. Mais parfois la tristesse lui vient : jusqu'à quand l'amour sera-t-il ainsi profané, ridiculisé ? Jusqu'à quand les hommes vont-ils faire du corps une marchandise et un objet, de la sexualité une théorie qui ne guérit rien, et de l'amour une chanson bêtifiante bonne pour les magazines féminins ? Jusqu'à quand les êtres humains vont-ils persister à se mépriser ainsi, au lieu de voir la lumière dont ils sont porteurs ?
Au troisième millénaire, on continue de se comporter selon des schémas préhistoriques (la force, la loi de la jungle... ) ou des conventions morales et sociales qui sentent le XIXe siècle bourgeois. Et depuis qu'en Occident on a inventé l'amour courtois, au XIIe siècle, qu'on s'est empressé d'oublier car l'idéalisme comme l'amour sont exigeants - on patauge dans un remugle d'idées toutes faites, de facilités désolantes de conformisme, et de pulsions plus ou moins digérées et assumées. Jamais on n'a tant parlé de sexe, jamais on n'a vu autant de corps nus s'étaler sur les affiches, et jamais l'amour ne s'est aussi mal porté !
La pornographie, le Minitel rose et leurs tristes clients montrent à quel point l'amour fait peur et le corps de la femme aussi : on tâche alors de les réduire, de les mettre en codes, de faire d'eux une "fonction", une "technique", et de faire taire en eux ce qui crie l'éternel.

Le prêtre :
- A quelle partie de son corps
faisiez-vous le plus souvent allusion ?
Le jeunne homme :
- A Dieu
Artaud
Si l'amour fait si peur, c'est en particulier qu'il requiert le Iâcher-prise, l'abandon de soi, la confiance éblouie, absolue : au regard d'une société matérialiste il ne peut être considéré comme une "valeur sûre". Et puis, il a l'horrible défaut d'être là, d'être donné et, pour une société marchande, le gratuit est intolérable. Et comme par nature (par énergie ), il est immense et excessif, comme il déborde les fragments d'existence que nous représentons, on cherche à piétiner ce qui nous dépasse ou on fuit à toute allure de peur que le cher-petit-moi ne soit pris de vertige.
Signe des temps : lorsqu'il s'agit de s'engager, de témoigner, de parler d'amour ou pour l'amour, les hommes étrangement se taisent, et on demande aux femmes d'entonner leur chant passionné ou insolent, d'aller dans l'arène, ou de dire tout haut ce que tant d'autres n'ont même pas le courage de ressentir. A quoi bon répéter que l'énergie sexuelle peut être une force rayonnante, que le corps est infiniment admirable et respectable comme lieu d'épiphanie et de réalisation, ou que l'amour humain est initiateur, à quoi bon répéter cela si personne n'écoute parmi les tièdes spectateurs, ou si personne ne se met en route, décidé à se transformer ? ... Je connais trop les pièges de la parole, trop la satisfaction des intellectuels qui croient avoir résolu un problème parce qu'ils ont fait un colloque sur ce thème, je me méfie trop des théories et des concepts, pour y laisser emprisonner la vie, l'amour. Au fond, il est juste que l'amour échappe à ceux qui ne vivent ni dans leur corps ni dans le présent ni dans le silence.
Comme femme passionnée, et toujours bonne pour aller dans l'arène ou pour crier dans le désert, j'ai l'impression de vivre dans un monde de pIeutres, de lâches et d'impuissants. Ingmar Bergman faisait dire à un de ses personnages de film que "nous sommes des analphabètes du sentiment", on peut aussi ajouter que nous sommes dans l'ensemble des impuissants du coeur ou des fonctionnaires de l'amour. J'entends beaucoup de personnes,
de tous milieux et de tous ages, déclarer qu'on ne les écoute pas, qu'on ne les aime pas, qu'on ne les aide pas, mais leur vient-il à l'idée (au coeur) qu'elles-mêmes peuvent aider, écouter, aimer ? Il y a foule de plaintifs, se disant "mal-aimés", mais il y a surtout pléthore
de "mal-aimants".
Je n'ai pas envie de faire une fois de plus l'éloge du féminin ou de faire rêver sur les figures d'initiatrices que furent Marie-Magdeleine, IsIs, Sché- hérazade ou la Reine de Saba. Il me parait plus important, et maintenant urgent, de susciter une parole, un témoignage, une sensibilité du côté des hommes : comment vivent-ils, eux, la nécessaire mutation et s'ils ont soif de bouger, d'inventer, de créer - non plus dans la technique, la mécanique, mais dans la vie intérieure et dans l'amour ?
Qui a imaginé le conte de La Belle au bois dormant, de la jeune fille passive attendant que le courageux prince la réveille ? Dans nombre de traditions, c'est la femme (le principe féminin) qui anime, éveille, réveille ; c'est la femme (Reine) qui va au-devant de l'homme, qui va le tenter, le séduire, le dérouter, lui faire perdre tête, ou le ressusciter. Notre époque actuelle est celle de l'homme au bois dormant, de l'homme qui attend, qui n'ose pas un geste, ou dont les sentiments sont pris en glace. Sur un plan très extérieur, mais révélateur, les hommes ne "draguent" plus, ne sifflent plus sur une femme qui passe : comment dès lors espérer qu'ils pourront courtiser, conquérir à la manière du chevalier, du troubadour ? Comment seront-ils capables de dire à une femme "je t'aime" si déjà l'apparence féminine
les glace à ce point ?
L'homme au bois dormant se recroqueville, et je crains qu'il n'attende même pas une Belle : il préfère jouer au Minitel, feuilleter des revues érotiques. Ça n'engage pas, on en reste aux fantasmes, au désir d'un jour, tout ça est bien propre, bien ordonné, bien tranquille.
Tandis que l'amour, quelle force bouleversante, quelle folie, et quelle exigeance surtout !
Une exigeance de transformation, de maturité, de liberté.
Je me demande si de nos jours il existe des mythes masculins viables, ou des figures masculines "héroïques" auxquels les hommes pourraient s'identifier. Plus personne ne vibre au mythe d'Héraclès, à peine à ceux de Faust, de Don Juan, de Don Quichotte, de Perceval. Les chevaliers, les fous épris d'idéal, ont-ils tous disparu de la planète ? Va- t-on se contenter des mannequins bronzés qui font de la publicité pour sous-vêtements et autres broutilles ? Faudra-t-il exhumer de sa jungle ce brave Tarzan : cervelle assez étroite, mais fort, courageux, et plutôt viril ? ...
Les héros sont fatigués ou n'osent plus se montrer . Est-ce la faute des féministes agressives, des revanchardes ? Ont-ils trop peur de passer pour "machos", ou simplement d'être des hommes ? Ou sont-ils en perte d'identité et hésitent-ils encore à muter, à se
mettre au monde ?
Tout de même, elle a eu de la chance, la Magdeleine : elle a rencontré homme aussi fou qu'elle, et aussi épris d'absolu. Et la petite Reine des sables, qui a voyagé jusqu'à Salomon pour lui poser des énigmes et lui faire oublier sa sagesse ! Isis s'est affrontée à la mort et à Seth, le meurtrier, tandis que Schéhérazade tenait tête à un affreux misogyne, au demeurant Sultan de Badgad, pendant des myriades de nuits. Tout de même, elles avaient de la chance : elles avaient un homme en face d'elles, un homme à dérouter, à enchanter, à vaincre ou à aimer, un homme qui acceptât ce risque, cette rencontre, d'une nuit ou d'une vie.
Aujourd'hui, la Belle se désole : non parce que le Prince charmant n'arrive pas, mais parce qu'il n'y a même pas à l'horizon un Dragon, un Grand Méchant Loup, un Ogre, bref quelqu'un avec qui faire un brin de conversation. Les uns fuient vers l'action débordante, l'activisme, les autres vers une pseudo-spiritualité qui les rend impalpables et désincarnés (de corps et de coeur), d'autres s'accrochent de toutes leurs forces au pouvoir, à l'ambition sociale, au règne de l'argent, et puis demeure le petit noyau des intellectuels, souvent atteints de logorrhée, qui sont brillants et prennent cela pour la lumière du dedans...
Quand comprendront-ils, tous ceux-Ià qui s'agitent loin de l'essentiel ? Quand oseront-ils s'arrêter, se poser, faire silence, et rire aussi ? Quand déposeront-ils leur armure de faux chevalier pour entendre ce que murmure, inlassable, leur coeur ?
Fuite du corps, fuite du coeur : là sont les deux blessures qui empêchent l'être humain d'ETRE et notre planète de verdoyer. La Terre. Gaste est d'abord en nous, mais le Graal aussi. Il suffit parfoIs d'une minute de véritable attention, de véritable soif, pour que le Roi blessé cesse de geindre et se mette debout, en marche. •

pour ceux qui veulent découvrir cette grande dame de l ecriture:
Diplômée de lettres classiques, Jacqueline Kelen a été productrice d'émissions à France-Culture pendant vingt ans et anime depuis une quinzaine d'années des séminaires d'expression orale et de communication dans l'enseignement supérieur, pour des jeunes âgés de 18 à 25 ans. Jacqueline Kelen consacre la plupart de ses livres et de ses séminaires au déchiffrement des mythes de la tradition occidentale et à l'étude de la voie mystique. Parmi ses ouvrages à succès, on peut citer 'Aimer d'amitié', 'La Déesse Nue' et 'L'Esprit de solitude', qui a obtenu le prix Alef 2002 des libraires du mieux-être et de la spiritualité.
http://perso.orange.fr/aa.duriot/incoherisme/kelen1.htm

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MessageSujet: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Mar 29 Mai 2007, 17:14

La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu







John-Baptiste-Valadie-Femme-Fleur-

On connaît sa plume -elle a publié une trentaine d’ouvrages -, on ne connaît pas la femme. Le dernier livre de Jacqueline Kelen,"Divine Blessure", donne le prétexte pour passer de l’autre côté du rideau. Quelle femme se cache derrière cette “guerrière de l’absolu” ?




Nouvelles Clés : Quelle petite fille étiez-vous ?

Jacqueline Kelen : Je me retourne rarement sur le passé. Je n’ai, en particulier, aucune nostalgie ni de mon enfance ni de mon adolescence. Pour moi, l’existence commence à être intéressante à partir de trente ans. Avant, tout n’est qu’imitation et balbutiement. Je n’ai pas non plus l’esprit de famille, les liens du sang m’importent peu. Dès l’enfance, je me sentais une ascendance non terrestre, beaucoup plus précieuse. Mes parents me confortaient en disant : “cette petite ne nous ressemble pas, ce n’est pas nous qui l’avons faite” ! (Rires). J’étais une enfant solitaire et heureuse de l’être. Je lisais énormément. J’annotais et commentais mes Babar ! Il me semblait que j’avais déjà mille ans, que je venais de bien plus loin que du jour de ma naissance. Cette sensation m’étonnait. Je suis également née avec la grâce de la foi, cette confiance totale dans la bonté de Dieu. Par chance, la religion ne me l’a pas fait perdre et, malgré de nombreuses épreuves, je n’ai jamais douté de cet amour total venant de la divinité. J’avais une passion pour l’étude. C’est, du reste, le génie de la tradition hébraïque : les juifs interrogent inlassablement les textes, les commentant, car il en va de la liberté humaine. Il me semble que les catholiques devraient étudier et se cultiver davantage, au lieu de répéter des formules et de se contenter des réponses du catéchisme.




N. C. : Quelles relations aviez-vous avec vos semblables ?

J. K. : Grâce aux livres, j’ai très vite rencontré des personnages immenses comme Ulysse et Don Quichotte, des auteurs d’envergure tels Platon, Chrétien de Troyes, Dante ou Giordano Bruno. Je me suis dit : “Ma famille, ce sont les artistes et les philosophes, les grandes amoureuses, les personnages héroïques.” Ce sont eux mes contemporains. Mais cela a créé une coupure irréversible : je me sens souvent éloignée des gens de notre époque. Adolescente, en regardant les humains marcher dans la rue, je me faisais cette réflexion étrange : “Il y a peu d’êtres vivants”... Pour ma part, je vivais avec le Christ, mais aussi avec les chats, les fleurs, les rêves, les poètes. Je me suis très tôt sentie oiseau de passage, exilée en ce monde.




N. C. : Comment et quand est née votre attirance pour les mythes ?

J. K. : J’ai suivi une formation de lettres classiques qui m’a permis de rencontrer très tôt les mythes fondateurs de l’Occident. Mais le chemin s’est fait progressivement et l’étude des mythes s’est accompagnée de la lecture incessante et passionnée des mystiques - égyptiens, tibétains, chrétiens, soufis ou juifs,... Tous me nourrissaient et m’éblouissaient. Tous parlaient d’une même saveur de Dieu et convergeaient au sommet. J’étais attirée par cette pointe de la pyramide. Le langage des sages et des mystiques est universel dans sa diversité, contrairement au langage unique de la mondialisation qui réduit et appauvrit. À leur façon, les mythes sont inépuisables, éternellement jeunes, parce qu’ils sont reliés à la Source. Il en va ainsi de toute parole prophétique.




N. C. : Quels sont les premiers mythes que vous ayez rencontrés personnellement ?

J. K. : Je ne me destinais pas à l’écriture mais à l’enseignement. La vie en a décidé autrement. Deux sujets se sont imposés à moi, en songe : Salomé et Marie Madeleine. Je fus d’abord fascinée par les récits de David face à Goliath, de Judith et Holopherne ou encore de Salomé avec Jean Baptiste. Ce thème de la décapitation m’intriguait et me troublait, j’ai mis quelque temps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un rituel d’initiation, avec passage du seuil, soumission du mental, coupure irréversible... En travaillant sur ce sujet, je me suis retrouvée en plein mythe du Graal ainsi que dans la littérature alchimique : la tête coupée, caput mortuum (ou tête de corbeau), désigne en effet l’Œuvre au noir, première phase de l’œuvre alchimique... Pour me libérer de ces images, pour les éclairer aussi, je me suis mise à écrire, bien que ce projet soit resté inachevé.




N. C. : Vous avez écrit une trentaine d’ouvrages, dont certains sont traduits jusqu’au Japon ou en Corée. La femme, son mystère et sa vocation reviennent toujours...

J. K. : Mon second rendez-vous personnel avec les mythes s’est fait à travers le personnage de Marie Madeleine. Élevée dans la religion catholique, on me l’avait présentée comme une prostituée et une pécheresse repentie. Or, les poètes et les peintres la montraient comme une reine... Je ne comprenais pas où avait eu lieu la scission et j’ai cherché du côté des Évangiles apocryphes, très difficiles à trouver à l’époque, car interdits par l’Église de Rome. Dans ces lectures, j’ai rencontré une femme de lumière, éveilleuse, une femme qui avait part à la Connaissance spirituelle.

Dans les Évangiles officiels, Marie de Magdala garde le silence, mais dans les Évangiles secrets, elle transmet une parole prophétique, c’est-à-dire impérissable, toujours verdoyante, une parole qui fait danser les montagnes... Alors jeune éditeur, Marc de Smedt a eu un véritable coup de cœur pour mon manuscrit et l’a publié en 1982. Je lui en garde une immense gratitude. Marie Madeleine a le rôle difficile, sans cesse contesté, d’éveiller le cœur de l’homme et c’est, pour moi, la nature profonde de la femme. Inlassablement, celle-ci doit parler et témoigner dans sa chair de l’amour. De cet amour qui se rit du temps et de la dégradation, qui est connaissance et ouverture à l’infini.




N. C. : L’amour, celui qui “élargit l’espace de notre tente”, pour paraphraser Isaïe, est votre grand thème...

J. K. : C’est la question essentielle et la source de toutes choses !... Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Comme le disait Thérèse d’Avila : “L’amour est dur et inflexible comme l’enfer”... Ainsi, Marie Madeleine croit absolument et aime absolument. Il n’y a pas ici de demi-mesure. Elle aime Jésus jusqu’au bout, même lorsqu’il est bafoué, trahi, agonisant et défiguré sur la croix. Elle est fidèle à cet amour, follement fidèle. Comme elle, j’ai le sens de l’amour total, donné une fois pour toutes. Si l’amour vient du cœur, s’il est mieux qu’un sentiment, un engouement et un désir physique, il dure par-delà le conflit, la séparation, le trépas. Aimer est une grâce et une gravité.

Mais prendre le risque de l’amour, ce “beau risque”, comme le disait Socrate à propos du mythe, agrée aux cœurs libres.

Une femme, tout particulièrement, devrait inviter à cette aventure chevaleresque et à cette passion qu’est l’amour. Quand on considère le code de le Fin’Amor (“parfait amour”) des xiie siècle, quand on lit les poèmes et les romans courtois du XIIe et XIIIe siècles ainsi que les récits mystique des Fidèles d’Amour persans, c’est toujours la Dame - une femme “sage et belle”, autant dire éveillée - qui inspire et oriente chevaliers et troubadours dans leur quête.

La Dame est la manifestation d’un amour infini, céleste, elle en est aussi la médiatrice.

Toute femme devrait être consciente de ce rôle souverain. De nos jours, on a tendance à oublier que l’amour humain est d’abord une union mystique des âmes et des esprits. Ensuite seulement, et comme de surcroît, l’union des corps peut s’accomplir, tels un cantique et une prière. En s’affairant uniquement dans le sexuel, notre époque a tout inversé et tout saccagé ! Selon le Fin’ Amor, né en pays d’Oc, les amants courtois vivent le « long désir », une approche infinie où jouent les affinités du cœur et des rêves : ils ont tout le temps puisque l’amour est éternel ! Dans cet art d’aimer - qui n’est pas révolu - il y a toujours trois présences : l’homme, la femme et le mystère de l’amour. Il y va de notre honneur de nous rendre digne de ce mystère, de nous affiner, de nous élever jusqu’à lui. Pour ma part, je vais au combat sans relâche pour sauver la beauté et le mystère de l’amour. C’est ma tâche de “guerrière spirituelle” qui consiste à répondre de l’Amour en un monde qui le profane et le crucifie...




N. C. : Vous dénoncez la façon dont le monde abîme l’amour, mais vous allez plus loin : dans votre dernier ouvrage, Divine Blessure, vous faites un éloge de la blessure qui rend vivant.

Le ton de votre livre est totalement à contre-courant de vos contemporains qui essaient, par tous les moyens, de se soustraire à la souffrance...

J. K. : Beaucoup d’auteurs ou de conférenciers parlent de réconcilier le masculin et le féminin. Les mythes me proposent autre chose, d’ordre vertical : l’union entre ma nature mortelle, humaine ; et ma nature immortelle, divine. Cette tâche qui nous est impartie ouvre une blessure en nous, nous rappelant une blessure ancienne, ontologique. Or, précisément, profondément, cette blessure est ce par quoi le fini peut s’ouvrir à l’infini. Aussi, je trouve beau de se sentir blessé, c’est-à-dire imparfait, en marche, empli de soif. Aujourd’hui, par crainte d’être accusés de dolorisme, nous refusons tout sens à la souffrance et toute valeur à l’épreuve. Nous voulons être indemnes, protégés de tout. Nous oublions que nous sommes mortels, limités. Vivre est un risque permanent et passionnant, une aventure pleine d’imprévus. Tous les héros des mythes naviguent sur des mers déchaînées, traversent des forêts peuplées de brigands et de monstres, découvrent des territoires inconnus, hostiles... La vie nous demande confiance, ardeur et humilité. Il n’y a pas de chemin de maturité sans épreuves. Celles-ci sont autant de portes, autant de rencontres qui nous forgent et nous enseignent. Pour moi, une “belle vie” ne consiste pas en une succession de bonheurs, de plaisirs ou de gratifications. C’est une vie remplie de toutes sortes d’expériences, de souffrances comme d’espérances, c’est une vie intense, entière. Avoir une “bonne vie”, c’est tout embrasser, ne rien rejeter, c’est avoir envie de tout bénir, de tout serrer sur son cœur...




N. C. : Votre vision de la vie est à la fois passionnée et apaisée. Êtes-vous détachée de toute peur ?

J. K. : Je m’interroge peu sur la peur, probablement parce que, depuis l’enfance et grâce à une vie solitaire, j’ai développé mes qualités de courage et de vaillance. Cela permet de faire face aux épreuves et je n’en ai pas été dépourvue ! Je n’ai en particulier pas peur de la mort. Je l’ai frôlée de très près à trente-cinq ans. Cette expérience m’a allégée, délivrée. Devenir vivant me paraît bien plus important ! La planète se dégrade, le bateau coule. S’il est nécessaire que certains hurlent pour attirer l’attention sur le drame qui s’annonce, il est pour moi plus important de s’interroger sur “que sauver ?”.




N. C. : Quels désirs vous animent, vous tiennent debout ?

J. K. : Je suis un être de désir, portée par le désir lui-même ! Nicolas Flamel parlait du “désir désiré”, qui est entièrement gratuit, sans objet, pure flamme. Notre époque est contradictoire : elle est partagée entre la satisfaction immédiate des désirs que nous propose la société de consommation et la méfiance à leur égard, dans le sillage d’un bouddhisme à l’occidentale. Aucune de ces deux attitudes ne me convient. Je me sens une femme qui brûle et qui est brûlée - par l’amour, par l’étude, par la beauté et la douleur, par les rencontres aussi... Il est important de ne pas passer à côté des grandes rencontres, de ne pas s’y dérober, qu’elles s’avèrent heureuses ou pas. Elles sont peu nombreuses sur le chemin. C’est la raison pour laquelle, en amitié, je fais souvent le premier pas. La rencontre exige attention et disponibilité, elle est une élection. La petite fille que j’étais adorait les surprises et aujourd’hui encore, j’aime l’inattendu, tout ce qui peut surgir et surprendre.




N. C. : Henri Gougaud, qui fréquente les contes depuis des dizaines d’années, avoue avoir des “contes amis” auxquels il reste toujours fidèle. Avez-vous des “mythes amis” ?

J. K. : Certains personnages, comme la reine de Saba ou Shéhérazade, me sont chers, mais il est un mythe celtique du Moyen Âge qui contient tout pour moi, c’est celui de Mélusine.

Il y est question de l’amour et de son lien au mystère, au secret, à la dignité, à la solitude. C’est l’un des rares mythes qui évoquent l’histoire conjugale. En effet, le mythe s’intéresse à la quête de soi, non aux formes sociales et temporelles.

Ainsi, une fois le héros réalisé, libre à lui d’être ermite, marié ou en communauté. De même, les notions de maternité et de paternité sont rarement évoquées. La femme-fée Mélusine illumine l’existence de son époux, Raymond de Lusignan. Elle lui a promis de le rendre heureux et prospère, riche et respecté de tous, mais le mariage repose sur un pacte : elle demande une journée pour elle seule, le samedi. Cette condition est judicieuse : l’amour n’est ni la confusion ni la promiscuité, et la vie conjugale doit respecter, et même révérer, le secret et la solitude de chacun des époux. Notre époque se déroule sous le signe de la collectivité, mais l’aventure de conscience, de la quête spirituelle, ne peut se vivre que sous le signe de la singularité.

Un jour, assailli par le doute, le seigneur Raymond de Lusignan rompt l’interdit du samedi et cherche à surprendre le secret de Mélusine. Un peu plus tard, il tiendra des propos insultants à son égard. Mélusine, qui veillait sur cette distance d’étrangeté, d’émerveillement entre eux, va déployer ses ailes et quitter Raymond pour toujours. Leurs adieux, inépuisables, me font toujours monter les larmes aux yeux. Ils ne se combattent pas l’un l’autre ni ne se déprécient, comme on a tendance à le faire lors d’une séparation, mais, au contraire, ils se chantent et se remercient pour tout ce qu’ils se sont apportés l’un à l’autre. Les êtres nobles se séparent sans renier l’amour, ils se quittent mais l’amour ne les quitte pas...

Je me demande : si certains personnages des mythes se haussent à ce niveau de relation, pourquoi nous, au XXIe siècle, n’en sommes-nous pas capables ? La réponse est terrible : nous n’en avons pas envie ! La perfection, le perfectionnement nous effraient. Au début du XVIIe siècle, John Done, le grand poète métaphysicien anglais, s’interrogeait : “Pourquoi ne meurt-on plus d’amour ?” C’est la question que je me pose.

Nous sommes mendiants de l’amour et en même temps, nous sommes si avares de signes de tendresse, de gestes affectueux. L’amour ne paraît plus essentiel aux mortels. C’est peut-être pour cela qu’ils restent mortels !




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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Dim 02 Déc 2007, 10:09


Le manteau de magnificence‏



Jacqueline KELEN

Le grand bonheur de la magie des mots

L'envoûtement est présent dès la première ligne de ce conte fantasmagorique. Jacqueline Kelen nous offre ici plus qu'un bon livre, un grand moment de bonheur en compagnie de la richesse de la langue française. Un jardin fantastique, des couleurs, des parfums, se succèdent ici dans un chatoiement de phrases splendides.

Une Dame se languit, un chevalier au coeur pur déambule, un vieillard solitaire écrit, un 'fou' bienheureux tend vers l'adoration, un chien aux yeux de myosotis vous regarde doucement sur l'échiquier d'un temps suspendu aux confins du pays de France au XIIIème siècle.

Jacqueline KELEN, "Le Manteau de Magnificence", Editions La renaissance du Livre - Code EAN : 9782804608903, Prix : 17,50 euro




ce livre est épuisé,je l ai reçu en cadeau d Angeline...
un extrait:

I


Le temps manquait d'amour. Elle se pencha pour lire. C'était un début d'attente, de rêverie. Les arbres eux-mêmes penchent vers la douceur du soir.
Elle ouvre un livre d'heures, un livre qui parle d'éternité. Elle lit et les mots s'échappent des pages, ils font autour de sa tête une couronne bruissante. Les mots attendent la caresse d'une main sur la page, la tendresse d'une tête penchée, pour livrer leur secret.
Elle lit. Elle pense suivre le fil des heures. Mais les heures veulent l'éternité. Quelque chose chantonne dans l'air, au cœur du parchemin et sous la paume tranquille posée sur le livre entr'ouvert.
Les mots chantent. Seuls peut-être les mots sont libres.
Elle arrête sa lecture. Elle lève la tête. Un parfum frais et fort la surprend, l'enveloppe. Est-ce lilas, giro¬flée, muguet ou tubéreuse ? Ce parfum, elle le connaît et il vient de si loin. Une odeur de jasmin envahit toute la pièce mais elle ne peut savoir si cela vient de la fenêtre entrebâillée ou du livre qui attend.
La femme ouvre grand la fenêtre et regarde au loin. Quand le cœur est épris, les yeux se portent au-delà de l'horizon. Elle ne sait qui elle aime mais elle aime, c'est certain. Elle aime : c'est la seule façon d'avancer dans la vie, de faire chanter les heures.
L'odeur fraîche de jasmin est présage d'incendie. Le livre d'heures à la précieuse reliure n'est plus qu'un léger tas de poussière que la femme disperse d'un geste doux. Seule l'éternité est vivante, se dit-elle.
Elle regarde vers le lointain. Depuis combien de temps l'aime-t-elle, lui qu'elle n'a pas rencontré ? Elle a cru tromper son attente en lisant, en chanton¬nant, mais n'a fait qu'aviver son impatience. Jamais elle n'a tenu le fil des heures, elle le sait maintenant, ce qu'elle cherchait c'était une trace de lui, le mur¬mure de sa venue.
Jamais il ne l'a tenue entre ses bras mais certaines nuits il penche son visage vers elle. Et parfois, lors¬qu'elle est assise, silencieuse, remuant doucement les choses de son âme, elle sent derrière son épaule droite une présence. Une présence qui sourit.
C'est la première fois qu'elle respire ce parfum pourtant familier, cette bourrasque de jasmin qui fait trembler ses mains.
Doit-elle l'appeler bien-aimé, celui qui se cache ? Le jasmin chante dans la pièce, dans son cœur. Il annonce un grand amour.
Elle nomme bien-aimé celui qu'elle ne possédera jamais, celui qui échappe au livre de l'existence. Tout bas, avec crainte, elle prononce ce nom qui brûle les heures, ce nom qui seul est vivant

II


Lui, il n'attend rien, il ne possède rien, il ne pense pas beaucoup. Il va sur les chemins, s'émerveillant d'un hanneton, de trois gouttes de rosée sur une herbe. Il baisse la tête quand il croise une dame mais il dresse volontiers le poing vers les nuages. Il aime les rivières qui n'en font qu'à leur tête, les prés qui ondulent sous le vent. Il aime aussi quand le ciel explose, quand l'orage tasse les maisons et leurs habi¬tants pâles.
Lui, il marche, les yeux candides, les yeux blessés, rarement droit. Il n'a que ses mains et sa voix. Une voix qu'il croit menaçante, qu'il fait parfois toni¬truante. De temps à autre, en pleine campagne ou sur la place du village, il crie : "Je m'appelle Tempête !..." Et à peine ces mots proférés, il sourit, il sourit large¬ment, découvrant une bouche édentée.
Lui, c'est Tempête. Il n'a pas senti l'odeur de jasmin de ce matin-là mais souvent il s'aventure du côté où demeure la dame. Tapi dans les broussailles, il regarde pendant des heures la plus haute fenêtre où elle apparaît parfois. Il n'aperçoit pas bien les traits du visage, il voit surtout une chevelure très brune et des mains souples qui semblent convoquer les oiseaux.
Il ne sait sans doute pas lire mais il caresse les cailloux qu'il rencontre, il embrasse le cœur des fleurs. Il a du mal à compter sur ses doigts mais il s'en moque bien : rien ne résiste à la tempête, ni les livres savants ni les recueils de chiffres. Il est plus fort qu'eux tous. Mais il s'incline devant la dame.
Il n'a pas été touché par l'ivresse du jasmin. Il n'a ce matin-là humé aucune odeur particulière. Parce qu'il est trop simple. Il est si simple que tout le tra¬verse et qu'il ne retient rien. Mais il va continuer de vociférer sur les chemins et de gesticuler sans épou¬vanter quiconque. Il ira encore se cacher, s'égratigner, afin de surprendre le visage, les cheveux de la dame à sa haute fenêtre. Une image trop légère, comme fleur de farine, qui fuit de ses deux poings serrés. Il revien¬dra : il finira bien par capturer l'image et désormais il aura moins froid, il se sentira moins oublié.
À qui pense-t-elle, la dame, et pour qui coiffe-t-elle ses cheveux noirs ? Est-elle oubliée, elle aussi ?
Tant qu'il ira la regarder, se dit-il, elle ne disparaî¬tra pas, elle viendra vivante à la fenêtre. Tant que lui, l'innocent, aura une pensée pour elle, la dame sera sauvée de l'oubli.
Il reviendra s'écorcher les mains et les genoux. De voir son sang ne l'effraie pas. C'est comme une minuscule offrande.

"Je m'appelle Tempête !" Il s'égosille, puis il sou¬rit. Les papillons s'approchent.
C'est un simple. Il n'a pas grand-chose à dire mais tout passe par lui.
III


Elle rêve sous la courtine. Elle navigue en sou¬riant. Les voiles blancs qui protègent son sommeil se meuvent lentement. Elle est ici, son âme est très loin, partie quérir la rose qui point ne meurt, la fontaine où les corps accablés reprennent vigueur, elle est allée s'unir à la beauté qui régit toutes les saisons. Elle est ici, allongée dans son vaisseau blanc, mais son âme vagabonde.
Parfois dans ses sommeils elle retrouve les visages de la veille mais aussi des odeurs d'enfance, des ani¬maux inconnus et très doux avec qui elle joue et parle. Et elle le voit, lui, souvent. Ils rêvent le même rêve, ils viennent de la même étoile, ils sont forcés de se rencontrer. Ici, ailleurs, toujours. Au cœur de la rose et de la fontaine. Dans ses rêves elle entend aussi des mots finement assemblés, des mots jamais pro¬noncés, et il lui arrive de se pencher sur un grand par¬chemin où elle découvre des phrases très belles qui coulent et s'enroulent, des phrases qu'elle connaît bien, qu'elle a sues autrefois mais qu'elle n'a pas écri¬tes. Au matin, la musique s'est envolée, le livre s'est refermé, elle en est toute triste.
Le bruit qu'elle a gardé ce matin en s'éveillant, c'est celui d'un galop, serré mais non pesant. Un galop qui se rapproche, des cavaliers qui dansent sur leurs montures fières, enveloppés de poussière d'or. Elle met la main sur son cœur, pensant que le bruit en naît. Le cœur entend très bien. Mais les cavaliers ont disparu.
Certains s'endorment en espérant de beaux rêves. Elle, elle dort pour se souvenir. Pour se rapprocher de l'inoubliable.

IV


Chacun est seul au monde. Seul, mais entouré d'amour.
Oh je ne suis pas un philosophe, personne ne vient suivre mes leçons et d'ailleurs je n'ai pas vraiment de maison. Mais je ne me plains pas, je vais dans le monde en toute liberté. Ou dans la plus grande pauvreté, ce qui revient au même. Certains hommes me trouvent une démarche gracieuse. La grâce ne dépend pas de l'élégance (je ne possède ni miroir ni habits riches) : ce n'est pas une recherche mais un abandon, quelque chose comme la nue simplicité du ciel.
Ainsi, à l'insu de presque tous, j'exerce dans la vie ma liberté gracieuse. Beaucoup affirment que je ne fais rien, que je vis dans l'insouciance, pourtant la moindre chose retient mon attention. Tenez, ce matin, j'ai trouvé une brassée de laine pourpre — oubliée là ou tombée d'une charrette. J'ai aussitôt recueilli ce bout d'enfant rouge et informe. Puis — chez moi c'est une vieille habi¬tude —j'ai commencé à tirer un fil, un autre, un autre encore, et je les ai entrelacés. Au vrai, je ne sais pas encore ce qui va naître de cette laine pourpre ni si j'au¬rai la patience de continuer l'ouvrage. Mais ce rouge me plaît : il est éclatant comme la beauté de la solitude, comme l'irréparable déchirure de l'amour.


Je vis une nuit quelque chose qui enveloppait les deux. C'était une lumière rouge étincelante. Je deman¬dai : Qu'est-ce que cela ? Il me fut dit : C'est le manteau de Magnificence.
Rûzbehân de Shîraz(1128-1209).



Novembre 1995 Février-novembre 1998


revoir aussi

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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Ven 18 Jan 2008, 16:09



Androgynie & Anorexie


On a beaucoup écrit sur ces jeunes filles qui ne mangent "rien" parce qu'elles veulent maigrir et devenir légères comme des plumes, libérées des pesanteurs de ce monde. Or, le repas a toujours été le médiateur des relations humaines, symbole de la communion, du partage et de l'appartenance à un cénacle. Partout, et de tout temps, il a été le signe d'une hospitalité cordiale, d'une convivialité, le plaisir de la bouche suscitant un climat de confiance susceptible de rapprocher tous les êtres. Car "manger", écrit Brillat-Savarin à ce sujet, "c'est parler avec les autres". Que s'est-il donc passé pour qu'un jour des milliers de jeunes gens refusent de manger? Pourquoi le désir incoercible d'"être mince", alimenté par la mode et la publicité, incite-t-il les adolescent(e)s à faire fondre leur corps jusqu'à l'anéantir?

Patricia Bourcillier
http://www.androgynie.com/index.htm

extraits:
Le désir de devenir une seule chair

Selon le premier récit de la Création de la Genèse, Adam, l'homme originel, apparaît sous un aspect hermaphrodite, image d'une unité première encore indifférenciée et antérieure au surgissement du temps, conçue comme sphérique, « œuf primordial » ou « embryon de l'Immortel » et présentée dans de nombreuses cultures comme l'innocence ou l'âge d'or à reconquérir. Chez les latins, l'indécision sexuelle des dieux fut chose fréquente, de même que la mythologie grecque propose un grand nombre de divinités bisexuelles comme Adonis, Dionysos ou Aphrodite. Au reste, cette association de l'origine, de la bisexualité et de la sphère ovoïde se retrouve dans Le Banquet de Platon, où il est dit qu'au début des temps était un être unique sphérique qui pour la forme comme pour le nom - Androgyne est son nom (andro, mâle / gyne, femelle) - tenait à la fois du mâle et de la femelle avec quatre bras et quatre jambes, deux organes de génération et deux têtes. Mais cette constitution donnait aux hommes une vigueur rayonnante et une puissance spécifique telles que très vite ils décidèrent de s'en prendre aux dieux, d'escalader le ciel pour les attaquer. Alors, un dieu en colère les coupa en deux moitiés pourvues chacune d'un visage, afin qu'elles se regardent et mènent une existence différenciée, les arrachant de ce fait à leur félicité circulaire. Aristophane de commenter: « C'est sans doute de ces temps reculés que date l'amour inné de l'homme pour son semblable, l'amour qui tente de retrouver notre condition première, de refaire l'unité rompue et de rétablir ainsi la nature humaine. » A partir de là, ces deux tronçons, jetés au hasard dans le monde, vont errer et se chercher, malheureux et incomplets, jusqu'à ce qu'ils "reconnaissent" celui ou celle qui, de toute éternité, représente la "moitié" disparue. C'est leur destin, leur fatalité: s'ils y échappent, ils ne pourront jamais se réaliser. Ajoutons cependant que les hommes qui sont amoureux des femmes ou les femmes qui aiment les hommes ne forment qu'une catégorie d'êtres humains. Il y en a deux autres: les femmes qui se tournent plutôt vers les femmes parce qu'elles sont "une coupure de femme" et les hommes qui aiment les hommes et qui ont du plaisir à s'enlacer à eux, parce qu'ils sont "une coupure d'homme". De ces trois catégories, Platon privilégiait moralement la troisième, car l'amour, selon lui, ne devait pas s'arrêter à l'amour de l'Autre, à une relation intersubjectice, c'était une aspiration à la Beauté dans sa neutralité intelligible, en vue de l'immortalité. Et là on peut soupçonner qu'il désirait le retour au Même, à l'Origine, source de volupté, qui est bien un souvenir, non pas du voyage de l'âme avant la naissance, mais d'un lieu souterrain, en forme de grotte...


Le déni et la séparation

L'animal, cette part diabolique qui a tant embarrassé le monothéisme, c'est en premier lieu les forces profondes de la libido qui nous anime et qu'on pourrait également appeler l'appétence. On connaît le sujet des Truismes (angl. truism de true, vrai) de Marie Darrieussecq: métamorphosée en truie, une jeune fille cherche à retourner au plaisir, à faire l'expérience nourrissante de la Vérité, de l'être et de la jouissance. Vautrée dans la fange, blottie dans son « corps massif, rassurant, au milieu des autres corps massifs et rassurants », enfin libérée du pesant fardeau de l'identité et du poids de la responsabilité, elle s'attarde dans une vie indistincte, indifférenciée, où il n'y a ni salut ni chute, ni enfer ni paradis, juste le goût des glands dont elle se nourrit et qui se rattachent à la symbolique de l'œuf: abondance, prospérité, fécondité. Mais ce corps gras qui la ramène à l'animalité ne saurait hélas combler ses aspirations vers l'unité.

Presqu'universellement, le porc symbolise la gloutonnerie, la voracité: il dévore et engouffre tout ce qui se présente; autrement dit, "n'importe quoi". "Maladie du gouffre", assimilée à la boulimie, pour alimenter une faim coriace et impitoyable dans la mémoire fabuleuse du plus ancien de tous les passés, celui qui se caractérise par l'attachement préœdipien à la mère en tant que mère-nourriture, mère-chaleur, mère-caresse, mère-univers-affectif. Marie Darrieussecq écrit: « Rien n'est meilleur que la terre chaude autour de soi quand on se réveille le matin, l'odeur de son propre corps mélangée à l'odeur de l'humus, les premières bouchées que l'on prend sans même se lever, glands, châtaignes, tout ce qui a roulé dans la bauge sous les coups de patte des rêves. »

Quête avide d'une intimité interdite, d'une proximité physique, d'un corps-à-corps avec la terre-mère, à savoir d'un état hors du temps, autosuffisant et heureux. Comme si le sujet n'avait que ce moyen, pour échapper à l'anéantissement de son existence: retourner à l'état sauvage de l'enfance. Ainsi, Truismes fait presque écho à une phrase de Deleuze tiré de Qu'est-ce que la philosophie ?: « Il n'y a pas d'autre moyen que de faire l'animal (grogner, fouir, ricaner) pour échapper à l'ignoble: la pensée même est parfois plus proche d'un animal qui meurt que d'un homme vivant, même démocrate. »

Alors, bien sûr, on pourrait parler de nostalgie, on pourrait supposer que s'exprime ainsi le désir de retrouver une époque plus heureuse, celle... d'avant, celle d'un pays de cocagne, "éternel", doux et familier, celle d'un temps nourricier où il n'y avait pas de sexe, de différence, de concurrence, de ces lois du profit qui pourrissent les valeurs et l'espérance d'un monde meilleur.

Lire la suite
http://www.androgynie.com/androgynieanorexie.pdf
http://www.androgynie.com/and/separa.htm


je remonte ce sujet ,
à toi qui te re-co-naitra!
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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Dim 27 Jan 2008, 11:44





:358: à ce site de permettre aux énergies du féminin et du masculin de s'unir pour diffuser la sagesse...

Ce matin, je viens de vivre une belle synchronicité...

[url=http://http://melusine-rose.spaces.live.com/blog/cns!66269CBB6B0E28C5!502.entry]http://http://melusine-rose.spaces.live.com/blog/cns!66269CBB6B0E28C5!502.entry[/url]

Je me nomme Mélusine depuis le 23 juin 2007, et alors que depuis quelques mois, le temps s'accélère ... pour me conduire à l'écriture...

Ce jour, grâce à l'amour divin en chacun, j'ai trouvé ici un puit auquel j'ai aimé m'abreuver...

Que de bienveillance et de lucidité...sur ce site...
amicalement
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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Mar 08 Juil 2008, 21:17

Bonsoir à vous tous,
je remonte ce post pour les nouveaux membres ,ainsi que pour quelques visiteurs..
bonne lecture!
La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu

richel


Citation:
Note d’Ambre : Jacqueline Kelen est mon auteure préférée et parle de la vie, de la mort et de l’amour avec une infinie justesse... une infinie clairvoyance...je vous partage donc ce texte avec bonheur.


Jacqueline Kelen dévoile l'absence d'amour vrai qui régit les rapports
hommes-femmes.
Ce n'est plus Jean dit le Baptiste qui aujourd'hui crie dans le désert et tente de frayer de nouvelles voies, c'est une femme assurément, la femme de toujours, la femme du commencement, libre et puissante, généreuse, et par là même faisant peur à tous ceux qui ne savent que prendre, posséder, et 'de l'amour ne connaissent que la sécurité ou la violence.
Elle n'a rien à perdre, cette femme, car elle est la nomade, la passante, et de la vie ne retient que les mutations et les résurrections. Mais parfois la tristesse lui vient : jusqu'à quand l'amour sera-t-il ainsi profané, ridiculisé ? Jusqu'à quand les hommes vont-ils faire du corps une marchandise et un objet, de la sexualité une théorie qui ne guérit rien, et de l'amour une chanson bêtifiante bonne pour les magazines féminins ? Jusqu'à quand les êtres humains vont-ils persister à se mépriser ainsi, au lieu de voir la lumière dont ils sont porteurs ?

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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Mar 19 Aoû 2008, 20:58




Citation:

La femme est l'initiatrice de l'homme
mardi 19 août 2008



Les femmes ont une chance inouïe, certifie Jacqueline Kelen, passionnée par les mythes et les symboles :

"elles sont porteuses d'amour ; de cet amour sacré capable de révéler les hommes à eux-mêmes et de transfigurer le monde !"



- Être femme est une chance pour vous ou vous arrive-t-il de le regretter ?

J'ai toujours trouvé qu'il était magnifique d'être une femme. Non pas que ce soit une catastrophe d'être un homme, ni une infériorité... [...] Selon que l'on est homme ou femme, notre mission diffère et il m'apparaît de plus en plus que celle de la femme est d'être la gardienne de l'Éternel par la voie de l'amour. La femme est une passeuse d'amour et elle incarne, ou du moins peut, au mieux d'elle-même, incarner cette verticalité qui relie l'être humain à Dieu.

- Qu'est-ce qui vous fait dire que c'est là sa mission ?

Cela ne s'explique ni rationnellement ni biologiquement, ni même psychologiquement. C'est une question d'intuition et d'expérience. Il est troublant, pourtant, de voir que tous les grands mythes légués par les traditions les plus anciennes, ceux de la civilisation égyptienne et avant elle, il y a 6000 ans, de la civilisation sumérienne ou de la Chine antique, se rejoignent pour décrire la femme comme la "Porte du ciel" ou l'intermédiaire entre le ciel et la terre. C'est elle qui est la dépositaire des secrets célestes, par elle que l'être humain peut retrouver la trace de la divinité... __ - D'où lui viendrait cette mission, selon vous ?__

De sa nature même. Aujourd'hui, beaucoup de femmes se sentent en éclat, morcelées. Elles se demandent comment concilier leur vie de mère, d'épouse et de femme qui travaille mais il me semble que ce malaise vient d'une confusion entre les rôles sociaux, familiaux et professionnels et le moi profond de la femme. À force de s'éparpiller à travers toutes ses fonctions, la femme a un peu perdu contact avec elle-même, avec sa nature féminine. Les féministes de la première heure contesteraient violemment cette notion de nature féminine... Mais, pour moi, ce qui fait le fondement même de l'éternel féminin, c'est la capacité qu'a la femme à aimer, sa faculté de transfigurer le monde visible et de montrer qu'il peut prendre une autre dimension grâce à l'amour qu'elle incarne.

- Manifestement, vous donnez au mot amour un sens très fort qui n'est pas forcément celui que tout le monde reconnaît... Nous réduisons trop souvent l'amour à sa dimension psychologique. Si notre époque est malheureuse c'est peut-être, justement, parce qu'elle se fourvoie en rabaissant sans cesse l'amour au niveau de la psychologie. Le sentiment amoureux est de cet ordre, tout comme la jalousie, la possession ou cette forme d'amour que l'on oppose à la haine... Chacun de ces sentiments relève du mental et de la psyché, un domaine obscur, compliqué, toujours en proie à des remous et des tourments... Mais l'amour dont je parle est synonyme de sacré et quand on le vit, on entre dans une dimension d'éternité, de pure offrande et de pure louange. Il ne s'agit pas là d'une formule, mais d'une expérience dont témoignent tous les mystiques et que l'homme et la femme peuvent connaître dans l'acte amoureux: dans les moments de ravissement de l'amour, nous prenons conscience que notre véritable nature est la joie et que nous sommes, par essence, des êtres d'allégresse.

- Ne craignez-vous pas de choquer en mettant sur le même plan la relation physique entre un homme et une femme, et la spiritualité ou l'expérience mystique ?

Si j'en choque certains, c'est parce que nous voyons tout en termes antinomiques: on a voulu séparer le corps et l'esprit comme si la spiritualité était d'ordre mental. Comme si elle impliquait de renoncer aux sensations, aux émotions et à la plus belle chose qui soit en ce monde: le désir. Ce serait une spiritualité d'eunuque. Si nous sommes vivants, nous sommes dans ce corps qui nous a été donné et l'amour, alors, passe par lui. Or, peut-être parce que la femme a la possibilité d'héberger en elle un enfant, elle est moins portée que l'homme à dissocier le corps et l'âme. Elle a gardé plus que lui le souvenir que le corps est sacré et qu'il est infiniment précieux. Elle reste la mémoire de ce lieu de plénitude et de lumière qu'est le paradis...



- Mais n'est-ce pas une femme, Eve, au contraire, qui a fait chasser l'homme du paradis ?

On a beaucoup calomnié Eve et on lui a fait un fort mauvais procès car Eve, en réalité, signifie la vivante. Or, s'il est une caractéristique féminine par excellence, c'est bien cette qualité de vivante. C'est à elle que la Femme, dans les femmes que nous sommes, doit sa dimension d'initiatrice auprès de l'homme. Une initiation qui n'a rien à voir avec le kamasutra ou les jeux sexuels... C'est la Shakti qui danse sur le corps de Shiva dans la tradition hindoue, la femme qui danse sur le corps de l'homme dans les traditions antiques... Dans l'acte amoureux, la femme fait cadeau à l'homme de son corps à lui, elle lui donne le sens de son corps à lui. Il est rare, en effet, que l'homme ait un contact juste et amical avec son corps. Même un sportif ou un homme très actif n'est pas vraiment dans son corps. Il n'éprouve aucune reconnaissance à son égard. Mais dans l'étreinte, l'homme prend conscience que son corps est infiniment plus qu'un corps. Il s'éveille à cette dimension d'éternité où tout se rejoint, le corps, l'esprit et l'âme, le ciel et la terre, ici et là-bas...

- Face à cette femme éternelle que vous évoquez, capable d'éveiller l'homme à la vie et à lui-même, comment voyez-vous les femmes d'aujourd'hui ?

La plupart n'ont pas conscience de la puissance d'amour dont elles sont porteuses. Elles cherchent à être désirées, aimées, chouchoutées, toutes choses qui sont très agréables et extrêmement importantes sur le plan humain mais qui n'engagent pas leur nature profonde... Elles devraient retrouver le rôle que jouait au XIIème siècle la dame courtoise vis-à-vis du troubadour, celui qu'incarne la dame à la licorne que nous voyons au musée de Cluny à Paris: ce n'est pas la femme qui demande à l'homme de rester auprès d'elle, de faire couple, et d'avoir des enfants avec lui. C'est celle qui tend à l'homme un miroir et qui l'invite à se hisser jusqu'au plus beau, au plus rare de lui-même; celle qui lui murmure qu'il doit se mettre au monde et découvrir en lui cet être de lumière qu'il est fondamentalement. C'est un rôle à la fois douloureux et exaltant: il lui faut sans cesse rappeler à l'homme qu'il ne doit pas se contenter d'être un bon père, un bon époux et un homme d'affaires -ce qui va de soi au demeurant- mais qu'il est aussi un pèlerin de la sagesse et qu'il ne doit pas oublier son âme...

- Pensez-vous que les femmes renoueront un jour avec leur mission spirituelle ? Oui, parce qu'elles continuent malgré tout d'incarner l'amour. Encore aujourd'hui, celui-ci reste l'enjeu de leur vie comme il l'a été de tout temps et dans toutes les sociétés. Au nom de l'amour, la femme est prête à brûler tous ses vaisseaux et à prendre tous les risques, alors que l'homme se réserve. Les hommes sont très forts pour débattre d'idées, de politique, d'économie ou de technique mais ils ont des réticences à s'impliquer. Ils ont un mal fou à parler de leurs émotions et s'accrochent à des concepts. L'homme moderne, efficace, rentable, matérialiste se réfugie dans un monde cérébral auquel beaucoup de femmes se laissent prendre aussi, du reste. Pourtant, même si elles ne voient pas toujours son caractère sacré, vous remarquerez que c'est toujours les femmes qui parlent d'amour, comme c'est toujours elles, d'ailleurs, qui témoignent du corps. Moi je m'en aperçois constamment dans les conférences et les colloques: même sur des sujets scientifiques, les femmes ont une parole beaucoup plus incarnée. Elles parlent du lieu de leur corps et de leur coeur. Leurs propos sont à la fois sensuels, charnels, violents aussi peut-être mais toujours vibrants d'émotion et de vie.

- Voyez-vous dans le fait que l'on valorise davantage aujourd'hui les valeurs féminines un espoir pour notre société? L'espoir, je le vois plutôt dans cette puissance capable de tout transfigurer qu'est l'amour. Les mystiques n'ont cessé de le dire : l'amour est tout. C'est lui qui crée les mondes. Lui qui nous a suscité et nous a fait émerger. Sans lui, nous tombons en poussière. Ce n'est pas une relation entre deux êtres, entre un homme et une femme ou une femme et un enfant; c'est ce qui permet toute relation. L'amour est la finalité même de l'univers. Et si nous avions davantage conscience que l'amour circule en nous comme le sang dans nos veines, je pense que nous serions infiniment plus respectueux de nous-même, de notre corps et des autres. Nous aurions aussi davantage de gratitude envers la vie, car la vie est un cadeau de l'amour.



Propos de Jacqueline Kelen recueillis par Anik Doussau.

productrice à France Culture, Jacqueline Kelen a publié de nombreux ouvrages dont :

L'Eternel masculin (Traité de chevalerie à l'usage des hommes d'aujourd'hui )

http://vivrelibre.free.fr/divers/initiatrice.html

par joss
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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Dim 07 Sep 2008, 09:56

Je te le dédie Lumière Intérieure.

richel

Sur France Culture cette semaine:
Ramon Lull et le Livre de l'Ami et de l'Aimé.

Ramon Lull, d'origine catalane, grand amateur de femmes, Ramon Lull connaît une conversion subite qui le fait entrer dans le Tiers-Ordre franciscain. Il n'aura de cesse dès lors, de fonder une philosophie mystique qui sera à l'origine plus tard, de beaucoup de réflexions de Leibniz. Par ailleurs, il écrit des traités de spiritualité où s'exprime l'amour le plus brûlant.

Jacqueline Kelen. Écrivain, auteur de Les soleils de la nuit : et la nuit comme le jour illumine éd. La Table Ronde 2008

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vivants/index.php?emission_id=50

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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Ven 27 Fév 2009, 18:32





Souvent, on croit n'avoir de choix qu'entre congédier le désir ou bien y céder. Comme sil s'avouait manque, convoitise ou souffrance. Pourtant, il se révèle soif de connaître et de s'aventurer, élan amoureux et créateur, il signe la liberté joyeuse de l'être et ouvre à l'illimité. Aussi peut-il être chanté pour lui-même, dans ses excès souverains. Ce désir inapaisé, juvénile, court à travers plusieurs mythes d'Occident et divers récits bibliques. Il enflamme la réflexion philosophique de Platon, de Nietzsche, de Spinoza. Il est, " long désir ", à la source de l'amour courtois : approche infinie de l'autre, enchantement plus que conquête. Et les mystiques de toutes traditions célèbrent l'Ardent Désir, feu d'amour qui mène au total abandon de soi et se mue en une perte éblouie.

Citation:
Le désir ou la brûlure du cœur, publié à La Table Ronde dans la collection Les Petits livres de la sagesse, trace un chemin heureux dans le monde du désir, aussi éloigné de la lutte contre le désir que de la soumission au désir :

" Le désir est une audace et un enchantement, il ne cherche pas tant à capturer qu'à se dépasser, à se renouveler sans cesse. Sauvage, impétueux, violent, il déborde les limites, il consume les doutes et les réticences, il effraie par sa liberté tenace. Il mène à l'excès et au ravissement, il brûle dans la passion et s'illumine dans la contemplation. Ainsi, un vaste désir peut n'être pas blâmable car il révèle une soif d'immensité. (…)
Il est le printemps de la quête, le feu qui permet de rencontrer l'Esprit, et il se révèle essentiel à l'aventure intérieure. Dans l'un de ses nombreux écrits, Denys le Chartreux (1402-1471) l'énonce avec clarté :
Le désir est comme un dépôt spirituel, une ouverture du cœur qui le rend apte et digne de recevoir les dons et les grâces qu'il demande. "


Ce livre m intrigue depuis des années...comme tous les livres de cette grande Dame ,Jacqueline Kelen!

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MessageSujet: Re: La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu   Jeu 14 Jan 2010, 18:05





La louange amène au bonheur





« Dans la vie de tous les jours, il est cent occasions de remercier: merci de respirer, de marcher, merci pour ce bon livre, pour ce regard croisé dans la rue, merci pour cet oiseau à ma fenêtre, pour le jour qui se lève et les nuages dorés du soir, merci pour les mots et pour le silence, merci pour les personnes que je connais, que j'aime, et pour les "amis inconnus» dont parle le poète Supervielle, qui peuplent le vaste monde; merci aux mimosas d'embaumer au coeur de l'hiver, à l'orage de libérer la pluie, et merci à la neige qui adoucit toute chose. Seul le remerciement sanctifie le quotidien, à la façon dont le sourire illumine le visage le plus "ingrat."

A notre monde qui ressasse les horreurs, la louange peut sembler inconcevable voir inacceptable : les guerres, les maladies, les crimes de toutes sortes, la pollutions, la misère la famine…, la liste est longue, mais justement le propre de la louange est de résister à ce monceau de malheurs. Elle est la force du chant, l’entêtement et la joie qui persistent en dépit de tout. Elle est l’honneur de l’être humain, y compris face au silence de Dieu ; elle est sa folle ivresse et l’insigne gratuité à laquelle il peut accéder. La louange est d’autant plus nécessaire que le péril menace : ce n’est pas candeur ni inconscience, mais la seul façon que l’homme a de dépasser sa conditions, de se hisser vers l’Absolu.
La louange ressembel à la rose d’Angelus Silesius, qui fleurit « sans pourquoi ». Elle ne se tait pas en temps de ténèbres, durant une maladie, pas plus qu’une rose ne retient son parfum lorsqu’elle sévit la guerre ; et elle continue de s’élever dans la plus noire déreliction, à la façon dont la rose embaume encore, même piétinée.

...Si j’affirme que seule vaut la louange, qu’elle est notre unique vocation, c’est d’abord pour rappeler aux contemporains que sa moindre vertu consiste à sauver l’homme de l’uniformité consentie, d’un asservissement généralisé ... Nous sommes tous porteurs de lumière. Je veux dire que chacun de nous est totalement responsable de l'avancée de la Lumière en ce monde...

...L'homme ne louange ne pèse pas sur la terre parce qu'il ne fait pas l'important. A force d'ouvrir la fenêtre de son coeur, le monde entier s'est réfugié en lui, faisant entendre toutes sortes de musiques... ...L'homme qui se regarde ne peut que sombrer dans la mélancolie mais dès qu'il ouvre les yeux sur la création autour de lui, il connaîtra la joie..."

Extraits tirés du « Livre des louanges » par Jacqueline Kelen (Albin Michel)
http://www.amazon.fr/livre-louanges-Jacqueline-Kelen/dp/2226178236
Présentation de l'éditeur
"La louange ouvre tout l'espace du cœur. Elle défie la douleur et l'incompréhension, surmonte le désespoir et le sentiment d'injustice. Telle une voix de pure grâce, elle acclame, remercie et bénit sans rien demander pour soi. N'attendant nulle réponse, elle est plus qu'une prière. Inexplicable, ailée, elle révèle en chacun la musique de l'être." À l'heure où la parole se fait trop souvent plaintive ou revendicatrice, Jacqueline Kelen, auteure de nombreux essais spirituels dont L'esprit de solitude et Divine blessure, vient nous éveiller aux merveilles de la louange. Unique occupation des myriades angéliques, le chant de louange traverse les cultures et les époques et nous fait accéder à la transcendance, dans un abandon jubilatoire à la plénitude de l'Autre. Des Psaumes à Péguy et de Dante à Rûmi, en passant par Homère et le Zohar, toute la gamme en est ici déployée. "Si j'affirme que seule vaut la louange, qu'elle est notre unique vocation, c'est d'abord pour rappeler aux contemporains que sa moindre vertu consiste à sauver l'homme de l'uniformité consentie, d'un asservissement généralisé."







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